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Le Blog d'Elisabeth Poulain

L'Offensive des Flandres, le Génie & les Passerelles de Liège, 14-18/17

28 Octobre 2013, 12:02pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le titre. Nous sommes toujours en 1917 dans les polders de l’Yser en Belgique occupées par l’armée allemande au nord de la rivière, comme nous l’avons vu dans un précédent billet sur « Le Front de l’Yser », sur la base d’un récit paru dans l’Illustration du 17 février 1917. Dans les mois qui suivirent, il s’est agi  cette fois-là de passer à l‘offensive; c'est le terme utilisé par le capitaine T…, l’auteur de l’article paru dans l’Illustration du 20 octobre. Il ne s'agissait plus d'empêcher les forces allemandes de franchir l'Yser mais au contraire de permettre aux Français de s'emparer de l'autre rive dans le cadre d'une opération militaire alliée d'envergure regroupant Français, Anglais et Belges.  

Yser-Offensive des Flandres-1917-Abri-Béton-allemand-détruit 

L’offensive des alliés français, belge  et anglais. Elle est placée sous la conduite du Général Anthoine pour les troupes françaises. Commencée le 31 juillet, elle s’est traduite par des « brillants succès » pour reprendre les termes des communiqués officiels français. Pour obtenir ces résultats qui permirent ensuite à l’armée britannique de poursuivre l’avancée, il avait fallu mettre en place un important dispositif de facilitation des opérations au sol, dans le sous-sol et dans les airs. Le sol était un polder inondé volontairement d’eau pour stopper l’avancée allemande. Plusieurs conséquences s’ensuivirent.

Yser-Offensive des Flandres-1917-Passerelle-Liège 

Il fallut dès le début de la guerre créer et maintenir en état d’accessibilité, les quelques routes disponibles pour le matériel et constamment refaire les chemins de bois qui permettaient aux soldats d’accéder et de circuler entre et dans les tranchées. Les soldats appelèrent ces chemins sur pilotis, ou posés sur la boue selon les cas,  en l’absence de termes officiels, de « fonds de baignoires » ou de « pistes sur lattis » jusqu’au début de 1917.

Pour l’offensive de fin juillet 1917, le Génie français entra pleinement en action et dans un temps record. Des routes nouvelles durent être aménagées, des voies ferrées établies pour acheminer tout le matériel, lourd y compris.  

Yser-Offensive des Flandres-1917-Pylone 

Le sol, gorgé d’eau dès 40 à 50 cm  de profondeur, empêchait de construire de façon traditionnelle pour créer des abris semi-enterrés pour tirer et bénéficier de hauteur pour voir où était placée la puissance de feu de l’ennemi. Celle-ci était, elle,  protégée en rive droite de l’Yser, par des « abris modernes en béton », qu’on appelait aussi des « batteries bétonnés » (photos n° 1 et 5) . En zone occupée par les forces françaises (Nord de Noordshoote),  des nouvelles lignes téléphoniques durent être implantées, avec l’obligation dans les zones inondées, de les enterrer dans des gaines de plomb. Pour héberger les troupes françaises, des baraques Adrian(en bois)  et des tentes furent montées en nombre.

 Yser-Offensive des Flandres-1917-Pont-Arc

Pour permettre le franchissement du canal de l’Yser au site choisi, des solutions nouvelles furent mises en place :

Pour voir au loin, des prises de vue aériennes permirent de déterminer avec précision  les batteries allemandes en distinguant avec précision les vraies des leurres ; ces clichés étaient complétés par les études sonores des bruits des tirs.   Des pylônes-observatoires édifiés au plus près d’arbres (dessin n°3), quand il en restait, permirent de compléter le dispositif pour déterminer le repérage des postes de tirs ennemis.    

Pour permettre à l’infanterie de traverser le canal de l’Yser, entre Boesinghe et Steenstrat, des passerelles en liège (photo n°2) furent acheminés prêts à monter par le Génie français. Ce dispositif innovant était complété par  la mise en place d’une passerelle lourde de bois en arc (photo n°4) haute de plusieurs mètres au-dessus  au sud de de l’écluse d’Het-Sas près de Boesinghe.  Des tapis déroulables à poser sur la structure complétèrent le dispositif. S’ensuit dans l’article une description technique incroyablement précise et complète de ce matériel militaire. C'est ce qui qui permit aux soldats français de franchir le canal, protégés par leur artillerie qui visait et détruisait les abris bétonnés allemands dont certains avaient été construits à l’intérieur de vieilles fermes flamandes (photo n°5) pour mieux les dissimuler.

Yser-Offensive des Flandres-1917-Abri-Béton-allemand-caché-maison

L’offensive des soldats français placés sous le commandement du Général Anthoine, qui ne disposait que de six semaines pour la préparer, fut brillante.  Intercalés entre les troupes anglaise et belge sur un front de 8 kms de long, le Capitaine T…conclut par ces mots « nos merveilleuses troupes ont progressé au milieu de difficultés matérielles sans nombre, mais avec des pertes minimes. »    

Regardez ces photos. Surtout cette dernière. Il ne reste plus aucune vie à l'écluse Het-Sas sur le canal de l'Yser. Les Français étaient en rive gauche et les Allemands à droite. Le cliché pris d'avion montre un sol qui pourrait être lunaire où tout repaire humain a disparu.  

 Yser-Offensive des Flandres-1917-Terre-vue-du-Ciel-Het-Sas

Pour suivre le chemin

. Sur ce thème, lire le précédent billet sur ce blog  La Garde de l'Yser dans la Boue et l'Eau > Les Chemins de Bois > Guerre 14-18

. Voir l’Illustration du 20 octobre 1917, pages 387 à 391.

. Mieux comprendre avec la carte à voir sur  http://chtimiste.com/batailles1418/1917flandres.htm

. Voir des clichés impressionnants pris en Flandres occidentale par des photographes de l’armée française, sur la base Mérimée http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/memoire_fr?ACTION=RETROUVER_TITLE&FIELD_98=AUTP&VALUE_98=%20R&GRP=46&SPEC=1&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=1&MAX3=50&REQ=((R)%20%3AAUTP%20)&DOM=Tous&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P

. Les photos qui illustrent ce billet sont issues du célèbre hebdomadaire qui continue à faire foi sur ce qui s’est vraiment passé, encore maintenant.   

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