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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le Changement vu par Jakob + Macfarlane > Architectes + Designers

14 Mars 2013, 17:55pm

Publié par Elisabeth Poulain

Décryptage du titre. Le Changement, c’est facile à comprendre au moins en première approche. C’est tout ce qui change, comme « tout change tout le temps, partout tout le temps mais pas de la même façon pour tout le monde » selon une citation de ma part. Jakob et Macfarlane sont tous deux architectes et  designers, un binôme assez rare pour être noté. Ils ne sont pas urbanistes, ce qui est plutôt singulier quand on intervient avec des créations fortes dans la ville. Ce qui est leur cas. Par contre ils sont aussi scénographes, ce qui implique un fort sens de l’espace et le design peut aussi s’appliquer à des gros volumes, comme des immeubles. Jakob, qui a pour prénom Dominique, est d’origine franco-suisse. Macfarlane, Brendan de son prénom, est britannique. Tous deux sont les deux créateurs et gestionnaires de l’agence qui porte leur nom à Paris. Deux de leurs réalisations récentes témoignent de leur créativité qui est en soi une forme volontaire et recherchée de changement, qui surfe sur le changement.

Paris, Cité Mode + Design, Jakob + Macfarlane, le Lézard vert

La Cité de la Mode et du Design à Paris sur les bords de Seine est leur Ière réalisation dont je vais vous parler. Le résultat de leur travail est une alliance entre des formes industrielles très géométriques au bas des anciennes docks au plus près de l’eau et un grand lézard vert à plis qui chevauche la structure de base de façon irrégulière et molle, comme les montres molles capables de s’adapter à tout . Ses lignes à plis qui filent dans le sens du courant de la Seine cassent les lourdes cellules-cases de béton en dessous,  Une façon très travaillée et innovante de jouer les contrastes en créant à la fois de la ligne en mouvement mais aussi de la profondeur, de la douceur et de l’épaisseur. La lumière la nuit rend bien cette façon de rendre un bâtiment à la fois vivant et bizarre. L’objectif était de donner à cette Cité une densité vivante propre, sans chercher à faire du joli-joli.

Sa couleur « vert algues » contribue à son étrangeté, une teinte qui varie en tonalité, vibrations et expression selon la couleur du ciel de Paris, parfois gris doux, parfois bleu éteint ou presque blanc quand le soleil est dardant. Une parfaite harmonie aussi avec la couleur si changeante de l’eau de la Seine, tant le jeu de la vibration se joue entre les trois composantes majeures, que sont le ciel, le  bâtiment et l’eau.

  Paris, Cité Mode + Design, Jakob + Macfarlane, Le Lézard vert   

En outre, une attention toute particulière a été apportée par les deux concepteurs à la rencontre entre l’extérieur et l’intérieur du lézard vert. La frontière est devenue un espace en soi extrêmement travaillé et raffiné.  La paroi verte est un composite avec des plans successifs à l’allure d’un mille-feuille arboricole quand on est dedans près du tronc. A l’intérieur l’air circule et la structure prend vie, tout comme le courant du fleuve à ses pieds modifie la forme, la couleur et l’allure de l’eau.  C’est du design d’un nouveau type à la fois visuel dedans, dehors et sensoriel, avec l’air qui circule et la lumière qui entre autour et dedans comme dans un cocon. L’intérêt aussi est que pour une fois le bâtiment est perçu non seulement du dehors mais aussi du dedans, pour ceux qui y travaillent ou qui s’y rendent.

Lyon, Confluence, Quai Saône, Cube orange 2012 

Le « Cube orange » -c’est le nom qu'on lui donne-  est leur seconde réalisation que j’ai choisie. Il se situe cette fois-ci au bord de la Saône, juste avant qu’elle rejoigne le Rhône, dans la presqu’île  de la Confluence. Il s’agit d’un presque cube de 29 m sur 33m situé sur le quai portuaire Rambaud, près d’une grue noire, au bord d’une allée qui permet de longer l’eau allante, dans un lieu appelé « Les Salines » au cœur de l’ancienne grande zone industrielle actuellement en pleine reconversion urbaine d’envergure. Pour réussir le cube, il  faut plusieurs ingrédients qui marchent toujours par trois,  de la place parce qu’un cube nécessite beaucoup d’espace autour de lui pour pouvoir rayonner sans écraser, de la vue surtout pour être vu, de l’eau parce qu’il n’y a rien de plus attirant dans une métropole pour interpeller et regrouper  les gens. Pour le Cube, les deux architectes ont prévu trois types de rencontres avec l’extérieur, la paroi métallique orange industrielle ajourée, celle qu’on perçoit d’abord, puis en dessous l’ossature avec les parois vitrés par derrière et entre les deux un mille-feuille très ajouré forcément orange.

