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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le charme infini du radis beurre

20 Juillet 2010, 16:56pm

Publié par Elisabeth Poulain

Oui, je sais. Parfois je fais fort. Pour comprendre, il vous faut un petit radis rond, à la belle rondeur, ni trop petit, ni trop grand, d’une subtile couleur rose-rouge au corps, atténuée de blanc à la racine, avec quatre petites - toujours petites les feuilles, comme le radis d’ailleurs – feuilles vertes bien sûr. Trois feuilles, ça va aussi. Deux, non, on commence à suspecter un radis pas épanoui qui a eu des difficultés à la croissance. Une feuille, ça craint vraiment. Pas de feuille, ce n’est plus un radis. A fuir absolument. Oh, j’allais oublier, il doit toujours être jeune, pour garder son croquant.

 

-    De quelle marque, ce radis ?

-      Eh Patate, les radis n’ont pas de marque. Ils sont classés dans des variétés, il y a des longs, des ronds, des blancs, des noirs, des français, des alsaciens, des japonais…Oranges, plus larges près des feuilles qu’à la racine, ce sont des carottes, des CAROTTES, pas des radis.

-        Et pourquoi alors, vous me traitez de PATATE ? C’est bête, une patate ?

-       Mais non, patate est un terme affectueux. Et puis arrête, je parle des radis !

-        Ah bon.

  Radis rose, Wikipedia

La position du radis

Au départ, le radis est enfoui dans la terre. Il faut d’abord l’arracher délicatement, pour éviter de l’abîmer. Ensuite on le pose à plat pour le mettre en botte. Jusque là, ça va. C’est maintenant que ça se complique. Vous allez comprendre seulement à ce moment pourquoi il lui faut 4 ou 3 pieds au minimum. Il faut le retourner délicatement de façon à le faire tenir droit, debout, sur ses feuilles, sans assistance et sans béquille(s). Pas facile l’exercice. J’ai essayé. Il faut avoir la main.

 

-        Mais pourquoi tout ça ?

-        Parce qu’une fois en l’air… Ah oui, j’ai oublié de vous dire qu’il faut d’abord lui couper sa petite racine  et l’avoir incisé légèrement en quatre.. . il faut poser dessus un petit roulotté de beurre.

-        Un quoi ? Diablement compliqué, tout ça. On pouvait pas faire ça avant ?

-        Non, parce que ça se mange comme ça, le beurre d’abord, puis le radis dans sa partie rose charnue et ensuite pour les plus téméraires, les fanes à la fin.

 Radis beurre, pub Fooding 2008, Zoe Laugier

 

La beauté du geste

Certains incisent le bas du radis et introduisent le beurre dans l’entaille cruciforme ainsi formée. Ce sont clairement des TRICHEURS. Seuls ceux qui sont capables de faire la triple opération de préparation-incision-pose du beurre sur le radis reposant lui-même sur ses feuilles, sont à même d’apprécier la beauté et précision du geste qui consiste à saisir un radis à l’envers pour l’introduire horizontalement dans le palais, sans avoir perdu le roulotté de beurre, en cours de route, ni avoir abîmé les feuilles.

 

Le dessin

Evidemment c’est plus facile à dessiner qu’à réaliser. Encore fallait-il avoir l’idée de cette architecture à étages pour mettre en valeur le radis. Non, le BEURRE, qui est qualifié de « provocateur de goût ». Le dessin est superbe. Il a été conçu par Zoe Laugier pour la semaine du Fooding du Ier au 8 décembre 2008, avec ce sous-titre :

« Seul le beurre peut Magnifier le plus simple des Aliments et le rendre Exceptionnel. LE BEURRE, VITAMINE A DE LA SEMAINE DU FOODING 2008 DU 1ER AU 8 DECEMBRE » Signé, LE BEURRE PROVOCATEUR DU GOÛT    

 

Pour suivre le chemin

. Publicité parue dans le Monde du 30.11.2008

. Retrouver Zoe Laugier sur facebook      http://www.facebook.com/zoe.laugier

. Lire l’article sur les radis dans Wikipedia sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Radis

. Même Ginette Mathiot (Livre de poche 1955 « La cuisine pour tous ») est particulièrement peu prolixe sur le radis, qui visiblement ne l’inspire pas. Au moins elle cite les radis roses en page 66 dans la recette 63:

«  Les choisir fermes. Couper une partie des feuilles vertes, enlever la racine, les laver à l’eau froide ». C’est une des « recettes » les plus courtes ; seules les olives font plus forts dans la concision : « Les faire dessaler pendant 2 heures. Les servir sans eau dans un ravier ».

Quel est le rapport entre le radis et l’olive ? Réponse: aucun, mais ça me fait rire.

 

. Aller plutôt feuilleter Jean Valnet dans son ouvrage de référence « Traitement des maladies par les légumes, les fruits et les céréales » (Maloine éditeur), qui cite le radis noir puis le radis rose. Tous les deux sont très bénéfiques pour la santé, en particulier dans les maladies de la vésicule biliaire, contre le scorbut, comme stimulant hépatique, tonique respiratoire, stimulant hépatique, diurétique, anti-allergique, sédatif nerveux…

. Les 4 recettes de Jean Valnet, toujours dans le même ouvrage : à manger cru en salade, en extraire le suc et le boire tout de suite, à boire en extrait aqueux en ampoule acheté en pharmacie et enfin faire un sirop contre la toux et contre l’anémie des enfants à préparer la veille (alterner des couches de radis noir avec du sucre candi). Le lendemain, boire le sirop qui a dégorgé à raison de 4 à 6 cuillerées à soupe par jour. Selon l’auteur, c’est un remède magnifique.

. Son dernier conseil : toujours manger les jeunes feuilles qui vous aident à digérer le radis.

 

. Et avec tout ça, vous voudriez que je vous parle du beurre. Non, non, trop, c’est de trop. Une autre fois !              

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