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Le Blog d'Elisabeth Poulain

La petite maison de Clémenceau, St-Vincent s/Jard, L'amour de la Lumière

13 Septembre 2013, 15:56pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le titre d’abord. Associer « petite » ou petit  avec Clémenceau n’est pas évident tant cet homme politique a marqué la vie de la France tout autant en période de paix que  pendant la guerre de 1914-1918. Dire ensuite que c’était « sa » maison est une contre-vérité. Il en devint locataire en 1920 en prévoyant d’y séjourner 6 mois par an. C’était le châtelain du château de la Guignardière à Avrillé (en Vendée), commandant pendant la guerre de 1914-1918,  Amédé Luce de Trémont qui en était propriétaire ainsi que de la terre et des bois alentour. A la demande du Grand Homme, il lui accorda bien volontiers l’utilisation de cette maison de pêcheur agrandie au fil du temps. Il proposa même de la lui offrir en hommage au titre de « Père de la Nation », un cadeau que Georges Clémenceau refusa. Il choisit de signer un bail à vie en versant le loyer à une famille nécessiteuse. 

 

St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau, Plein Soleil 

L’attachement à la Vendée. Elle était chevillée au corps de ce vendéen de souche. Georges Clémenceau est en effet né à  Mouilleron en Pared le 28 septembre 1841, un peu à l’intérieur des terres dans ce pays de moulins et de meuniers. Il passa son enfance au Château de l’Aubraie à La Réorthe,  tout près de Sainte-Hermine dans la propriété de ses grands-parents. « C'est au caractère vendéen que je dois le meilleur de mes qualités, le courage, l'obstination têtue, la combativité ».

Revenu « au pays », il entreprit très vite en 1921 de régler ses liens à venir avec la Vendée, en inaugurant le Monuments aux Morts de son village natal le 9 octobre. Quelques jours avant,  le 2 du même mois, il fit de même pour  son propre monument sculpté par Sicard pour être édifié à Saint-Hermine. Beaucoup plus tard, lors de la seconde guerre, la tête de sa sculpture fut arrachée par des bombardements allemands. Retrouvée, elle est maintenant placée à « la bicoque de Bélesbat », comme il a appelé sa maison dans ses écrits. On disait aussi Bel-Ebat avant sa venue, ce qui l’amusa beaucoup quand il l’apprit, lui qui était un grand séducteur.

  St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau, La mer

Cette petite maison basse constituée de quelques pièces liées entre elles par un grand couloir situé côté forêt est devenue pourtant la seconde et dernière maison de Clémenceau, par l’attachement qu’il lui porta, la durée effective de l’usage qu’il en fit et l’achat qui a dû être fait à un moment non connu, puisque son fils Michel en a hérité. Georges en parlait aussi comme de « son château horizontal ». Elle fut pour lui un lieu de ressourcement profond à la mesure du choc qu’il avait ressenti en perdant l’élection à la présidence de la République au profit de Paul Deschanel. Son amertume fut immense. Il garda son appartement de trois pièces à Paris, rue Franklin, d’où il pouvait voir la Tour Eiffel.   

St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau, L'arbre

A Saint-Vincent, il  vécut de façon fort simple, entouré de sa cuisinière et de son chauffeur et homme de service. Pour sa voiture (une Rolls parait-il),  il fit ajouter un garage à l’extrémité proche de l’entrée de la propriété. Pour lui, de l’autre côté, le côté le plus nature, il fit réaliser un prolongement ouvert sur l’extérieur, avec vue sur la mer, couvert de brande, comme il en est d’usage au bord de l’Atlantique pour protéger les jeunes cupressus des atteintes du vent et des embruns salés. C’est là qu’il méditait. Il lisait beaucoup, recevait ceux avec lesquels il avait gardé des liens ou noué des amitiés qui ne s’étaient jamais démenties. Ce fut le cas avec Claude Monet qu’il avait connu en 1860 quand ils étaient étudiants au Quartier Latin. Plus tard ils furent voisins dans l’Eure où l’homme politique avait acquis le Château de Bernouville à une vingtaine de 20 kilomètres de Giverny pour se rapprocher de l'ami artiste.

