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Le Blog d'Elisabeth Poulain

La saturation visuelle par la publicité > Un jeu culturel pour réagir

30 Août 2010, 09:44am

Publié par Elisabeth Poulain

Constater la saturation visuelle par la publicité

Avant le passage à l’an 2000, des chercheurs avaient calculé l’impact visuel Effet de lainage blancpublicitaire en ville, c’est à dire la rencontre entre une publicité et la personne qui passe, quel que soit son mode de locomotion, à plus de 700 expositions/jour et +. Ce genre de calcul ‘ à l’américaine’ où toute information doit être chiffrée,  est forcément tout à fait contestable en raison de son mode trop aléatoire de calcul en situation. Voyons les trois composantes.

. Tout dépend bien sûr de savoir dans quel pays, quelle ville, dans quel quartier, dans quelle rue, à quel endroit, à quel moment… Ca, ce sont des critères applicables au territoire.

. Du côté de celui qui est supposé voir, entendre, sentir cette publicité, les critères sont aussi nombreux, dans le sens où ils sont infinis puisque tout dépend de la personne et de sa perméabilité à la pub.

. Quant à la rencontre elle-même, la connaissance de la mentalisation de la publicité a fait certes de grands progrès mais n’en est qu’à ses débuts. Il ne suffit pas de voir une publicité pour qu’elle fonctionne. Pourtant c’est bien sur cette possibilité de « rencontre » que se vend la pub auprès des annonceurs. On est capable de dire après-coup pourquoi une pub a marché, mais pas encore de prédire qu’elle va marcher. Ouf, heureusement !  

 

Apprécier les différents degrés d'imprégnation publicitaire

Quoiqu’il en soit de ce nombre d’expositions, Ecailles de cuir, sac à mainle fait est qu’il y en a tant et plus qu’il n’est possible de dénombrer consciemment les présences publicitaires dans l’espace public. Outre celle qui est qualifiée comme telle, la publicité a mangé tout notre espace avec la pub pour la presse visible sur les panneaux, des hauts-parleurs que l’on entend dans la rue, des écrans de télévision désormais installés en ville sur les grandes places et la simple vue d’une enseigne qui fait de la pub, sans même parler des marques sur le dos, les sacs, les chaussures…. Elle atteint des sommets puisque de nombreuses d’informations classées officiellement comme telles sont en fait de la publicité envoyée par les entreprises et qualifiées souvent sans transformation ni valeur ajoutée propre par la presse en info.  On a déjà franchi la cap de ne plus savoir distinguer ce qui est pub et ce qui est info ‘pure’.

 

Retrouver une certaine fraîcheur mentale et visuelle

La question se pose désormais de savoir comment il est possible de garder ou de Encre noir et blancrecouvrer  un peu de fraîcheur pour choisir – soi – ce qu’on a envie de voir plutôt que de subir, sans réactions possibles, celles que d’autres veulent nous imposer, toujours pour notre bien. Vous l’avez bien remarqué. Un des jeux en réaction à votre disposition est de transformer votre sortie dans l’espace public hors de votre appartement en traque animalière murale.  Il n’y a là rien de bien singulier. Le thème seul change un peu. Quand vous faites des tours de découverte d’une ville, un guide à la main, vous faites bien la même chose.

 

Un jeu vous permet de retrouver une part de liberté et ce faisant un plus grand espace personnel de vie dans l’espace public : vous fixer vous vos propres objectifs de ce que vous cherchez à voir. Les thèmes sont là aussi infinis puisque tout dépend de vos goûts, de vos désirs, du lieu et du moment. Avec un premier résultat absolument étonnant, c‘est que bien souvent  vous trouvez ce que vous cherchez, en application de l’adage ‘on voit ce qu’on cherche’. Dans le même sens, vous vous surprenez à découvrir des choses devant lesquelles vous êtes souvent passé sans les avoir jamais repérées précédemment.

 

Choisir ses thèmes de jeu

Bien sûr, vous pouvez aussi, et il est recommandé Impression noir au tampon sur papierpar des connaisseurs de la pensée, de vous laisser flotter, immerger dans le lieu où vous êtes, comme dans un bain interculturel, un bain de jouvence pour repousser trop de clichés ou d’images reçues. Ceci n’est pas contradictoire. Vous n’êtes pas dans un choix ‘fromage ou dessert ?’ Là, c’est ‘les deux et + encore’. A votre choix, la possibilité de parler aux gens dans la rue, les jardinets, le végétal en ville, à commencer par les mini-jardins de rue que plantent les habitants devant chez eux, les devantures de certains magasins vintage, les soldeurs de bouquins, le street art, la différence – un vaste sujet à décliner – la couleur, les façons de marcher en ville, la cohabitation dans le tram, les façons de faire ses courses, la présence d’un animal au bout d’une laisse, les terrasses de café, les  vêtements hors mode, la perception des nationalités, les façons de conduire et de se conduire, la relation à la pub…

 

Prendre l’exemple du photographe Christophe Louergli

C’est un jeune artiste belge pour qui « photographier, c’est respirer ». Son Lumiere, papier, bambou et ficelledomaine de sélection porte sur le détail d’une extrême banalité, devant lequel on passe tous les jours et qui un jour va lui parler. L’ensemble crée un monde qui prend sens par ses yeux et qui, grâce à lui, va porter sens pour d’autres que lui. Il est un transmetteur d’émotion, d’une émotion d’autant plus forte qu’elle est subtile, aérée, évanescente, impalpable et pourtant si présente. Elle est transmissible. Son travail est fondé sur un regard qui accepte la lenteur de l’instant.

 

C’est à cela que  je pensais en voyant la belle exposition consacrée à Raoul Ubac par la ville de Trélazé (49). Ses lithographies sont accompagnées par des photographies de Christophe Louergli qui jouent  « en résonance » avec l’œuvre de Raoul Ubac. Et ces résonances trouvent un écho singulier chez celui qui regarde. Un jeu à trois singulier, qui ouvre l’œil, avec une qualité de profondeur impressionnante. J’ai rarement vu un lien d’une telle densité entre une œuvre imprimée, une photographie et la  personne qui fait le lien  entre chacune d’elles d’abord et elle-même ensuite. Avec des découvertes remarquables, dans le jeu d’étincelles entre l’artiste Raoul Ubac (I910-1985) et le photographe né en 1976, il y a enrichissement pour celui qui regarde.              

 

Pour suivre le chemin

. Voir le catalogue de l’exposition du centenaire de Raoul Ubac à Trélazé, Anjou 2010.  

. Raoul Ubac à retrouver sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Raoul_Ubac

. Retrouver Christophe Louergli sur son blog http://louerglichristophe.artblog.fr

Il est aussi présent sur Facebook : on y voit une photo de mur en ardoise. Comme il le dit dans le catalogue du salon, il préfère s'exprimer par la photographie. 

. Photos 'noir et blanc' EP   

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