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Le Blog d'Elisabeth Poulain

2015, Le Grenier St-Jean, Le Salon des Vins & La Levée de la Loire

11 Février 2015, 18:10pm

Publié par Elisabeth Poulain

En ce début d’année 2015, toutes ces rencontres autour du vin  fleurissent au point de donner le tournis d’une façon étonnante. De quoi parle-t-on ? De salon du vin, de cours avec des travaux pratiques, de partage d’expériences, avec une question lancinante qui reste dans la tête qui est qu’un salon est quand même destiné d’abord à permettre à des acheteurs de venir faire leurs commandes pour l’année à des professionnels du vin, tels que des vignerons, des négociants… Restons concentré sur trois d’entre ces salons, même s’ils n’en portent pas le mot. Je préfère ne pas employer celui d’évènement –comme on le dit d’un évènement culturel - qui n’a en principe  pas de dimension commerciale comme première finalité.     

 

. Le Salon des Vins de Loire accueilli au Parc des Expositions d’Angers du 2 au 4 février 2015 inclus. Il est un pur produit des grandes institutions ligériennes qui se sont penchées sur son berceau pour le faire naître en 1986 et soutenir son développement depuis.

 

Citons pour exemple la présentation du 28è Salon en 2014 en page 3. Le Comité d’Organisation, présidé par Pierre Aguilas, comprenait tout particulièrement InterLoire, le BIVC, SPPL, CENTRECO CENTREXPORT, l’INAO, FranceAgriMer, l’Union des Oenologues de France, de la Région Val de Loire, l’Union de la Sommellerie française, section Val de Loire…  « L’aide » -le financement-  provenait de quatre institutions. A savoir le Conseil régional des Pays de Loire, le Conseil régional du Centre Val de Loire, le Conseil général de Maine et Loire et  Angers Loire Métropole. L’organisateur du salon est Angers Expo Congrès dont les noms des membres du Commissariat général sont cités.  

 

Aucune de ces informations pourtant essentielles, encore présentes jusqu’à l’année 2014 incluse, ne figure pourtant dans le catalogue 2015, ce qui est proprement inconcevable.

 

. Sur la page de couverture du catalogue, l’année 2015 marque donc sa 29è édition, une information à laquelle il n’est fait mention qu’en petits caractères contrairement aux autres années. Par contre, il est annoncé dans le catalogue officiel 2015 que l’année prochaine sera sa 30è édition, une façon très directe de dire qu’il sera là à nouveau l’an prochain, comme si on avait besoin d’en être assuré!

 

Après le Salon du Végétal, c’est pourtant le second évènement annuel majeur du Parc Expo, non pas en durée –il ne dure que trois jours- mais au titre de sa notoriété  au plan français, européen et international. C’est en particulier – mais pas seulement - pour ce salon  qui attire les acheteurs venant de toutes les régions françaises, des autres pays de l‘UE et de l’étranger que le Salon a fait l’objet d’une profonde modernisation et d’un agrandissement il y a quelques années.

 

Une autre anomalie est à voir en cette page du catalogue 2015 qui est la disparition de toute mention du Comité d’Organisation. Restent mentionnées l’organisation par Angers Expo Congrès avec ses différentes adresses et l’organisation du salon avec « l’aide » des quatre contributeurs déjà cités, à savoir  le Conseil régional des pays de Loire, le Conseil régional Centre-Val de Loire, le Conseil général de Maine et Loire et Angers Loire Métropole. Un autre document vraisemblablement plus tardif destiné à la presse a supprimé le Conseil régional Centre-Val de Loire des organismes financeurs .   

 

Le troisième point à noter porte sur la disparition de l’éditorial traditionnel signé par Pierre Aguilas, Président du Salon des Vins de Loire, qu’on trouvait encore en 2010, ainsi qu’en 2012 (en page 3, l’organisation du salon étant placée en vis-à-vis en page 2) et qui avait déjà disparu en 2014. L’édito avait pour intérêt de donner le ton des nouveautés et des objectifs du millésime du salon. Juste pour l’exemple, voici quelles étaient les points forts soulignés par Pierre Aguilas - Président du Salon - pour l’édition 2012 : 570 exposants, 82 appellations, les bars à vins à l’honneur, le Media Corner…

 

