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Voilà un titre concis et court pour une fois. Il réunit trois composantes, qui montrent le lien entre les trois facettes, quel qu’en soit l’ordre d’ailleurs. Il fonctionne aussi bien avec les trois entrées. Voici donc un billet sur le vin qui permet de comprendre la société française en étudiant la façon dont la présence des femmes est perçue dans les métiers du vin.
Il en est d’autres bien sûr, beaucoup d’autres et que je ne vais
surtout pas vous énumérer. Prenez votre journal favori et voyez les différentes rubriques. Puisque vous
avez votre journal, vos journaux, devrais-je dire d’ailleurs, tant nous en feuilletons sur papier ou sur écran, regardez aussi finement la façon dont la presse parle du vin. Vous comprendrez
beaucoup de choses sur la façon dont la société fonctionne. Le vin, comme un miroir de ce que nous sommes, grâce aux femmes de la vigne et du vin.
Pour vous aider à voir la société, posez-vous la double question de ce que vous aimez lire en matière de vins et de ce que recherchez. C’est ce que vous lirez. Des portraits de nouveaux ou néo-vignerons, des témoignages de grands noms du vin, des récits de dégustation, avec une forte préférence pour les verticales de grands crus et/ou de grands noms, des adresses « d’inconnus » à découvrir avant les autres, une grosse touche d’exotisme sans forcément quitter la France pour montrer la différence, une capacité des vignerons à se différencier de la masse, la mise en lumière d’appellations un peu « oubliées », à l’écart des grandes routes du vin, la présence rassurante des valeurs sûres, des présentations nouvelles de vieilles recettes grâce au net, une autre approche du terr(it)oir(e), de la culture dans le verre, de la vinification, des réussites secrètes, un ton à l’écriture, une ambiance, une capacité à faire rêver et à échanger, une incroyable liberté d’aller en pensée survoler la terre et le temps …
J’arrête là tant la liste pourrait être longue. Elle
contient néanmoins en
quelques lignes une grande partie des principales composantes de ce qu’on aime dans le monde du vin. La presse est alors le miroir de sa société de
lecteurs. Pour autant, c’est un miroir très sélectif qui ne met en lumière que certains aspects de la filière. Il y a tant de maillons qui doivent s’enchaînent les uns avec les autres pour que le
vin arrive dans votre verre, que vous puissiez le boire, le partager avec d’autres, grâce à la parole, l’écrit, le net, l’art et tout le travail invisible des chercheurs et des innovateurs de la
vigne et du vin.
Je n’ai jamais cherché à quantifier les métiers dans le monde du vin, tant il y a de nuances qui évoluent chaque jour en fonction de subtilités porteuses de sens, de la réglementation et de la concurrence des autres marchés. S’il fallait montrer la diversité des métiers du vin et leurs liens les uns avec les autres, il serait possible d’identifier 8 grands domaines de métiers qui s’inscrivent dans un cercle ouvert:
1 la réglementation et les contrôles, 2 la recherche, 3 la vigne, 4 la vinification,
5 la distribution, 6 la dégustation, 7 la transmission. Le huitième est commun à toutes les composantes: c'est la gestion.
Le plan circulaire est ouvert entre 1 et 8 de façon à laisser entrer le changement qui chaque jour bouleverse et change les rapports entre les toutes les composantes. Au centre de ce cercle-métiers, je place les personnes, hommes et femmes, sans lesquels il n’y aurait pas de métiers ni de vigne ni de vin. Eux deux forment le petit cercle initial.
Chacune des 8 entrées génère sa propre galaxie qui forme un troisième cercle à la fois local, national, européen et mondial. En se focalisant cette fois-ci sur les personnes morales, privées ou publiques, entreprises, institutions, organisations, on obtient une autre façon de voir la vigne et le vin :
1. Pour la réglementation ---) les Douanes, la Répression des Fraudes,
au niveau européen, français…
2. Pour la recherche ---) des organismes publics –ITV, IFV- et privées
3. Pour la vigne ---) les domaines, les coopératives, les négociants, les oenologues
4. Pour la vinification ---) les mêmes + les œnologues + les responsables techniques
5. Pour la distribution ---) les mêmes quand ils vendent en direct + tous les distributeurs en France et à l’étranger
6. Pour la dégustation ---) les experts + les jurys + les amateurs chevronnés + les clients qui achètent
7. Pour la transmission ---) tous ceux déjà énumérés + les syndicats + les journalistes + les personnalités + les stars + les artistes + les intellectuels…
8. La gestion est le domaine commun à toutes les autres composantes.
On ne pose jamais cette question comme si leur présence était si évidente qu’elle n’aurait pas de sens. Elle en a pourtant bien une. Dans quels métiers trouve-t-on les hommes de la vigne et du vin ? La réponse est « partout » quand il n’y a pas de femme à côté. Quand il a un certain choix, l’homme va privilégier les métiers de la création, où la part de travail est visible. Il y a un avant et un après, repérable, comme dans la parcelle passée à la charrue ou au tracteur. On sait bien quand le travail a été fait et qui l’a fait. Le travail est certainement fatigant aussi bien dans la vigne, malgré les avancées du sécateur électrique, que dans le chai quand il faut monter les drapeaux – des couvercles remplis d’eau – de 20kilos à bout de bras sur 3,5 mètres de hauteur pour les poser sur la cuve pour refroidir ou réchauffer les moûts.
