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Le Blog d'Elisabeth Poulain

La Bouquinerie Dutru, Rue Lionnaise à Angers, va bientôt fermer...

8 Juillet 2013, 14:54pm

Publié par Elisabeth Poulain

Tous les amoureux des livres la connaissent. Elle est ouverte depuis 1985, cinq ans après que Michel Dutru ait commencé à faire le commerce des livres. Il a voulu donner un abri à ses trésors de papier et d’images. Pour cela, avec sa femme Edith qui est relieuse, il a cherché un lieu rare, comme le sont certains des livres qu’il a  l’occasion de pouvoir racheter afin que des passionnés puissent à leur tour y trouver leur bonheur.

La Bouquinerie, Rue Lionnaise, Angers 

Ici dans cette maison du XVIIe siècle, rive droite à Angers, au début de la vieille rue Lionnaise dans le vieux quartier de la Doutre, on trouve toujours quelque chose d’intéressant, guidé par la curiosité, l’amour des livres et de ce qui s’imprime sur papier, des cartes, des dessins, des aquarelles, des cartes postales, des menus, ce qui reste parfois d’un livre quand il ne ressemble plus à un livre, des revues qui ont eu une renommée mondiale  comme l’Illustration-Journal Universel, qui est encore connue en Asie de l’ex-Indochine, Vie à la Campagne et Vie au Grand Air Réunies éditées par Hachette, des éditions à compte d’auteur que j’ai sous les yeux ou ce ne je sais quoi qui fait la différence…      

La Bouquinerie, Rue Lionnaise, Angers

Pour trouver la bouquinerie, il suffit de se laisser guider par les vieilles maisons de la Place de la Laiterie juste à côté et de remonter la rue Lionnaise dans sa partie pavée la plus pentue, pour trouver plusieurs maisons étroites et hautes dont certaines ont gardé leur devanture ancienne. Juste là, en bonne compagnie, dans ce centre du quartier protégé de la Doutre, dans un tournant se trouve la boutique de Michel et d’Edith Dutru.

La Bouquinerie, Rue Lionnaise, Les Livres, Angers 

Leur bouquinerie est logée dans une petite pièce éclairée par une devanture régulièrement changée par Edith Dutru pour montrer aux passionnés les nouvelles acquisitions. C’est elle qui accueille le curieux, le collectionneur ou  le passant qui cherche un ouvrage, qui aime être surpris par les livres ou qui passe pour voir, comme ça s’il n’y a pas quelque chose qui lui fasse envie…Certains disent clairement ce qu’ils cherchent pour  eux, d’autres cherchent un livre, à apporter en cadeau et d’autres viennent en découvreur-humeur de livres, des chercheurs d’atmosphères, des curieux de la vie enfermée dans des livres.   

Ces livres  ont une capacité étonnante à poursuivre longtemps leur vie venant de partout, au hasard de leur vie aventureuse, comme s’ils étaient programmée pour un jour  atterrir ici dans cette petite boutique angevine, qui vit pleinement avec le quartier et les passants. Ceux-ci se voient récompensés de leur passage à la montée ou à la descente bien sûr avec des livres gratuits qu’ils peuvent emporter avec eux, en ayant toutefois la grâce de laisser la vieille cagette sur place.

La Bouquinerie, Rue Lionnaise, L'Illustration reliée, Angers, 

Chez les Dutru, la magie du livre opère ici à plein. Il y a des livres partout, aux murs bien sûr, sur le meuble du milieu là où Edith place leurs plus belles pièces nouvellement arrivées, mais aussi par terre, dans tous les coins, avec juste assez de place pour  mettre des grands classeurs en papier marbré vert ouverts pour laisser voir des dessins, des aquarelles, des photos, des publicités anciennes ou des planches mystère…On peut circuler entre les piles, avec à chaque fois le plaisir de faire une rencontre où le hasard ne tient souvent qu’une petite place, moins grande qu’on ne le croit.