Cette année en 2015, le catalogue officiel sur sa couverture met l’accent sur la dimension professionnelle du salon. Le Salon des Vins de Loire est « La Plateforme d’Echanges & d’Affaires des Professionnels du Vignoble », avec cette signature « Un évènement Angers Expo Congrès » avec ce slogan « Vivez l’évènement en grand ».  Le lundi -1er jours du salon- a été plus particulièrement orienté vers la Grande Distribution. Les trois jours ont été dotés en outre d’un programme très copieux de de conférences, de témoignages, de dégustation, de partage d’expertises techniques, gustatives, pratiques, de connaissances marketing… avec au total 15 ateliers le lundi 2 févier, 13 le mardi et 15 le mercredi. Des échanges jugés intéressants par des participants, qui ont eu aussi pour conséquence de diminuer la fréquentation des allées .   

 

. Passons maintenant à l’ambiance 2015 dès l’entrée. Chaque salon a son atmosphère singulière, tout comme une maison, qui transmet sa qualité particulière de l’accueil à ceux qui y entrent. On pourrait dire que chaque millésime de salon a ses propres caractéristiques, ses spécificités, ses couleurs… faites d’une infinité d’éléments difficiles à définir. Et qui existent vraiment et que tous ressentent, chacun à sa façon, chacun tablant sur ses expériences passées, qui s’entassent les unes sur les autres, à la façon d’un mur dont les pierres d’assise du dessous, qu’on ne voit plus, sont pourtant aussi fondamentales que celles du dessus qu’on peut toucher, voir ou deviner.

 

Un salon est un organisme vivant d’une durée de vie très courte, dense et qui demande de ce fait un très gros travail en amont et une justesse d’équilibre très délicate. Il suffit en effet de changer un élément pour modifier la donne et provoquer des changements, non seulement attendus et d’autres qui le sont peut-être moins. L’adaptation visible et invisible d’un salon est pourtant une nécessité de façon à être en phase en continue avec la société, les attentes des exposants et de leurs acheteurs. Deux exemples :

 

  • le premier porte sur la distinction entre les vins blancs et les rouges en libre-dégustation ; les premiers placés à l’entrée du salon ont connu une bonne affluence, les seconds situés à l’opposé dans le fond  vraisemblablement beaucoup moins.   

  • l’Allée des jeunes Vignerons a beaucoup fait parler. Certains ont dû quitter leur stand habituel, leur jeunesse d’esprit et leur dynamisme ne pouvant suppléer à un nombre d’années qui ne leur permet plus d’être qualifiés de « jeunes » ; d’autres, des parents, ont été présents en l’absence de leur descendant… Avec des conséquences au Grand Palais lui-même, où le nombre de parents  présents sur le stand familial était plus important que les années passées, du fait de la participation du ou de la successeur-e à l’autre évènement, la Levée de la Loire.

 

Pour les habitués, la mémoire joue en effet un rôle essentiel dans la perception annuelle d’un salon que l’on connait. C’est particulièrement le cas  avec celui des Vins de Loire qui est véritablement toujours le navire amiral d’une grande partie de la profession. C’est encore par rapport à lui qu’on se définit comme exposant ou comme acheteur, et maintenant comme particulier autorisé à entrer contre un droit d’entrée à 30E. Toutes les autres manifestations commerciales éclatées dans la ville ou  rattachées directement au SDVL - Salon des Vins de Loire – se calent par rapport au « Mammouth ».  Les exposants s’y comptent par plusieurs centaines, les acheteurs par 9 000 quelques années après ses débuts dans sa première décade.

 

En presque 30 ans, reconnaissons que toute la société a changé. 30 ans, c’est déjà plus que la durée d’une génération en termes statistiques. Les modes de culture et plus largement les relations à la terre et à la vigne, les attentes des amateurs et des professions de distribution  ont été bouleversés en France et dans le reste du monde qui s’est ouvert à la culture du vin. Les nouvelles générations d’hier ont déjà maintenant associés leurs descendants à la bonne marche de l’exploitation. Une des conséquences est que les besoins de reconnaissance et de légitimité ont changé. La notoriété d’un domaine tient toujours à son histoire, à sa reconnaissance par les autres, au charisme de  la personne qui est le géniteur du vin, à son aura face aux journalistes et à ceux qui comptent dans le monde du vin. Très clairement aussi et cela depuis plusieurs années, le Grand Monde du Bio composé  des différentes familles des bios demande à que soient reconnues comme une évidence sa profonde légitimité et ses avancées qualitatives au plus près du respect du monde du vivant.