C’est à Claude Monet qu’il écrivit son plaisir d’emménager à Bélestat avec ces mots : « depuis trois jours, j’ai pris possession de mon ciel, de ma mer et de mon sable. Je vis entouré de crevettes, de homard, sans parler d’une étonnante carpe japonaise  au bout d’un bâton ». Cette carpe était un don du Prince héritier du Japon Hiro-Hito. En fait il y en avait deux ; c’était des bannières de soie accrochées chacune à une perche de bambou.   St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau, La mer

Une bonne partie de son activité, outre la lecture, la mise en ordre de ses archives, la contemplation du ciel et « les bains de lumière » qu’il savourait, fut consacrée à son jardin qui se déployait  devant la longère en hauteur par rapport aux rochers en contre-bas. Il transforma cet espace dunaire avec quelques pins et cupressus sur les côtés et par derrière en un jardin éclatant de couleurs, à la manière dont Claude Monet transforma une prairie pentue au bord d’une petite rivière en un Eden qui transforma sa vie, bouleversa sa peinture et donna naissance à l’Ecole des Impressionnistes. L’homme politique continua à se rendre à Giverny quand le peintre tomba malade, pour le réconforter. Celui-ci décéda le 5 décembre 1926.   

Quant à Georges Clémenceau, son tour advint le 24 novembre 1929 à Paris. A sa demande, il fut enterré à Mouchamp en Vendée près de la tombe de son père au « Bois sec » au bord d’un terrain boisé surplombant la rivière Le Lay au manoir-ferme que possédait son père. La cérémonie fut empreinte d’une très grande simplicité,  selon sa volonté, en dehors de toute solennité, de toute présence officielle et conformément au rite protestant. 

St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau, La petite porte 

La maison a été donnée par son fils, Michel Clémenceau, en 1932 à l’Etat. Selon d’autres sources, c’est l’Etat qui l’a rachetée. Elle n’est devenue Monument historique qu’en 1970. Depuis elle a été conservée presqu’en en l’état, avec son mobilier que Georges Clémenceau avait choisi pour l’entourer dans cette retraite vendéenne, quelques objets d’art qui avaient un sens fort à ses yeux et surtout aussi les nombreux livres qui garnissaient sa bibliothèque dans sa pièce de vie et les rayonnages fixés au mur du couloir du bas au niveau du plancher jusqu’en haut et sur toute la longueur du couloir, éclairé par une fenêtre, avec une petite porte pour permettre à la cuisinière d’accéder à la cuisine le matin. C’est l’image la plus forte que j’ai gardée en mémoire, avec le petit bureau devant la fenêtre, parce qu’on pense et on écrit mieux quand le regard se porte au loin.   

St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau 

Des bâtiments bas de style vendéen ont été édifiés en bordure de la propriété pour faciliter l’accès des visiteurs nombreux à ce qui est devenu un musée constitué d’une petite maison et de son jardin. La visite de la maison se fait maintenant aussi sous l’angle de ce jardin impressionniste réalisé par le Père de la Nation, un Tigre devenu Jardinier en chef d’un tout petit jardin, dirigeant le travail de son seul jardinier pour réaliser un monde éclatant de couleurs sous la lumière éblouissante de Vendée avant que le grand rideau noir se déploie.

Cette image très forte n’est en aucune façon une métaphore facile de ma part. Ce sont les mots même de Georges Clémenceau lors de l’enterrement de son ami si cher un peu plus de trois ans auparavant. Quand il avait vu le drap noir qui recouvrait le cercueil, Il l’avait arraché  en s’exclamant « Ah non, pas de noir pour Monet » et il le recouvrit d’un tissu coloré  de fleurs multicolores…  

St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau, Les deux roses    

Pour suivre le chemin

. Lire http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Clemenceau

. Voir http://www.ot-stvincentsurjard.com/accueilV2.php?page=clemen

. Parcourir un très bon article avec des photos prises l'hiver avec du brouillard  http://blogs.lexpress.fr/styles/tendance/tag/clemenceau-maison-vendee-saint-vincent-sur-jard/    

