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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le Château de la Thibaudière, ses Communs, son Parc, Montreuil-Juigné49

10 Octobre 2014, 11:27am

Publié par Elisabeth Poulain

 

Pour trouver le parc du Château de la Thibaudière en Maine et Loire (49), il vous suffit de sortir d’Angers au nord-ouest par la route nationale, la N 162, qui va d’Angers à Caen. Elle traverse Avrillé, puis atteint le carrefour de la Thibaudière à la croisée de la petite route départementale n°103 en pleine campagne. Ensuite vous tournez à droite et vous empruntez la première et seule entrée sur la gauche de la petite route qui mène du Louroux-Béconnais à Cantenay-Epinard. C’est là, vous êtes arrivé. Avec vous, dans votre poche, se trouve la carte de Montreuil-Juigné que vous a offert très aimablement la mairie lors d’une précédente balade. C’est notamment grâce à elle, mais pas seulement, que vous allez pouvoir vous livrer  à un jeu de pistes très éclairant en forme de quatre cercles qui s’imbriquent les uns dans les autres.

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. L’approche par le plateau qui domine la Mayenne, en rive droite. La carte vous donne une première indication importante. Devant vous, il y a de grands paysages, au sens où la terre n’a pas été morcelée et cela depuis longtemps. Dans la descente qui va vers la rivière, jusqu’au croisement en bas avec la route de Pruillé jusqu’à Juigné-Béné, il n’y a qu’une seule petite voie sur la gauche.  C’est le chemin des Noues parce qu’il y a un bâtiment qui porte ce nom suivi ensuite d’un autre bâtiment plus loin, le Petit Mesnil. Ce chemin des Noues du coup prend alors le nom de chemin du Mesnil. Une jolie façon de ne pas faire de jaloux.

Les Noues indiquent en effet qu’ici il y avait une mare qui recueillait les eaux de pluie ou de source. Les deux dénominations sont valables ici. On est à la limite du plateau qui descend en pente douce vers la Mayenne. Il y a bien des sources et il pleut aussi régulièrement à cet endroit situé entre deux forêts, celle qui reste en rive droite, où nous sommes, et celle qui se trouve en rive gauche de La Mayenne, une rivière qui coule au fond de la vallée. Quant à la désignation de Mesnil, elle  signifie en langue d’Oïl du Moyen-Age qu’il y avait là une ville ou du moins une maison près d’une ville, ce qui était le cas. En arrière du bâtiment du Petit Mesnil, en s’éloignant du chemin et sans accès direct, se trouve un autre bâtiment qui porte le nom « Les Mazuaux ». Je n’ai trouvé aucune référence directe, mais il y a vraisemblablement un lien avec « la mazure », un terme normand qui désigne la basse-cour, le verger autour d’une maison de ferme.

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. En continuant ce grand cercle dans un sens inversé aux aiguilles d’une montre –c’est le tour n°1 -, toujours en regardant la carte, on arrive juste en dessous du Château de la Thibaudière, en survolant les Communs et de l’Orangerie. Ce faisant, vous avez non seulement  remonté le temps mais aussi commencé à découvrir l’espace grâce à la carte qui constitue dans le cas du Parc de La Thibaudière un formidable outil de connaissance.

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Au XIXe siècle, au domaine de la Thibaudière, le château était le bâtiment statutaire qui montrait la puissance du Comte de Mieulle, le propriétaire qui était alors député et Receveur des Finances du Maine et Loire. Le château est lui-même double avec une partie construite au XVIIe siècle et une grande extension au XIXe. Autour du château se trouve le colombier (XVIIe), qui  est le plus proche bâtiment restant de l’ancien parc, avec plus loin de l’autre côté, disséminés dans la grande pelouse qui entoure le château, des « fabriques » datant du XIXe. Ce sont des petites élévations qui ornaient les parcs, tels  un petit temple à l’antique, une vraiment petite chapelle de Hodé et surtout, plein sud, une très belle orangerie.

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Cette orangerie placée plein sud, proche du château, est actuellement la star incontestée du parc. Elle vient d’être entièrement rénovée à l'identique par la DRAC 49 dans le cadre de sa protection de Monument Historique. Elle va désormais servir de salle d’accueil pour des évènements culturels. Le soir même d’ailleurs s’est  tenu le premier concert  de la Thibaudière donné par des musiciens indiens de grande renommée. Là vous avez un autre indice d’importance, c’est la dimension internationale actuelle, passée et à venir de la Thibaudière.  

