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Le Blog d'Elisabeth Poulain

La ville, le quartier, la segmentation et l'invisibilité

8 Mars 2010, 16:28pm

Publié par Elisabeth Poulain

Dans une ville, soulever la double question de l’identité et de l’image provoque immédiatement une levée de réactions et de questions. A ce fait non contestable - on va en parler très vite - s’ajoute tout de suite une précision : il s’agit de savoir 2008-08-Bruxelles-050.jpgchez qui, il y a questions et réactions. Cela sera un bon début pour commencer à avancer. Parfois, il faut savoir biaiser pour avancer. C’est ce qu’un  universitaire angevin a appelé le phénomène du détour dans une de ses interventions et ce que j’appelle moi plus directement la technique du miroir. Regarder l’autre pour savoir qui on est ou n’est pas. 

 

L’autre et moi

Ca paraît simple comme ça au premier abord. En fait c’est extrêmement compliqué quand l’autre, celui qu’on regarde pour mieux se connaître, joue le même jeu que vous, enfin pas vous, ceux qui sont en charge de la ville qui cherchent à savoir qui elle est pour mieux ‘vendre son image’ et ainsi attirer les investisseurs de tous crins. C’est plus que du double degré multiplié par deux. Là, avec de la réflexion, on arriverait à décrypter. C’est en réalité une façon de jouer à un autre jeu qui serait que le premier qui parle a perdu. Comme dans les courses cyclistes dans les anneaux de vitesse. Alors que, je le rappelle quand même, le marketing territorial consiste à mettre l’accent sur ce qui est, parfois un peu caché ou qui pourrait exister si on s’en donne la peine.  C’est un bon départ pour commencer à réfléchir sur le phénomène de l’invisibilité et de l'absence de visibilité.  

 

La ville et le quartier

Le phénomène du miroir est intéressant à appliquer chez soi, en voyant ce que les autorités municipales mettent en valeur pour mieux comprendre ce qu’ils laissent dans l’ombre. Savoir quels sont les quartiers mis en lumière amènent à comprendre le pourquoi de ces choix. L’intérêt est aussi et surtout de découper la ville d’une façon directement opératoire selon 2008.10.gravure-Florence-Lecomte.jpgque le quartier est classé ou non dans les quartiers à enjeux ou non. On arrive ainsi à une triple segmentation selon que le quartier est à enjeux positifs, à enjeux critiques ou un ni-ni.

 

. La première catégorie, le quartier à enjeux positifs est évidemment celle qui va faire l’objet de toutes les attentions bienveillantes pour que ses atouts puissent servir d’image-ombrelle au reste de la ville. Si je prends par exemple l’exemple du végétal, c’est là que vont être installées tous les types de plantations, avec le plus de créativité, des végétaux coûteux à l’achat et en entretien…L’explication : ces créations végétales contribuent à l’image du centre de la ville pour les touristes de passage. C’est aussi là que se retrouvent tous ceux qui pensent la ville pour les autres ou dont le poids en terme sociétal est lourd. 

 

. La seconde catégorie, le quartier à enjeux critiques, est celle qui pose problème puisqu’elle est la preuve de l’existence de dysharmonies sociales et économiques. Elle nécessite de gros investissements en matière de réhabilitation urbaine. J’ai failli écrire « humaine. » Couplées avec le développement durable, ces opérations de rénovation urbaine engagent fortement et durablement les municipalités quelles que soient leurs tendances politiques. 

 

2008-Patchwork--t--004.jpg. Quant à la troisième catégorie, le Ni-Ni, elle mérite à peine la dénomination de quartier. En effet celui-ci se caractérise par son absence. Tout concourt à le rendre quasiment invisible. Certains s’en réjouissent en inversant l’adage « pour vivre heureux, vivons caché » : si on ne parle pas du quartier, c’est qu’on y est heureux. C’est une hypothèse peu probable dans notre société du chacun pour soi, avec comme seul rappel de la solidarité le vivre ensemble du développement durable. On en parle de trop pour que ce soit vrai. Lisez la dernière intervention du Médiateur de la République, M. Delvoye, qui commence par ces mots : "je suis inquiet"…

 

La question de l’invisibilité

Quand on est un Ni-Ni, la première conséquence est l’invisibilité qui en résulte pour ce "quartier" et se traduit très concrètement par :

. la segmentation de la ville en plusieurs grands quartiers d'assemblage, avec chacun son conseil consultatif de quartier, sans possibilité prévue d’établir des liens avec les autres, puisque chacun dépend d’un élu différent et que le système est hyper-centralisé,

. l’absence de projets municipaux connus pour le Ni-Ni - il y en a peut être mais on les connaît pas – , si l’on excepte quelques opérations immobilières de promoteurs publics ou privés qui donnent lieu à ce moment là seulement à modernisation de la voirie et à l’enfouissement des réseaux, 

. une vision limitée à sa rue, ses proches voisins  et son circuit habituel, sans possibilité de  donner du sens à son quartier et ainsi de s’approprier sa ville

. en matière de voirie par exemple, le traitement du trottoir appartenant à un quartier à enjeux positifs mais pas celui d’en face, qui peut être un Ni-Ni, ou le trottoir seulement juxtaposant l’immeuble neuf, mais pas avant ni après, avec un morcellement territorial étonnant…

Toutes ces segmentations renforcées par le tronçonnage de l'espace au sol et dans l'air, provoquent la perte d’appartenance à un territoire d’ancrage.
 Le fait que les habitants  parlent essentiellement des « lampadaires » en face de chez eux en est un exemple. Leur vision se limite 2008-avril-2-029.jpgà cela. C'est le phénomène de l'absence de visibilité.

En terme d’urbanisme, ces territoires urbains sont appelés des  entre-deux. Un terme qui dit bien ce qu’il veut dire dans une classification qui date presque de l’ancien régime entre
. un centre bourg protégé par des murailles d’enceinte - là où on refait le trottoir -, 
. l’ancien faubourg - le bourg qui est le faux par rapport au vrai - qui a gardé son église
. et le ni-centre-ni-faubourg, qui n’a jamais eu d’église, qui accueille un cimetière et qui encore maintenant n’a pas vraiment de nom.   

 

Le renforcement de l’invisibilité

Ce double phénomène d’absence de visibilité corrélé à l’invisibilité est accru par la mise en œuvre d'un certain marketing territorial comme si la mise en lumière devait pour bien fonctionner mettre dans une ombre renforcée les Ni-Ni au nom de l’image.

 

A ne vouloir retenir dans ce patchwork composite glamour type, qui nous est proposé comme image, que ce qui « fait » beau, chic et sélectif, le risque est grand d’une banalisation de l’image par perte des aspérités et de l'altérité identitaire. S’il s’agissait  d’un vin, on dirait qu’il y a un risque réel et choisi de perte de la typicité. La question en effet se pose d’un conflit entre l’identité, l'absence et l’image, perdu par tous.  

 

Pour suivre le chemin

Retrouvez quelques billets consacrés au marketing territorial sur ce blog :  

Identité ou atractivité d'une ville par le plein, le creux, l'autre
Mini-Cas Territoire > Le hamburger et la prospective

A Angers, l'envie de vivre autrement
Le végétal en ville > La propreté, l'ordre, le changement > Le lien végétal
Angers vu par Courrier International et Cost dessinateur
Ville = Identité et image + publicité et communication
Levez les yeux au ciel et cherchez les poteaux
Photos EP

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