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Le Blog d'Elisabeth Poulain

La saga des poteaux > Limites de la récupération et toxicité d'usage

19 Janvier 2011, 11:04am

Publié par Elisabeth Poulain

Les poteaux sont partout. Ils nous aident à voir en nous apportant l’électricité, le téléphone avec fil... Ils nous cernent. A croire que notre civilisation a érigé le poteau en totem. A l’époque de la dématérialisation des échanges et de l’enfouissement des réseaux, on pourrait croire que ce serait le contraire. Eh bien non, d’abord et surtout en raison des coûts. Juste pour voir, savez-vous combien coûte l’enfouissement d’un poteau qui gâche la vue dans un site protégé ? Vous aurez la réponse en bas de page. Je ne sais pas encore utiliser les signes d’écriture à l’envers. Patience.

  Ah les beaux poteaux

Revenons à nos poteaux et plutôt raisonnons en terme de durée de vie d’un bon poteau qui a vaillamment porté toute la charge prévue au départ et complétée au fil du temps et du développement de la ville. Selon l’emplacement, la charge et les conditions climatiques et autres aléas non prévus, tels que les attaques d’oiseaux, d’insectes ou de champignons, sans parler des attaques directes des voitures, sa durée de vie est d’environ 25 ans. Parfois, c’est franchement plus. On cite des poteaux de 40 ans d’âge en ville, mais aussi en montagne ou la vie que mènent  les poteaux est plus dure.

 

Les « amis » des poteaux

Ce sont des traitements et/ou substances que les poteaux vont subir et dont leur bois va être imprégné à vie. Ces amis se nomment Créosote et CCA pour le trio d’enfer que constituent les sels de cuivre-chrome-arsenic. La créosote, extrait huileux en provenance du hêtre, est un cancérigène de classe 2. A ce titre, le bois traité à la créosote ne doit ni être touché par la peau, ni respiré par le nez, ni approché des yeux. Quant aux CCA, ils atteignent sans discussion la classe I dans le rang des produits cancérigènes à cause du pouvoir de toxicité de l’arsenic. Son utilisation est interdite depuis le Ier septembre 2007. Sur la base de la durée de vie de 25 ans, dans 19 ans, les poteaux qui seront remplacés pourront encore contenir ces délicieux composants. Plus encore, ils vont encore durer des dizaines d’années grâce à leur pouvoir d’usage multiple tant en extérieur qu’à l’intérieur de la maison.    

 

L’importance du second marché 

Le marché du « vieux » poteaux et traverses de chemin de fer présente des chiffres énormes, surtout à cause des traverses d’ailleurs.

. 240 000 poteaux (18 000 tonnes) sont remplacés chaque année par France Télécom. Ils sont incinérés en Allemagne ou dans une cimenterie en Isère. 1 000 à 1 500 tonnes de poteaux (ERDF) sont cédés en vue d’une réutilisation ou incinérés. Les 2000 à 3000 tonnes d’AOD (Autorités organisatrices de distribution publique d’électricité) sont revendus en vue de réutilisation. 

. La SNCF dépose 1 million de traverses chaque année (75 000t) ; 250 000 traverses sont incinérées pour fabriquer du charbon de bois alimentaire, après traitement en sites classés.        

 

La délicate question de la réutilisation des poteaux et Angers, peripherie nord-ouest, vers Avrillétraverses

La revente à des professionnels ne présente globalement pas de gros problème, dans la mesure où en principe le bois traité en fin de vie doit être incinéré dans des usines spécialisées et dans la mesure où sont respectées les limites de la revente à des particuliers. C’est surtout là que le bât blesse. Les ventes  faites à des clients privés pose question sans garantie aucune  du respect des précautions d’usage des traverses en utilisation ultérieure. Quant aux poteaux, seul ERDF s’engage à reprendre ceux qu’il a précédemment vendus pour les incinérer.

 

Les limites de la « récup »

Elle cesse d’être un art pour devenir un danger. En l’absence de traçabilité, nul ne peut garantir l’innocuité d’un bois de poteau ou traverse récupéré à l’issue de longs cheminements dans des circuits  parfois obscurs, d’autant plus que les poteaux voyagent beaucoup, comme on l’a vu. Bien souvent le bois vient de Pologne, de France aussi, puis repart en Allemagne ou en Isère… J’ai vu de superbes réalisations, avec par exemple une cuisine tout en bois de traverse, sol et mobilier inclus, jusqu’à des tabourets pour la table et la table elle-même. Les photos étaient superbes.  

