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Le Blog d'Elisabeth Poulain

L'Alliance du Grand Arbre et de la Petite Maison > Le Temps

5 Décembre 2012, 11:58am

Publié par Elisabeth Poulain

C’est un dessin à la plume en noir et blanc signé J. Estel, que j’ai trouvé à Emmaüs il y a un temps certain. La précision a de l’importance parce que le temps est certainement le thème principal du dessin. Toute la composition est curieuse. J’ai beaucoup hésité : devais-je vous parler de la petite maison ou du chêne en premier. Lequel des deux était le plus important ? Le temps est venu neutraliser l’importance de la question. 

Dessin J. Estel, Alliance de l'Arbre et de la Petite Maison, Collection Emmaüs

Au premier abord, l’arbre a certainement été le héros dominant. C’est d’ailleurs pour lui que j’ai acheté ce tableau entouré d’un cadre doré qui montre combien le propriétaire y attachait de l’importance, même si un cadre noir simple eût été préférable. Pour montrer la puissance de sa ramure, l’artiste a choisi de le figurer l’hiver.

J. Estel  a préféré dominer la ligne et le style plus que la couleur et le volume. Dans les deux hypothèses, il aurait été confronté à la lumière. Il a choisi de prendre celle de l’hiver quand le noir du tronc et des branches de la plus grosse à la plus petite se détache avec force sur le fond blanc où se mêlent ciel et terre. Garder la maîtrise du dessin pour obtenir un rendu qui allie à la force de l’ensemble la puissance de l’arbre jusqu’aux petites branches à la forme des petites maisons, surtout celle qui se « cache » derrière le tronc de l’arbre, voilà ce qu’il a voulu faire et réussi à rendre. 

Dessin J. Estel, L'alliance de l'arbre et de la Petite Maison,Collection Emmaüs

La dissymétrie  a été un autre de ses choix d’importance. L’arbre d’abord. En fait il y en a deux qui ont poussé ensemble, côte à côte pour n’en former plus qu’un au fur et à mesure de leur élévation, même si on arrive à distinguer qui est qui : le tronc le plus à gauche en bas est celui qui file vers la droite et l’autre fait l’inverse. Pour renforcer la complexité de la structure aérienne, le dessinateur a gardé la présence d’un autre arbre et de deux arbrisseaux sur le côté gauche en bordure du cadre. Une façon de montrer qu’il domine ce fouillis, lui ou les deux frères arbres au tronc blanc ? C’est une bonne question comme l’est celle de savoir de quel arbre il s’agit. Certainement pas d’un chêne ; la fin des branches ne se terminerait pas de cette façon très dense, comme des petits plumets. C’est peut être une façon de tracer une oblique qui part du toit de la maison la plus haute de droite, en survolant le faîtage du toit de la maison du milieu   vers  le haut des branches en arrondi de l’arbre de côté dont on voit à peine le tronc.  

On en arrive aux petites maisons. Celles de droite  sont situées au bord du chemin. Elles sont deux, ou plutôt on dirait qu’il y a une maison d’habitation dont il ne reste pour la première, la plus grande en avant que le rez-de-chaussée avec une porte défoncée. Le premier étage, le toit ne restent que pour montrer qu’ils ont existé et qu’ils ne sont plus. La grange en arrière a au moins gardé son toit et son étage. Dans le fond, on entre-aperçoit une maison blanche dans la perspective qui file vers le fond.

Dessin J. Estel, L'alliance de l'Arbre et de la Petite Maison,Collection Emmaüs 

La petite maison sous l’arbre devrait aussi s’écrire au pluriel, tant sa composition est curieuse. On distingue bien le toit recouvert de tuiles qui ressembleraient à des galets ronds. Il y a là un travail remarquable de finesse et d’attention. Contrairement à la maison d’en face, il n’y pas de porte. A force de scruter l’ensemble d’emboitage si complexe, on arrive à distinguer en partant de la gauche, un premier appentis, un second toit d’une extension de la maison, la maison elle-même avec son toit si lourd que le faîtage s’est profondément incurvé sous le poids des tuiles et par devant sur le mur une autre construction accolée. 

Le tracé minutieux du mur du bas, du toit et de la partie haute du mur de la maison principale est un tableau en soi, la partie certainement la plus intéressante. On dirait un paysage dans le paysage, avec tous ces petits trous dans le crépi ou ces traits obliques pour la partie basse  et ces troncs d’arbres à l’écorce blanche et noire, peut- être des bouleaux.   

Le dessin gardera son mystère. La seule conclusion, qui n’est pas une, est qu’il vaut mieux pour une petite maison dormir à l’ombre d’un grand arbre ou plutôt de deux grands arbres plutôt que de l’autre côté du chemin seule à côté de sa grange. Ainsi va la vie d’un dessin…

Pour suivre le chemin

. Lire « l’Alliance entre la terre du cimetière et la plante près de la tombe »  L'Alliance entre la terre du cimetière et la plante près de la tombe

. Voir la série des petites maisons sur ce blog, parmi les dernières parutions  Le Petit Chalet à foin posé sur des pierres plates, Les Alpes, Le Rat      La Hutte de l'Aborigène > 1920 > Une photo & + d'Herbert Basedow     

. Dans la collection "Emmaüs", voir Le bouquet de roses > Une aquarelle d'E. Gossin > Collection Emmaüs    Collection de peintures Emmaüs > La chaleur de la plage

. Photos Elisabeth Poulain

 

            

 

  

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