Lyon, Confluence, Quai Saône, Cube orange 2012 

Le résultat est une franche réussite visuelle idéale à l’emplacement choisie pour son implantation à un endroit où étaient situés des docks. Le site est à la fois emblématique et caractérisé par de nombreux avantages et plusieurs contraintes. Il est situé au bord de l’eau, sans présence de voitures, avec comme seuls découvreurs de proximité  les promeneurs qui marchent le long de l’eau, surtout qu’il est prévu (et non réalisé) des pontons mobiles au bas du cube sur l’eau. On peut aussi le voir à partir de l’autre rive soit en bas au fil de l’eau ou presque soit à partir du haut de la colline avec une vue incomparable sur  l’agglomération.

D’un autre côté, l’endroit est contraint par l’eau proche, comme à Paris, par la présence d’un autre bâtiment au toit arrondi sur sa droite quand on  regarde vers le quai, d’une terrasse qui sert à la mise en valeur de la grue noire qui témoigne de l’identité portuaire  et en arrière d’un réseau ferroviaire très dense à cet endroit. Un peu en amont près de l’eau, des grands immeubles d’habitations forment de grands blocs perpendiculaires au fleuve et beaucoup plus hauts que le Cube. Du coup, le bloc parait moins haut et moins massif que les immeubles et s’intègre bien  dans son environnement.

Lyon-Jakob+ Macfarlane-LeCubeorange-LesEchos-ECH20817512 1

La couleur « orange industriel » de l’ensemble est une des raisons de cette intégration réussie. Le Cube éclate de santé et de pétillement dans cet endroit qui n’est pas facile. Pour preuve, il n’est que de regarder les entrepôts voisins. Là aussi, nous allons retrouver des séries de trois, avec *un emplacement à forte identité passée, *un bâtiment innovant par sa forme - ici le cube - et *sa couleur. Une autre série se greffe tout aussi tôt sur ce trio. Il s’agit de **la seconde peau lamellée à trous qui crée un espace vivant entre la paroi extérieur et la paroi interne, des trous ronds qui donnent une idée de pétillement qui vont résonner avec **des grands trous faits dans la structure même du cube. Le regard se porte directement sur le plus grand des trous à gauche à mi-hauteur. On dirait le pavillon d’un gramophone ancien qu’on regarderait dedans, un peu à la manière du célèbre chien  (c'est nous) qui cherchait à écouter la voix de son maître (c'est le Cube). Il y a un autre trou sur l’angle droit du bâtiment, en bas. C’est alors qu’on remarque que la toiture de l’entrepôt d’à côté est rond. Celui du Cube l’accompagne.  Le troisième élément ici est **le traitement de la partie haute du cube en vue d’alléger la silhouette, avec une petite élévation au centre et une rambarde ajourée haute tout autour. Une photo montre que l’espace du toit est accessible à ceux qui travaillent dans le bâtiment. 

Le changement selon Dominique Jakob et Brendan Macfarlane. Les deux architectes sont aussi des scénographes. Ils ont notamment travaillé pour la société Ricard du groupe Pernod en concevant le bar de la marque. A cette occasion, une interview d’eux est parue dans « Entreprendre » le magazine du groupe du printemps et de l’été 2012, avec la photo n°1.

. A la question n° 1 de connaitre les éléments qui leur permettent de créer, leur réponse est qu’ils commencent par rassembler les éléments de la marque et qu’ils cherchent ensuite une ligne de cohérence pour unir ces éléments complémentaires.

. Pour la question n°2 sur les conditions favorables à la créativité, leur réponse est qu’il faut savoir capter l’Air du Temps en périodes de changement, avec une remise en cause personnelle perpétuelle. Les deux créateurs citent comme exemples de designers de l’Air du Temps le plasticien Tadashi Kawamata et le créateur de mode britannique Hussein Chalayan.