C’est surtout lors de la transformation du jus de
raisin en vin que se joue le mystère du vin et que naît son très fort
pouvoir de fascination. Cette part là est clairement masculine ou revendiquée comme telle, pas seulement par les vignerons mais par toux ceux qui savent qu’un vin d’homme fera plus rêver qu’un
vin de femme. Ce que les transmetteurs recherchent, qu’ils soient journalistes, blogueurs ou amateurs parlant à d’autres eux.
Elle est là où on a besoin d’elles, là où le travail est peu visible bien qu’indispensable, peu rémunéré, allant de soi, d’un soi qui n’est pas défini par elles. « Le retour » des femmes de vigneron à la maison pour vendre en direct du caveau de dégustation à côté de la maison est à cet égard très parlant d’une certaine vision du travail des femmes. Le raisonnement est très direct : la femme peut bien en charge la vente aux clients qui viennent acheter puisque de toutes les façons, elle est là pour s’occuper des enfants et/ou plus tard de la comptabilité et des relations avec l’Administration. Presque tout ce qui agace l’homme de la vigne et du vin, qui a autre chose à faire (de plus important).
Quand l’acheteur professionnel se déplacera, il demandera à voir le vigneron lui-même pour discuter d’affaires. Il en ira de même avec le journaliste parisien, selon une forte logique peu remise en cause dans les domaines : le vin est mieux valorisé s’il est porté par un homme. Pour le bien du domaine, la femme s’efface. Nous sommes là dans les métiers 3 et 4 liés directement à la vigne et au vin.
En matière de dégustation, les femmes sont présentes mais beaucoup moins que ce qu’on pourrait penser. Leur taux de participation n’est pas représentatif de leur taux de présence dans la filière. La raison en est leur rapport au temps, bien différent de celui des hommes. Outre leur métier, elles assurent en plus la gestion familiale, qui implique que la chemise du mari soit repassée après avoir été lavée, que les enfants soient cherchés à la sortie de l’école…En France en moyenne, les femmes travaillent plus de deux heures par jour en plus que les hommes. C’est plus dans le domaine de la vigne et du vin.
Reste ce que j’ai appelé la transmission. Là, les femmes de la vigne et du vin ne sont franchement pas bonnes. Elles travaillent déjà tellement entre leur travail + le travail invisible au domaine + celui de la maison qu’elles ont peine à prendre en charge en plus la transmission d’informations et de création de valeurs plus forte sur le monde de la vigne et du vin. Elles pourraient alors peut être plus mettre en lumière leur présence active, valoriser une autre approche de la vigne et du vin et s’organiser aussi des verticales avec des collègues, LA récompense que s’offrent les vignerons hommes entre eux.
Le vin est alors pour elles non seulement un travail, une source de revenus mais aussi une reconnaissance de leur expertise, leur engagement professionnel et de leur prise de risques. Il n’y a pas de solution toute faite. Ce qu’on observe de la part des jeunes générations, c’est une volonté de ne pas tout mélanger entre vie professionnelle, vie familiale, vie de couple et un tout petit peu de vie pour soi, de façon à ne pas reproduire au travail ce qui se passe dans le couple et dans la famille.
La clarification des jeux de
rôles est en cours, du fait en particulier de l’arrivée dans le vignoble par projet ou par mariage de femmes ayant déjà un acquis professionnel. La
modification des styles de vie affecte aussi le vignoble. Evoquer le divorce n’est plus un tabou dans les chais. On parle alors vraiment argent et valorisation du travail. Le 3è facteur décisif
vient des jeunes femmes qui arrivent sur le marché de l’emploi avec la volonté de travailler dans la filière de la vigne et du vin. Elles sont plus et mieux formées en moyenne que leurs
confrères. L’intéressant est qu’elles investissent l’international en se faisant reconnaître par les acheteurs étrangers, avant de l’être dans leur
pays.
Avoir un vrai métier, être vraiment payée, assurer une forte présence dans le monde syndical et institutionnel sont les moyens de sortir de cette invisibilité si commode, pour beaucoup, mais pas pour elles. C’est déjà ce que faisaient les jeunes lors de leur Tour de France. Maintenant le tour est plus grand et il s’élargit aux femmes.
La filière vin est très représentative, par la place des femmes d'abord mais il n'y a pas que cela. Le lien au travail est minoré, voir occulté de façon à ne metter en lumière que certains aspects culturels de la vie du domaine. Celui-ci est rarement présenté comme une entreprise, qui nécessite pourtant une gestion pointue. Encore une occultation. La prise de risques finaciers n'est jamais évoquée non plus. La vente est présentée comme une occupation pour les femmes. L'ardente obligation d'une distribution en France et à l'étranger, on n'en parle pas non plus. Comme me l'avait dit un jour un syndicaliste vigneron: "pour un vigneron, il y a une quarantaine de personnes travaillant dans des organismes divers et variés traitant tous du vin, qui parlent pour nous et nous on nous voit comme des acteurs culturels!"
La place de la femme est encore plus occultée. "Sans elle - comme me l'a dit la femme du vigneron que je viens de citer - la filière s'arrête tout bonnement de fonctionner. Il serait peut être temps de s'en rendre compte, autrement que le jour où la femme demande le divorce!". C'est elle qui dans la très grande généralité des cas assure le gestion du domaine dans le couple.
Ce qui est bon pour les femmes est bon pour la société et le vin en sortira renforcé. Il aime bien ceux et celles qui l’aiment.
. Ce billet répond à une question qu'on me pose encore et je m'en étonne: "les femmes sont-elles présentes dans le monde du vin?". Un jour, je dirai simplement "oui", tellement ç'est évident et ce sera bon!
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