 

C’est sur cette question essentielle du bio & bio-dynamie que se sont développés quasiment tous les autres évènements viniques, à commencer par le plus grand que l’on désigne par le magnifique bâtiment qui l’accueille chaque année maintenant,  le Grenier Saint-Jean. Il est si connu qu’on se demande entre voisins exposants : « Vous serez au Grenier ? » Et la réponse fuse « Oui, naturellement comme chaque année.» Il a pour particularité de s’adresser aux professionnels et d’être ouvert aux  particuliers connaisseurs. Son degré d’exigence a conduit l’équipe organisatrice à prendre deux décisions fortes pour éviter les dérives. A savoir premièrement à ne plus accepter la présence des vignerons-négociants, ces professionnels à la double casquette qui ne peuvent pourtant s’engager au titre du bio que sur leurs propres vins. En second lieu, une dégustation - préalable au salon - des  millésimes présentés à la dégustation au Grenier permet d’assurer le maintien du niveau d’exigence défini par l’équipe toujours réuni auprès de Nicolas Joly.

 

Par respect pour le SVL, qui court sur 3 journées - le lundi, mardi et mercredi de fin janvier et début février de chaque année -,  le Grenier a toujours fait en sorte de placer ses deux jours – le samedi et le dimanche précédent- avant la tenue du salon officiel au Parc-Expo. Une façon logique qui permet aux acheteurs hors Loire surtout d’optimiser leurs déplacements pour venir d’abord au Grenier au cœur du vieux quartier patrimonial de la Doutre à Angers et ensuite au Parc Expo au nord de la ville dans la zone industrielle. 

 

Depuis plusieurs années au Salon des Vins de Loire, les jeunes vignerons de la famille des Bios en particulier demandaient en vain plus de reconnaissance de la part des Officiels de façon à obtenir une meilleure visibilité du fait de leur légitimité. De son côté, la CAB, la Coordination Agro-Biologique des Pays de la Loire, s’est décidée à sauter le pas. Elle a organisé en 2014 deux évènements en parallèle pour faire progresser la visibilité réelle du Bio : un stand collectif Bio au Salon des Vins de Loire ainsi qu’un nouveau salon « La Levée de la Loire »  avec 101 exposants bios,  cette fois-ci hors les murs du Parc Expo au même moment à Angers, au Grenier Saint-Jean. Celui-ci s’était vidé d’une partie de ses exposants ligériens de l’avant-veille et de la veille qui avaient rejoint le Parc Expo. Certains exposants avaient tenus à être présents dans les deux manifestations. Forte de ces résultats très positifs, aussi bien sur le stand collectif au SVL que pour ce 3è millésime de la Levée de la Loire, la CAB et l’AIVB-VL – L’Association Interprofessionnelle des Vins Bios du Val de Loire -  ont engagé le dialogue avec le Parc-Expo pour négocier dans de meilleurs conditions un accrochage de la Levée de la Loire au Salon des Vins de Loire.

 

Et c’est ainsi que pour la première fois en ses 29 ans d’existence, le Parc-Expo a ouvert ses locaux au Salon des Vins de Loire « La Levée de la Loire » non organisé par lui, au fond du Grand Palais, dans une salle dénommée « Salon Novaxia » qui est un hangar peint en blanc. Il n’est pas habillé comme peut l’être un salon. Ici, il n’y a ni faux murs noirs, ni moquette rose foncé, mais de grandes tables recouvertes de papier avec un cadre posé avec le nom de l’exposant et son n°.  C’est sobre, réduit à l’essentiel de façon à minimiser les coûts, à la demande même des exposants. Un des autres avantages est de retrouver « un côté copain » proche des voisins, avec lesquels on cohabite le temps d’un salon plus ou moins en fonction de son tempérament. C’est un point commun avec le Grenier, une bonne part des exposants du week-end se retrouvant parfois à nouveau voisins, dans un autre cadre.

 

Le choc d’univers entre le Salon et la Levée. Il est étonnant tant - et on le sait – le cadre influe non seulement sur l’ambiance mais sur les relations entre les gens. Ici on est tous ensemble d’un côté l’autre de la grande tablée qui unit plus qu’elle ne sépare. Le comptoir traditionnel dans un salon est toujours orienté de l’exposant vers le visiteur. A la Levée de la Loire, non. Il y a aussi un côté jeune qui est toujours appréciable, sans qu’on puisse dire non plus quelle est la moyenne d’âge. C’est là qu’on s’aperçoit combien le bio est présent en force. Cet « effet  bio » que savoure de façon visible un certain nombre de participants comme une attente enfin satisfaite, surtout ceux qui avaient dû impérativement choisir entre être présent à la Levée ou au Salon sans pouvoir ou vouloir se dédoubler, quitte à perdre les précieux contacts avec des acheteurs étrangers dont certains ne peuvent rester que la journée de lundi en plus de celle du samedi et/ou du dimanche.