La Bouquinerie, Reliure, Edith Dutru, Livre qui s'en va, Angers

L’amour des livres. Edith Dutru le savoure pleinement aussi, elle qui est relieuse. Elle sait  prolonger la vie des ouvrages qui lui sont confiés comme le ferait un médecin des livres. Une bonne reliure peut facilement durer 150, 180 ans. En fait, il n’y a pas de limite, surtout si l’ouvrage est ensuite conservé dans de bonnes conditions. Tout dépend de la qualité des matériaux utilisés, de l’art de la reliure mis en application et de l’accord qui va se faire un peu magiquement entre tous ces éléments matériels et le livre lui-même qui arrive souvent bien abîmé entre les mains de la relieuse. Elle dit que « c‘est un livre qui s’en va » (de toutes parts). Qui a déjà tenu « un livre qui s’en va » entre les mains, connait l’étrange impression que l’on peut ressentir, faite de sensibilité devant tant de fragilité et  de quasi pitié pour cet état de grande faiblesse. Un souffle de vent, un geste brusque et il ne restera plus rien de ce qui a été un livre…   

La Bouquinerie, Rue Lionnaise, Reliure, Edith Dutru, Chantal Angers 

Le travail d’Edith la Relieuse va consister à redonner vie à l’ouvrage en tenant compte de tous les éléments qui font qu’un livre est unique. « Cela me fait chaud au cœur » dit-elle  « de redonner vie au livre. » C’est ce qui se passe actuellement avec un ouvrage de Martin Luther de 1845. Elle y travaille actuellement avec Chantal  une passionnée de reliure. Toutes deux m’expliquent le plaisir très sensuel de cet art dans un chant à deux voix :« Il faut aimer disent-elles le toucher, le papier, le cuir, la lecture. …Et puis il y a l’odeur aussi, plein de choses et puis toujours l’histoire. Voyez avec Martin Luther... Le livre le plus ancien sur lequel j’ai travaillé date de 1560 » ajoute Edith.

La Bouquinerie, Reliure, Livreà relier, Rue Lionnaise, Edith Dutru, Chantal Angers 

Le métier de relieur-e. C’est une affaire de patience  et de persévérance. Une petite erreur de tension du cuir dans un des coins par exemple précise Edith et tout l’ensemble s‘en trouve déséquilibré. Il faudra recommencer… Parfois aussi l’ouvrage est si détérioré, qu’on se demande si on y arrivera. C’est un métier qui demande de la force et de la finesse, de la force au bout des doigts pour forcer le cuir à faire ce qu’on lui demande, tout en comprenant comment fonctionne le cuir, de la finesse par respect pour l’œuvre en tenant un grand compte des couleurs en particulier du papier intérieur qui recouvre les pages 2 et 3 de la reliure. Pour ce livre de Martin Luther par exemple, c’est un papier marbré gris-bleu de Marie-Ange Doizy, une artiste, spécialiste de ce type de papiers qui a été choisi, le bleu en signe de spiritualité. Edith Dutru nous montre alors d’autres trésors de papier marbré ou de papier à la colle, comme « ceux de Baris, un artiste turc qui fait des planches uniques de toute beauté ».

 La Bouquinerie, Reliure, Papier à la colle, Baris Yilmes, Angers

L’atelier de reliure où Edith redonne vie aux livres, la bouquinerie où elle vend les livres que Michel est allé chercher, sa devanture qui fait rêver à de nouvelles aventures, le don de livres aux passants… tout cela fait partie d’un monde bien vivant et qui fait chaud au cœur. « La bouquinerie est un plaisir en soi, dit Edith. On suit les rentrées avec toujours de la curiosité et les gens qui poussent la porte savent ce qu’ils veulent. C’est toujours une aventure de chercher avec eux ce qui peut leur convenir. » Certes la bouquinerie va cesser ses activités mais Edith Dutru conserve sa pratique de la reliure et son goût pour le partage et la transmission d’un savoir millénaire qui est aussi un chant à l'art, à la transmission, à la vie, bien au-delà des frontières du temps et  de celles des territoires...     

Pour suivre le chemin

Edith Dutru, Reliure, 15 rue Lionnaise, Angers, 02 41 88 26 97 

Photos Elisabeth Poulain 

       

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