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Le Blog d'Elisabeth Poulain

La frontière et l'ambassadeur > Photographier le vide > Andreas Gursky

20 Décembre 2011, 17:32pm

Publié par Elisabeth Poulain

Trouver des représentations de frontières n’est pas chose facile. C’est pourtant la tâche à laquelle je me suis attelée depuis quelque temps, un temps indéterminé certainement, tout comme le concept même de frontière. A croire quand j’en parle autour de moi que les gens ne savent pas ce à quoi je me réfère :     que veut-elle dire? Quelle frontière? Selon eux, il n’y en aurait plus. Plus de frontière. En fait, je ne le crois pas du tout. A croire qu’au fur et à mesure que certaines frontières semblent disparaitre, d’autres surgissent là où on ne les imaginait pas ou renaissent autrement, comme c'est le cas ici.  

 

La frontière

C’est une double vraie frontière. Physique d’abord, politique encore actuellement car elle sépare deux pays qui pourtant ont aboli leurs frontières entre eux. Il d’agit du Rhin entre la France et l’Allemagne.   

Rhein II.Andreas Gursky 1999 by courtesy of Matthe-copie-1

L’ambassadeur

Il s’agit de Reinhard Schäfers. Le début de son prénom sonne celui du fleuve et son nom a quelque lien avec un berger si on enlève le s. En poste à Paris, il a ajouté à ses fonctions déjà bien chargées, surtout en ce moment de rapprochement-éloignement entre l'Allemagne et la France qui ressemble fort à des "je t’aime-moi non plus", celle de faire la promotion de l’art allemand dont on parle bien peu à Paris. Comme s’il n’était d’art qu’à Paris! Ce n’est plus vrai. Le panorama mondial de l’art compte plusieurs capitales comme New York, Shanghai, Londres ou Berlin…Pour le prouver autrement qu’avec des mots, M. Schäfers a placé la très grande photographie sur le mur de son bureau à l’ambassade allemande. 

 

Andreas Gursky

Il est un photographe d’art qui a le monde dans son rétroviseur. Il aime les très grands formats de plusieurs mètres de long, qui montrent l’ampleur, la puissance, le vide, la solitude, l'ordre…Il a aussi un agent très actif qui gère de New York la vente de ses photographies avec une grande finesse de façon à faire monter la côte de son poulain au plus haut au meilleur moment. Ca a été le cas lors de la ventee chez Christie’s à Londres où cette photographie de Rhein II a atteint la somme de 3,1E. C’est celle que je vous présente dans ce billet grâce à la Matthews Mark Gallery, qui représente le photographe et a donné son autorisation à la parution sur Wikipedia, sous condition essentiellement  de ne pas chercher à assortir la reproduction de finalité commerciale.

Rhein II

Il existe six exemplaires de cette photo de 3 mètres de long . Le choix  de la photographie a été fait conjointement par l’ambassadeur, qui a obtenu de l’artiste le prêt de cette œuvre pendant quatre ans,  et par Werner Spies, historien d’art allemand, très bon connaisseur de l’art européen, qui a été l’ancien directeur du Musée d’Art national d’Art moderne à¨Paris  pendant trois ans de 1997 à 2000.  

Rhein II.Andreas Gursky 1999 by courtesy of Matthe-copie-1

Le vide

C’est vraiment l’impression ressentie devant cette scénographie minimaliste proche de l’art abstrait. Certains ont distingué des brins d’herbe qui dépassaient et des petits débris de ciment  sur le bord gauche de la photo. Reproduite  en noir et blanc dans le Monde, la scène est totalement non-figurative. On voit des lignes horizontales et des textures différentes en particulier la quatrième bande à partir du haut. Dans l’original en couleurs, cette bande est celle de l’eau. C’est elle qui donne son sens à la photo. Les couleurs adoucissent l’impression d’étrangeté. Elles  sont si fondues qu’on en ressent upourtant un certain malaise comme si tous les éléments de la photo avaient  été disposés à l’avance pour faire de cet espace un endroit totalement façonné par un homme absent. Une absence qui va jusqu’au vide sidérant. On aimerait voir un peu de vie.

 

En fait, ce qui dérange au moins autant que cet ordre figé, c'est le nom de l'oeuvre, Rhein II. Plus que le fleuve, il me semble qu'il s'agit d'un canal parallèle au fleuve, ce qui expliquerait l'aspect linéaire, l'absence de végétation sur les rives, le niveau très élevé de l'étiage, quasiment à hauteur de la rive et surtout l'absence de mouvement de l'eau. Il n'y a pas de courant. On discerne seulement un léger clapotis du au vent.   

 

L’explication de son choix par l’ambassadeur

Reinhard Schäfers, qui connaît l’artiste, explique son choix par le fait que la photo représente le Rhin,  qui forme la frontière entre l’Allemagne et la France, qui « nous sépare et nous unit » selon ses mots reproduits par Claire Guillot, la journaliste du Monde. 

 

C’est bien le rôle d’une frontière. La question est de savoir si elle sépare plus qu’elle unit ou l’inverse. L'ambassadeur ne s'y est pas trompé: le fleuve est une frontière pour ses riverains. C'est aussi un espace très chargé en fonctionnalités différenciées, surtout pour des grandes fleuves et hors des zones touristiques. Sur la photo ci-dessous, une vue du Grand Canal du Rhin, à la hauteur de Breisach en Allemagne. 

 

Rhein-Grand canal d'Alsace-Breisach-Wikipedia     

Pour suivre le chemin et retrouver

. Le Monde du 24.11.2011

. l’artiste sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Andreas_Gursky

. la photo sur http://en.wikipedia.org/wiki/File:Rhein_II.jpg

. d’autres photos du photographe sur http://www.picsearch.com/pictures/Celebrities/Artists%20and%20Painters/Artists%201/Andreas%20Gursky.html

. quelques infos sur Werner Spies sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Werner_Spie

. quelques photos du Rhin sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Rhin, dont une très belle à la hauteur de la frontière avec le Palatinat à hauteur d'Erbach.

. Ph AG, avec mes remerciements

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