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. Ce tour n°2 commence par « les Communs » situés derrière l’Orangerie qui nous présente en cette belle après-midi sa façade superbement restaurée en pierre blanche de falun à exposition plein sud. A son coin gauche, une grande porte, entrouverte sous un haut porche,  laisse apercevoir de curieux bâtiments au centre en particulier. Cet ensemble immobilier clos, que sont les « Communs », méritent bien des majuscules tant ils sont remarquables. Ils le sont tellement qu’ils sont inscrits au titre des Monuments historiques protégés depuis un arrêté du 5 juillet 2005, ainsi que leur seul mur extérieur que l'on voit du dehors.

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On y découvre un endroit vraiment insolite, tant on sent qu’il ne peut être le fruit du hasard, comme ce qui resterait d’un coin d’une ville du XIXe siècle en style anglo-normand entièrement fermé par des murs, à l’exception de deux grandes portes abritées sous un porche. Seule l’une d’entre elles est ouverte, celle de l’Ouest. C’est par là que nous sommes entrées, invitées par le maître des lieux, Jean de Montlaur, désormais propriétaire de l’ensemble. C’est lui qui nous dévoile le mystère de cette toute petite ville close de mur, avec en son centre une encore plus petite construction elle-même, à l’allure d’une maison de poupées de grande taille, enserrée par un grillage haut en son centre et moins élevé sur le pourtour. L’ensemble  des bâtiments constitue une ferme-modèle telle que la concevait en ce milieu du XIXe siècle des architectes férus de modernité. Il s’agissait déjà de rendre belles des constructions nécessaires à l’exercice des fonctions agricoles d’un réellement très grand domaine.

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Le domaine de La Thibaudière. Seulement quelques chiffres pour en montrer l’importance. Le domaine lui-même couvrait plus de 1800 hectares. Il y avait ici 300 personnes qui y vivaient et qui y travaillaient. Cette situation a globalement perduré jusqu’en 1914 et ce avec des différences. On fabriquait ici par exemple de la toile à bateau. La terrible guerre qui devait durer quatre ans fit tant d’énormes dommages aux hommes et aux biens que la situation d’avant-guerre fut perdue à jamais.

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On ne retourne pas en arrière, témoigne Jean de Montlaur, jamais.  « Aucun des hommes de la Thibaudière ne revint de cette véritable guerre civile européenne. Ils étaient tous partis au front... Dans ma famille, poursuit le châtelain, il y eut trois décès,  un en 1915, un autre fut gazé en 1916 et un autre mourut en 1921 des suites de ses blessures. La propriété fut abandonnée ; il pleuvait en direct jusque dans les sous-sols. Mon grand-père a survécu et plus tard j’en ai hérité. J’ai agi au plus pressé, par exemple en bâchant les toits ; c’était ça ou l’effondrement total.  Lors de la seconde guerre, le château a été bombardé de haut par des tirs américains. Il y avait en effet une base allemande de la Luftwaffe à Avrillé (la ville voisine). Le domaine et le château ont été ruinés. Plusieurs bombes sont tombées sur ou tout près du bâtiment. On en a encore retrouvé des non-explosées. »

 Quelques mots ensuite sur sa carrière. « J’ai vécu cinq ans en Inde ; maintenant depuis plusieurs  années, je travaille et vis au Japon avec mes trois enfants. Il y a dans ma famille des liens forts avec l’Europe et plus loin. Une des femmes de la famille est italienne, deux sont allemandes et une autre est brésilienne. Ma famille est originaire de Lorraine. Elle a dû s’exiler en Allemagne du fait de son attachement à la religion protestante. Une de mes grands-mères, devenue allemande, était une Von Failly ;  elle a épousé mon grand-père français. Elle est morte à Ravensbrück après avoir été déportée au premier semestre de 1944.  Mes trois cousins Von Failly sont morts en février 1943 à Sébastopol. » 

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Le développement de ces propos sur la dimension internationale et européenne, visant l’Allemagne en particulier, est venu de la rencontre proprement étonnante en terre angevine à cause de sa rareté  entre des personnes arrivées avant l’heure, dont moi. Parmi nous, il y avait un Allemand et trois d’entre nous qui avions eu dans notre famille et/ou poursuivions des liens particuliers avec l’Allemagne. C’est la raison pour laquelle Jean de Montlaur parle en Inde, au Japon, aux Etats-Unis… de « guerres civiles européennes » à juste titre. 