. Et aussi http://www.angles.fr/dossiers/coeurs/guignardiere/guignardiere.htm

 . Des cartes postales anciennes http://archives.vendee.fr/ et plus spécialement http://www.archinoe.net/cg85/visu_affiche.php?PHPSID=4da2d5eb8b293caef77794a355cda04b&param=visu&page=1#  

. Une autre carte postale avec son Château de Bernouville dans l’Eure, à voir sur http://www.delcampe.net/page/item/id,0162194682,language,E.html

. A voir aussi  http://www.niduab.com/article-voyage-jusqu-a-bel-ebat-la-petite-maison-de-pecheur-62444895.html  ainsi que http://www.niduab.com/article-blog-a-part-mouilleron-en-pareds-119643293.html  

. Lire  l’ouvrage de Michel Ragon « Ils se croyaient illustres et immortels » (Albin Michel) qui parle de la fin de vie de Georges Clémenceau à Saint-Vincent sur Jard.

St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau, Esplanade

. Sur l’homme politique lui-même, son courage et sa probité, lire ce qu’en dit un historien Michel Winock qui dénonce des petites paroles malveillantes encore aujourd’hui contre celui qui avait cherché à ne pas prolonger d’un jour la guerre de 1914-1918   http://www.sudouest.fr/2011/12/12/l-histoire-revelee-un-tour-de-bonimenteurs-578694-4670.php  

. Sur l’amitié entre Georges Clémenceau et Claude Monet  lire le très bon ouvrage d’Alexandre Duval-Stalla , « Claude Monet –Georges Clémenceau, Une histoire, deux caractères », Gallimard, avec une formidable photo en couverture des deux copains octogénaires très coquets, chacun dans son style, couleurs claires pour Monet et "noir de noir" pour Clémenceau.

    . Photo de Georges Clémenceau à son bureau face à la fenêtre, à retrouver parmi la sélection du International Herald Tribune pour fêter ses 125 ans, avec également une superbe photo de Gandhi à Londres et une autre de Gary Grant à Paris sur les toit avec l'Arc de Triomphe dans le fond   http://www.marevueweb.com/photographies/125-ans-du-international-herald-tribune-en-images/  

Clémenceau-assis-table de travail-St-Vincent sur-J

. Photos d’Elisabeth Poulain de Bélesbat prises en été 2010, après le passage de Xynthia dont les vagues avaient littéralement balayé le jardin, à la grande désolation du personnel des Monuments historiques en charge du site. Il restait quelques rosiers rugosa particulièrement résistants. J’ai ressenti beaucoup d’émotion à voir cet espace quasiment reparti à l’état de nature avec ces quelques fleurs qui étaient là en témoignage de résistance naturelle. C'était à mes yeux un jardin plus vrai.    

Vous ne verrez aussi que ces quelques clichés pris de l’extérieur et rien de l’intérieur. Il ne m’est même pas venu à l’idée de photographier ces quelques pièces, tant la présence du grand homme est forte.  Autant prendre une photo dans un château qui a vu passer beaucoup de monde ne me pose aucun problème dans la mesure où c'est autorisé, autant cela m'a paru inconvenant à Saint-Vincent. "Il" aurait détesté cela!   

Claude Monet fut certainement l'artiste qui peignit le plus de drapeaux bleu-blanc-rouge pour fêter la république  . C'est la raison pour laquelle j'ai choisi parmi mes clichés celui où l'on voit le drapeau en hommage de la Nation à son Père La Victoire, un jour d'été, au bord de la mer en Vendée, dans un site très touristique... 

. Et pour finir une question : quelqu’un sait-il de quelles couleurs étaient les volets de Bélesbas en 1920 ?  Certainement pas de ce vert tendre très mode fait pour s’accorder avec les couleurs roses des roses-fleurs.                                                       

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Claire 26/09/2013 21:34


Je me rappelle effectivement que c'était une très belle journée...