. La question n° 3 porte sur leurs goûts pour les matériaux novateurs + les technologies numériques et leur impact sur les modes de vie. Selon eux, leur apport est de proposer « des technologies numériques dans le respect des traditions en vue de créer un nouvel humanisme. » On retrouve une série de trois.

. La 4e question rejoint un peu la première, « comment travaillez-vous avec les marques ». En respectant leur ADN est la réponse pour « créer du neuf à partir de l’existant. »

. La dernière question revient sur ce point en leur demandant comment ils arrivent à faire cela, tout « en gardant l’intégrité de leur propre travail. » La réponse plus développée  leur permet de citer ce qu’ils ont fait pour le Centre de Communication de Renault  à Boulogne-Billancourt, en partant de l’idée du losange. Ils parlent également de « La Ville Intelligente » le nom du pavillon ouvert qu’ils ont conçu à la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris, pour le groupe Orange, dans le cadre de l’exposition « Paris demain ». C’est à cette occasion que nous avons le plaisir de découvrir une drôle de petite chenille à bosse longue et ronde de couleur orange.

Paris-Parc-Villette-Pavillon-orange-Jakob-Macfarlane-Artevi 

Pour finir, la théorisation du changement est toujours délicate. On peut le sentir, on peut le créer, on ne sait pas pour autant définir ni les façons, ni les raisons de changer, le pourquoi des succès et encore moins des non-succès. Je suis frappée par exemple par la façon très conventionnelle dont les deux créateurs parlent d’eux dans  l’interview alors qu’ils conçoivent des œuvres audacieuses dans un pays peut être a priori moins ouvert que d’autres à l’audace architecturale et urbanistique. Il y a un énorme décalage entre ce qu’ils font et les mots qu’ils utilisent pour le dire. Peut-être une des raisons est-elle qu’ils répondent à une interview d’un de leurs clients. Je me demande s’ils parlent ainsi à leurs étudiants de l’Ecole d’Architecture de Paris-La Villette. Ils ont dit en effet quelque chose de très important sur le temps. Il n'est en effet de changement sans le temps, à un certain moment (c'est l'instant) pour un temps (une durée), quand le besoin s'en fait ressentir. Car il est un temps ressenti, un temps invisible et le temps inconnu. 

Pour suivre le chemin, avec beaucoup de pistes

. Retrouver l’ interview des deux architectes designers sur Entreprendre, le magazine de Pernod Ricard n° 57, en 8, sous le titre « Les grands créateurs doivent capter les changements des sociétés pour les révéler dans leur art », avec la photo de Jakob + Macfarlane - N. Borel –Mise en lumière Yann Kersalé         

. Faire la connaissance des deux créateurs sur  http://mapage.noos.fr/jmac  

    docks-seine-jakob-macfarlane-institut-mode-design-paris.pro.jpg

. Voir de très belles photos de certaines de leurs créations sur http://projets-architecte-urbanisme.fr/docks-en-seine-cite-mode-design-paris-rive-gauche/  

http://www.opusmang.com/forums/index.php?topic=865.0

. L’Institut Français de la Mode sur http://www.ifm-paris.com

. Le Plog-Over (le lézard vert) le long de la Seine sur http://www.popavenue.com/post/2009/01/15/La-Cite-de-la-Mode-et-du-Design-de-Jakob-Mac-Farlane  et sur via : http://www.contemporist.com 

. L’exposition réalisée pour Ricard au Musée des Arts décoratifs de Paris  http://www.lesartsdecoratifs.fr/IMG/pdf/157-ADC-aide-visite-Ricard-fr.pdf

. Le pavillon orange dans le Parc de la Villette lors de l’exposition Allodemain à la Cité des Sciences et de l’Industrie  de Paris   http://www.artevia.org/fr/references/12/orange

. Sur le Cube orange, voir le reportage de Muuuz Magazine, avec des photos d’extérieur et d’intérieur de Nicolas Borel      http://www.archidesignclub.com/magazine/rubriques/architecture/43575-le-cube-orange-par-jacob-macfarlane.html

. Lire  aussi le billet de Knauf-Archi http://www.knauf-archi.fr/archi-%25c2%25b001-plafonds/chantiers-et-projets/le-cube-orange-%25c3%25a0-lyon-69.html

. Photos, avec mes remerciements aux différents contributeurs, avec les quelques photos que j’ai faites du Cube orange de jour, de biais et à l’intérieur de la paroi à trous.   

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