Pour en revenir aux Communs, ce n’est pourtant pas l’influence allemande qui s‘y fait sentir, mais plutôt l’anglaise en ce qui concerne le concept très innovant au XIXe siècle  et l’anglo-normand pour le style. Imaginez un carré d’environ 100 mètres sur 100 dont les côtés sont donnent l’impression d’être construits d’un seul tenant, avec au milieu une autre construction-mystère. Ici tout est ordonné, dans une présentation qui résulte d’un tour inversé.  

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Ce tour n° 2 permet de découvrir ce quadrilatère qui couvre un hectare. Trois de ses  constructions formant trois des côtés sont jointifs grâce aux porches qui surplombent les portes. La découverte commence par la laiterie à notre gauche en entrant. C’est pour l’instant le chantier sur lequel se concentre  toute  l’attention de Jean de Montlaur.

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. Ce  côté gauche est affecté aux vaches et donc à la production de lait dans la bien nommée « laiterie ». C’est une petite pièce dans laquelle on descend par quelques marches. Sa porte d’entrée est elle-même couverte par un porche. La restauration est lourde du fait que la pierre blanche de calcaire  était attaquée au cœur. Il a donc fallu reconstruire à l’identique murs et voûtes de pleine pierre, sans liant, et tenant par la seule force de la gravité. Ce travail admirable des tailleurs de pierre  est mis en valeur par l’atmosphère très douce qui y règne et de la faible lumière qui surgit de la découpe des volets. Auparavant, les murs et le sol étaient revêtus de marbre blanc pour assurer la prophylaxie de l’ensemble. L’hygiène telle qu’on la conçoit de nos jours est née, ne l’oublions pas, au XIXe siècle.

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. Le bâtiment situé entre les deux portes sous les porches accueille la sellerie. L’équitation tenait une grande place dans les modes statutaires  de vie du XIXe siècle. Il y avait ici cinq chevaux montés (à distinguer donc des chevaux de trait) pour la famille. Les boxes étaient dotés de boiserie  en châtaignier. Eugène de Montlaur, spécialiste des races anglaises, avait conservé, comme il en était l’usage,  toutes les médailles gagnées dans les concours. 

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. Le troisième côté du quadrilatère est dédié aux boxes des chevaux. Il fait face à son vis à vis qui accueillait les vaches. En continuant à tourner dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, vous arrivez ensuite à l’angle ouvert qui sépare les boxes à chevaux du bâtiment du fond.

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. Ce quatrième côté fait face aux deux portes d’entrée. Situé plein sud, ses fonctions sont multiples. En partant de l’angle proche de l’aile aux chevaux, il y a encore une partie dédiée aux chevaux en retrait dans le dessin du carré. Puis on trouve la blanchisserie et la boulangerie qui occupent toute la partie centrale de ce quatrième côté. Il devait aussi y avoir des logements. C’est ce qu’on découvre par une des fenêtres du bas  qui a conservé son vieux verre. Notre tour, qui a commencé par la laiterie, se poursuit très logiquement par l’aile des vaches. C’est alors le moment de faire un troisième tour, plus restreint que le n°2.

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. Le très petit tour n°3 permet de découvrir du dehors  l’étrange bâtiment bas construit à l’intérieur de la cour qui doit être peu ou prou carrée des Communs. Il y avait là une volière accueillant des faisans. Cette faisanderie permettait d’élever ces grands oiseaux pour la chasse. Le contenu de l’enclos donne à voir une représentation  d’une petite ville, dont des petits habitants pouvaient monter à des tours érigées aux quatre coins à des fins de surveillance. C’est certainement la réalisation architecturale la plus remarquable que j’ai vue ces dernières années. Ses quatre faces semblent identiques.  

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. Voici venu le grand tour n°4, c’est celui qui permet de mieux comprendre le site. On retrouve alors la carte du début, qui permet de resituer le parc dans son ensemble. Il n’est pas inconnu, il a été en effet ouvert en effet pendant plusieurs années à la visite en juin, le mois des jardins. Beaucoup d’Angevins ont ainsi pu faire de belles découvertes. Le parc du Château de la Thibaudière en fait partie. Il a été remodelé au XIXe siècle en style anglais, certainement plus adapté au site du fait de la souplesse de ses courbes que la rigidité du jardin à la française qu’il  y avait avant. Le parc permet de comprendre la forte cohérence de l’endroit.

