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Le Blog d'Elisabeth Poulain

La rue de village en peinture, photo > L’Espace public en déclinaison

9 Janvier 2014, 19:25pm

Publié par Elisabeth Poulain

Rue du village-Gerberoy-jean-Pierre-His-Wikipedia 

C’est un thème cher aux Impressionnistes qui signèrent au XIXe siècle avec maestria « le retour » à la nature, un tournant qui s’est traduit en particulier par une vision idyllique de la vie au village, un retour qui date de la fin du XVIIIe siècle. Il n’est pas étonnant dans ces conditions de voir que de nombreux peintres ont choisi ce sujet pour leur plaisir ou pour se faire connaître.    

C’est un thème qui perdure encore aujourd’hui, tant la symbolique du village est forte, vue de l’extérieur. On peut même dire qu’elle s’est renforcée avec la crise de la ville et l’explosion d’une urbanisation sans centralité, avec des lotissements qui se collent les uns aux autres, sans lien avec rien. Le village est encore plus que par le passé vu comme un éden de calme, un espace organisé depuis des siècles où chaque personne est non seulement à sa place mais a une place. Plus que la petite ville, il est dans notre imaginaire une scène de théâtre en petit format où se jouent des scènes apaisées de vie en commun réglées par des règles tacites observées par tous.

Soir-à-Chamant-Oise-Georges-Emile-Lebacq-1928

Quelle rue pour quel village ? Ce sont les deux questions qui se posent alors. Commençons par le second terme de cette double question. C'est le village qui détermine la rue. C’est quasiment toujours le village rural qui est choisi, un village situé dans une campagne riante, généreuse aux paysages diversifiés et parsemée ici et là d’anciennes fermes au bâti traditionnel. La Normandie est un très bon exemple de ce type de paysages où chaque chose semble à sa place. Entre les villages, on voit des vaches dans des prairies, des clôtures de bois, des espaces boisés qui rythment l’espace en haut des collines ou au creux des vallons et des fermes anciennes proches des routes, avec tout autour à l’horizon les clochers de plusieurs villages.

Le regard du citadin enlève de lui-même, comme inconsciemment, les grands hangars agricoles des grosses exploitations situés dans la campagne près des routes ou les entrepôts à usage de stockage implantés aux abords de petites villes dans des zones industrielles qui parfois tendent à enclore l’espace à vivre, comme des remparts d’un nouveau type. Seules restent dans le champ visuel et la mémoire l’entrée du village, les maisons anciennes au centre près de l’église et quelques magasins qui ont toujours été là. Ce sont eux qui animent la place où le village se montre, où on se voit.

    Henri Rousseau Malakoff Poteaux 1898 Galerie nationale Prag

L’entrée ou la sortie du village ? C’est une question qui n’a rien de farfelu. Il y a toujours une entrée privilégiée, plus belle que la sortie inversée, qui assure l’entrée de l’autre côté. C'est celle là qui sera miss en lumière, comme si'il n'y avait qu'une seule entrée. En général, les plus belles maisons se sont implantées au cours de l’histoire là où il y avait de la place, dans le coin le plus agréable, où le paysage était le plus beau. Parfois, la plus belle entrée se situe aussi du côté où passe la route nationale qui lie le village à la grande ville la plus proche. C’est là que vous verrez des belles demeurent édifiées au XIXe siècle entourées de jardins à l’anglaise. 

    Lépine, Rue de Village, Bernheim et jeune

D’autres témoignages en sens contraire existent pourtant, comme le montre par exemple cette gravure intitulée sobrement « Rue de Village » signée par Lépine et éditée par Bernheim jeune et fils. L‘artiste, qui a choisi une rue de village bordée de maisons, qui descend en tournant vers le centre, ne cherche pas à faire joli. Les maisons sont assez pauvres sur le côté gauche, plus cossues pour celle du fond et dissemblables en côté droit, où on distingue un immeuble à quatre étages qui étonne en un tel endroit. La rue ne semble pas être pavée. On voit clairement sur le côté gauche un filet d’eau couler dans le sillon qu’il a creusé à même la terre. Une femme remonte la pente. Elle porte un sac de tissus coincé contre son côté gauche. Il y a peut-être d’autres femmes difficiles à voir car l’encre a pâli.

Rue de village, rue de voisins-Camille Pissaro-1871, City a

 

Camille Pissarro en 1871 a saisi en couleur une rue sans nom de village, intitulée très sobrement « Rue de village, Rue de Voisins ». L’intéressant est que le peintre n’a pas cherché à flatter la scène. On voit surtout des murs qui empêchent de voir derrière et quasiment pas de façades proprement dites. La rue par contre est pavée et les femmes sont nombreuses. On les voit revenir ou aller au travail à pied, seules. Elles ne sont pas en représentation et pourtant ce sont bien elles qui sont les véritables sujets du tableau, alors même que le peintre ne parle que des « voisins ». Il est vrai que pour une fois, il y a un homme qui descend au village. Le point focal qui attire le regard est le clocher de l’église dans le creux de la vallée au fond du tableau.

Village, petite rue, petite maison, peinture JG

D’autres visions embellies du village ou de la petite ville se sont imposées au fur et à mesure de l’embourgeoisement de la société au cours du XXe siècle. Des maisons basses situées en bordure de petites rues ont été rachetées et embellies grâce à la mise en couleur pastel des volets, du crépi jaune de la façade et surtout du fleurissement des trottoirs et des murs. C’est ce que montre cette peinture à l’huile de J.G., qui représente une vision charmante d’une petite rue de village mais sans personnage. On peut dès lors supposer que le peintre est le propriétaire de la maisonnette mise en valeur par ce tableau. C’est moins la rue qui compte que la petite maison.    

Pour suivre le chemin . Le premier cliché montre une photo de l'entrée de Gerberoy, un très joli village de l'Oise. La gravure de Lépine et la peinture de JG font partie de la collection « Emmaüs ». Le tableau de Camille Pissarro est à retrouver sur Wikipedia, sous le nom du peintre.  

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Jean-Loup 05/01/2016 19:38

Bonjour, concernant le tableau de Pissarro : Voisins, c'est le nom d'un bourg de Louveciennes où mène la rue représentée qui s'appelle "Rue de Voisins". Je ne suis pas sûr que Pissarro parle des voisins, par conséquent. Personnellement, je crois que le sujet de ce tableau est la lumière particulière à cette saison et le contre-jour, tous deux ici magistralement représentés. Et à propos des femmes, Pissarro en a représenté dans au moins 80% de sa production, alors je suis sceptique quant à leur sort de "sujet" dans ce tableau. Mais bon, je peux me tromper.