 

Un petit goût amer quand même reste en bouche, non pas au spectacle très vivant qui se déroule à la Levée au salon Novaxia, mais aux Manquants dans les différents stands ouvrant sur les allées du Salon. Certes il y a bien les manquants dans les vignes, qui attirent le regard, car ils signent l’absence, le vieillissement, le grand départ, comme il en va dans la nature…Les Manquants à un salon offrent une autre explication : ils ne sont plus là car ils ont décidé de ne plus venir ni au Salon, ni à la Levée, et ça, clairement, cela fait mal au cœur. Eux aussi avaient pourtant beaucoup contribué de leur personne pour faire de ce Salon des Vins de Loire une locomotive de la profession, le seul salon au monde dédié à un grand fleuve, dont le Val  dans sa partie centrale est classé Unesco, le seul à porter toutes les couleurs des vins, tous les styles, du très grand domaine au tout petit, de la vieille maison de négoce à la toute nouvelle…

 

Certes une porte s’est ouverte grâce à la ténacité des Bios enfin réunis comme ils le demandaient depuis plusieurs années. Certes certains qui avaient décidé de ne pas venir cette année, vont peut-être revenir autrement, dans d’autres conditions  l’année prochaine. Car une porte  a ceci de magique qu’elle peut s’ouvrir dans les deux sens, du Salon vers la Levée et …l’inverse ! 

 

Dans son bilan de fin de salon, l’organisation du Salon des Vins de Loire  s’est, quant à elle, félicitée de la tenue de ce salon qui a attiré 9 000 visiteurs, pour l’un et l’autre salons. Soit le chiffre médian habituel des autres années.    

 

Pour suivre le chemin . Le Grenier Saint-Jean à retrouver en photos sur https://www.facebook.com/DegustationGrenierStJean et sur mon blog pour la journée de Samedi dans l’album photo dédié  « Angers-Grenier-St-Jean-Salon-des-Vins-Levée-de-la-Loire ». 

 . Pour le SDVL 2015, voir http://www.angers-expo-congres.com/le-parc-des-expositions/presentation/   et http://www.salondesvinsdeloire.com/le-salon-des-vins-de-loire/presentation/  

 

. Les contacts « Presse » ont été assurés par Clair de Lune, svl@clairdelune.fr www.clairdelune.fr 

 

. Sous le titre de « 2015, une année charnière… » pour le SVL,  lire l’interview  de Christian Groll, Commissaire général, par Mathieu Doumenge sur http://www.terredevins.com/actualites/salon-des-vins-de-loire-une-annee-charniere/   

 

. Pour la Levée de la Loire, lire, avec les principaux chiffres du bio en Val de Loire, http://www.courrierdelouest.fr/actualite/premiere-levee-bio-au-parc-expo-dangers-30-01-2015-206301

 

. Pour la Levée de la Loire, voir aussi le très bon article de  Sébastien Bonduau d’avril 2014 qui explique bien le contexte de son avancée,   http://www.biopaysdelaloire.fr/html/index.php?id_repertoire=139&pere=43

 

. La naissance du  Salon des Pénitentes est directement liée à la décision du rejet des négociants du Grenier. Son édition 2015 –dimanche 25 et lundi 26 janvier - est à retrouver sur  https://www.facebook.com/LesPenitentesAtLeGouverneur

 

. La Dive Bouteille pour sa 16è édition, dimanche 01.02 et le lundi 02.02-2015,  organisée aux caves Ackermann à Saumur par Sylvie Augereau, avec au graphisme toujours Michel Tolmer,  sur https://www.facebook.com/permalink.php?id=296643294072&story_fbid=10152668735874073 

 

. Et les vins anonymes avec 17 vignerons de Loire sur http://vinsanonymes.canalblog.com/

 

. Photos Elisabeth Poulain, à voir dans l’album dédié aux trois manifestations, sur ce blog, l'article devenant trop lourd. 

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