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C’est là, pendant le temps de cette vraie balade que nous avons pu retrouver  d’abord l’eau cette fois-ci dans une grande pièce d’eau dont les dimensions sont occultées par la présence d’une île boisée qui se fond dans le paysage boisé tout autour du château. Ici les arbres sont les rois, ou plutôt certains d’entre eux, les autres ont pour fonction de former un écran tout à fait efficace à l’environnement proche du château, n’appartenant pas au domaine. En s’éloignant du château et des communs, on passe près d’un séquoia vénérable, de grands chênes, ainsi que de quelques autres beaux arbres remarquables. Leur santé témoigne de leur vitalité qui fait contraste avec les toits du château protégés par des toiles noires. La pelouse a été tondue pour faciliter la vue et la marche. Le chemin qui s’ouvre devant nous, offre une succession de séquences paysagères courtes et très variées. Il s’agit de faire un tour boisé en arrière de la grande pelouse de l’autre côté de l’île.

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Voici quelques séquences non exhaustives. D’abord la découverte du mur extérieur classé  des Communs qui permettait d’accéder au grand potager qui existait à gauche des Communs, la découverte des grandes silhouettes des arbres sélectionnés  par  le Comte de Choulot, sur le côté droit en regardant vers la vallée, à gauche la grande pelouse qui permet d’entre-apercevoir la façade du château donnant sur le parc, puis l’arrivée à un croisement avec la grande allée d’entrée du domaine. A notre droite un grand champ descend en pente douce vers la rivière. La barrière est ouverte et on aperçoit l’arrière d’un grand bâtiment agricole, peut-être est-ce les Mazuaux.  On voit très bien la forêt en rive gauche de La Mayenne. C’est ensuite l’entrée dans la forêt par une allée de chênes, proprement dite dont le chemin va nous conduire à faire une grande boucle qui longe la route nationale. C’est ensuite l’arrivée sur une autre grande allée qui mène au château et d’où nous découvrons la petite chapelle sur le côté gauche. L’arrivée au château nous permet d’admirer le Colombier. Beaucoup de personnes déambulent maintenant près de l’Orangerie et des Communs…Il est alors temps pour nous de descendre voir la Mayenne. Le retour nous permet de retrouver la dernière carte.

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C’est le plan du parc à l’anglaise conçu par le Comte de Choulot et dessiné en 1844, sur le concept de la boucle qui boucle sur elle-même, comme nous l’avons fait d’une autre façon avec nos tours.

Pour suivre le chemin

. Voir le site http://www.lathibaudiere.com/. Vous pourrez y admirer en grand format le plan dessiné par Prosper Jolly en 1844 sur les indications du Comte de Choulot. 

. Retrouver aussi  en petit format le plan du parc dessiné de 1840 à 1844 par M. Delavenne, Comte de Choulot, dans le livret « Pays de Loire » « En juin, visitez un jardin en France », un évènement  organisé en 1995 sous l’égide des ministères de la Culture, de l’Environnement et le CPJF.

. Le parc a été ouvert à la visite pour les Journées du Patrimoine 2014, les 20 et 21 septembre. . Quelques points d’histoire sur http://www.journees-du-patrimoine-2014.com/SITE/chateau-thibaudiere--montreuil-juig-10586.htm  

.  Consultez le Site Mérimée, http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr

. Voir une photo ancienne de l’ensemble du château et des communs de Gustave Lemaire du Ministère de la Culture sur http://www.loomji.fr/montreuil-juigne-49214/monument/chateau-thibaudiere-37494.htm

. Lire aussi le numéro spécial de La Revue des Pays de Loire, XL, 303, « Parcs et Jardins » qui consacre un article aux  parcs de Choulot dans le Maine de Dominique Pinon, avec un grand cliché du parc, du bassin et du grand séquoia du château de la Thibaudière.    

. Le concert de musique classique indienne du nord a été donné par Pandit Narendra Mihra et Shree Kushal de Bénarès, à retrouver sur Facebook, au "Château de Montlaur"  https://www.facebook.com/pages/Pandit-Narendra-Mishra/745896265462692

. Découvrez la ville de Montreuil-Juigné sur  http://www.ville-montreuil-juigne.fr/tourisme/actualites/1132-journees-du-patrimoine-20-et-21-septembre.html

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. Photos : Jean de Montlaur pour le plan du parc, avec mes remerciements, et Elisabeth Poulain pour les autres, à voir dans l'album "Châteaux" sur ce blog, avec en prime ce cliché de la partie basse d'un des volets de la laiterie .

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