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Le Blog d'Elisabeth Poulain

L'Alliance entre la terre du cimetière et la plante près de la tombe

29 Septembre 2012, 10:21am

Publié par Elisabeth Poulain

En France, dans les villages, ce sont les employés communaux qui sont en charge de l’entretien des cimetières. La commune a en effet pour obligation légale d’entretenir cet espace si particulier. Il faut aux yeux des habitants que leur cimetière soit « propre ». C’est aussi une des premières exigences des personnes étrangères à la commune qui viennent s’y recueillir.  Une autre raison tient au lien qui est fait entre ce propre et la fleur et plus largement la plante. La culture française attache une importance toute particulière au fleurissement des tombes, en particulier lors des fêtes de la Toussaint ainsi qu’à Pâques. Ce fleurissement est d’ailleurs une obligation découlant de la loi pour les tombes des soldats morts pour la France.

   Eure, Eglise, Tombes fleuries, Morts pour la France

La plante vise toutes les espèces végétales volontairement plantées  et pas seulement les fleurs qui, comme chacun sait depuis Jacques Brel, sont périssables ou même les potées fleuries de chrysanthèmes qui durent un peu plus longtemps à la Toussaint. J’ai choisi dans le titre de parler plutôt de la plante qu’on apporte en pot et qu’on met en terre plutôt que du végétal  avec son petit côté réglementaire.  

Eglises, Eure, Tombes végétalisées, 2012

C’est sur cette mystérieuse alliance que porte ce billet, avec des exemples choisis dans des cimetières anciens attenant à des églises de village situés dans le département de l’Eure lors de visites de découverte faites pendant l’été 2012. Sur la sélection faite par France Poulain, ABF de l'Eure (Architecte des Bâtiments de France), on voit des fleurs, des couvres-sols persistants, des arbustes ou même des petits arbres plantés aux abords des monuments ou sur la tombe elle-même soit parce qu’il n’y a jamais eu de monument, qu’il n’y en a pas encore ou qu’il a disparu. Une grande diversité se dégage de la co-existence de pratiques liées au végétal en un même lieu d’espace-temps qui s’inscrivent évidemment dans une continuité historique et qui vont voisiner dans le cimetière.

  Alliance-plantes-tombe-France-Poulain 1   

 Un tel espace hyper-sensible du fait qu’il touche au sacré est un des miroirs de notre société. Le lien avec le végétal ne s’en exprime que plus fortement au fil du temps. Seule reste, triomphante de vitalité, une plante que personne n’a jamais coupée si ce n’est pour son bien ou pour la sécurité, un arbuste devenu arbre qui a pris toute la place… 

Alliance-plantes-tombes-France-Poulain 2 

La plante témoigne d’un instant, celui de la séparation qui frappe les proches par sa violence et son irréversibilité. Le groupe familial, amical et social réagit en apportant des fleurs et maintenant aussi des plantes fleuries, plus que des couronnes dont l’usage est laissé aux cérémonies officielles. On repère vite ces tombes qui disparaissent sous les fleurs. Au fil du passage du temps, les fleurs sont remplacées par des plantes fleuries en fonction des saisons. Elles attestent qu’une ou des personnes viennent régulièrement entretenir la tombe.  C’est un signe social fort, surtout dans les villages.

Eure, Eglise, Cimetière,, Tombes végétalisées 

Un pas suivant est franchi quand la plante est sortie de son pot pour être mise en terre de façon à lui assurer une durée de vie plus longue. A partir de ce moment, elle peut avec un peu de soin et quelques gorgées d’eau, quand c’est nécessaire, acquérir son autonomie. Elle peut tellement bien s’acclimater qu’elle devient une partie constitutive de l’ensemble. Sans elle, la tombe et son environnement seraient vides et froids. Avec elle, l’atmosphère change au point d’identifier un endroit dans le cimetière. La plante montre que le site est vivant. Quelqu’un a planté ces végétaux et s’en occupe. Les visiteurs et les jardiniers les respectent, en faisant un détour par exemple pour ne pas marcher dessus. Plus tard, la plante prend toutes ses aises, au point de cacher complètement la tombe.

Eglises, Eure, Tombes végétallisées 

Il arrive  un moment où l’équilibre se rompt sous la force de la plante devenue arbre par exemple. Il faut alors aux jardiniers de la collectivité  intervenir avec de grands moyens. J’ai ainsi vu la souche d’un gros arbre restée coincée dans le socle du monument funéraire.    

Dans d’autres cas, le cycle de destruction va plus loin. Il ne reste plus du monument que des pierres cassées, des morceaux de la croix en fer, avec ci et là des fleurs en céramiques comme on en trouvait encore beaucoup dans les cimetières jusque dans les années 1960...      

Blog 20120802-Eglises and co-Eure 212

Poursuivre le chemin

. Ce billet est dédié à tous les jardiniers, qu’ils soient amateurs ou salariés, ainsi qu’à toutes celles et tous ceux qui veillent, dans l'Eure et ailleurs,  sur ces précieux patrimoines…

. Photos de France Poulain que je remercie très vivement pour avoir réalisé ces deux très belles planches photographiques du végétal dans des cimetières anciens entourant des petites églises du département de l’Eure, en 2012. Autres photos EP, à voir dans l’album « Vegetal City ».  

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