L’engagement volontaire des professionnels

Il porte sur ce qu’on appelle « le bois traité » dans le cadre du Grenelle de l’Environnement et n’a pas de force obligatoire dans la mesure où il est très difficile d’assurer la traçabilité d’un poteau X ou Y dés lors qu’il s’agit de la vente à un particulier.  En conséquence, les professionnels – RFF, SNCF, ERDF- plus les administrations que sont DGS, DGCCRF et DGPR, l’association Robin des Bois et  des cabinets d’expertise (INERIS et FCBA) ont décidé des mesures suivantes :

. s’engager pour le producteur initial de ces déchets à assurer « lui-même  la cession au réutilisateur final » sur la base d’un bordereau de traçabilité pour garder la mémoire  de la réutilisation sans limite de durée dans le temps ;

. s’engager pour le producteur initial de ces déchets à prendre en charge « gratuitement » la collecte et l’élimination des bois cédés dés lors qu’ils sont devenus inaptes aux usages ou sans utilité pour le réutilisteur final. 

. essayer pour tous de « proscrire la réutilisation par ou à destination  des particuliers ».

 

Les limites du pouvoir de la réglementation

Ah les beaux poteauxCe qui m’intéresse dans cette histoire est de voir que nous avons en France changé de système réglementaire, non pas tant sous l’influence européenne, que sous l’influence américaine. Aux Etats-Unis et dans la plupart des pays qui utilisent les concepts de la responsabilité des particuliers  et des entreprises, la société est bien consciente que l’Etat ne peut tout faire, en l’absence d’un ou plusieurs maillons manquants dans la chaîne de responsabilité et au regard du coût à envisager. 

 

Les poteaux sont un très bon exemple de l’impossibilité matérielle réelle de tracer chacun des poteaux existants déjà ré-utilisés, encore en usage. La vision d’un brave poteau, pas cher, vaillant et qui dure longtemps, a été totalement bouleversée par l’impact du développement durable. En un certain sens, on peut dire que le poteau de Papa est victime du développement durable. Le nouveau poteau bientôt sera identifié par une puce. On n’en est pas encore là. C’est le lot qui fait l’objet de la traçabilité.

 

Quelques questions

A ce niveau de complexité au plan administratif, légal et financier, la question est de savoir si la réglementation ne va pas signer la fin du poteau de bois.

 

L’engagement volontaire escamote la question du coût financier d’un tel engagement qualifié de « gratuit » par le texte officiel. Mais non, ceci est une impossibilité dans une entreprise. Un peu de transparence ne nuirait pas. Jusqu’à quel coût, le poteau de bois reste-t-il rentable face au poteau en béton ou en métal?     

 

Que fait-on des cendres contenant ces résidus peu appétissants, au nom du développement durable? 

 

Pour suivre le chemin des poteaux

Retrouvez le poteau:

. dans le cadre de l’engagement des professionnels

http://www.developpement-durable.gouv.fr/spip.php?page=search&query=poteaux+et+traverses+en+bois&motclesaisi=poteaux+et+traverses+en+bois+&x=4&y=7

. dans sa version écologique sur

http://www.huetbois.be/fr/poteaux-telephoniques-et-electriques/45/2

 

. Coût pour un particulier de faire disparaître un poteau planté sur le trottoir devant chez lui, avec enfouissement des lignes : 6 000E environ. HT ou TTC ? Je ne sais pas ! 

. Voir le billet précédent sur les poteaux sur ce blog

Levez les yeux au ciel et cherchez les poteaux  

. Photos EP

Commenter cet article

Myriam 23/01/2011 01:29



Les coûts des "travaux publics" sont toujours ahurissants décidément, et cela ne s'arrangera sans doute jamais, à la différence qu'en temps de crise on va finir par ne plus rien pouvoir faire. La
décennie promet bien des surprises, pas toujours bonnes.



Elisabeth Poulain 27/01/2011 15:51



C'est vrai que les limites de la récupération sont vite atteintes. Il va falloir penser autrement, beaucoup plus en amont aux conséquences de ce que nous faisons.