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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le chien > Jeux de rôles & positionnement > L'Illustration 1910.07.16

4 Juillet 2014, 15:38pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le titre à préciser. Grâce à ce seul numéro de l’Illustration d’il y a 104 ans, il s’agit dans ce billet de vous montrer trois différentes fonctions attribuées et/ou demandées à la gente canine, peu présente d’une façon générale dans les médias ou l’art. C’est un des paradoxes vécus par les (maîtres des) chiens en France: on en parle peu, peu au regard de leur importance dans la vie sociale. On trouve relativement peu de publicité utilisant le chien comme support de communication, peu par rapport à la place qu’il tient dans le monde anglo-saxon ou par rapport au chat par exemple en France beaucoup plus présent aussi en peinture et cela depuis le XIXe siècle.

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Le grand évènement de ce samedi 16 juillet 1910 a été la venue à Paris du Roi et de la Reine des Belges. L’Illustration fait référence aussi à la grande semaine de l’aviation de Champagne, aux Jeux du 14 juillet dans les casernements de Chine… « De simples notes d’un touriste en Indo-Chine »  et différentes nouvelles de moindre importance permirent aussi de remplir le journal en cette mi-juillet toute tournée vers les vacances. La double page centrale est par exemple occupée par une photo très grand format de Pierre Boussot qui s’ouvre sur « Jeux d’été dans le midi : une arrivée de taureaux à Beaucaire ». C’était visiblement, du moins cela apparaît comme tel maintenant, le moment de dynamiser ce petit creux estival. Les chiens surent combler ce manque, avec trois articles qui leur sont consacrés, une véritable rareté  dans ce vénérable magazine.

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.1 « Les chiens sanitaires aux manœuvre de santé ». Ce sont eux  qui sont cités en premier, la page 39 leur étant consacrée avec quatre clichés d’excellente qualité. Ces chiens  jouèrent, on l’ignore souvent, un grand rôle quatre ans plus tard dans le grand conflit de 1914-1918. Trois photos sur les quatre qui remplissent bien la page les montrent à l’exercice.  On y voit des chiens dressés pour retrouver en cas de guerre les blessés ou les morts grâce à leur flair. Deux techniques de dressage sont utilisées, la française où le chien n’aboie pas et rapporte le képi et l’allemande où le chien reste auprès du blessé et aboie pour signaler sa localisation.

L’expérience était en cours depuis 1907 en France après observation de la technique allemande. Trois ans après le début de l’expérimentation, les résultats étaient suffisamment probants pour convaincre les officiers français en charge de la décision à prendre de venir assister à une simulation.    

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.2 «  Les chiens de Constantinople condamnés à la relégation par les Jeunes Turcs. ». Cette page 45 est entièrement  dédiée à cette photo incroyable signée « Weinberg », avec en sous-titre quatre  lignes de commentaires pour expliquer ce qu’on a sous les yeux. «  Les chiens légendaires de Constantinople, qui étaient des bêtes peu gênantes et affectueuses, viennent d’être déportés ». Le texte explique que le lieu choisi est une petite île de la Marmara, celle d’Oxias ou Oxia, surveillé par des gardiens qui doivent leur donner si peu d’eau à boire dans des bidons de pétrole qu’il leur faut « les écarter à coup de bâton ». Des amis des chiens viennent le dimanche pour les voir et peut-être leur apporter un peu de nourriture. Le texte ne le dit pas.

Par contre il insiste sur la gentillesse de ces bêtes dénutries, qui ne disposent que « d‘une chétive pitance », « ces pauvres êtres »  assaillis et piquées par des insectes et qui n’ont d’autre solution pour se protéger de la chaleur que de se plonger dans l’eau de la mer. L’auteur du texte termine par ces mots « Et ce doit être pour les malheureux un joli enfer, - quand il n’y a pas de visiteurs !  ». Le pouvoir de cette photo est si impressionnant, qu’on parle encore vraiment encore de cette mesure de relégation pour des chiens qualifiés de gentils que tous connaissaient à Constantinople. J’ai trouvé plusieurs articles parlant de  cette mesure de police encore perçue comme atroce aujourd’hui, alors qu’elle eut lieu  quatre ans avant la Grande  Guerre qui fit des millions de morts et qui frappe les esprits encore aujourd’hui. Une horreur n’efface jamais une autre.   

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3. « Prince, le Loulou de Mme Edmond Rostand ». C’est une histoire étonnante que raconte le journaliste, celle d’un caprice de la femme d’un homme célèbre, qui voulait un chien artiste, sachant sauter dans un cerceau par exemple, comme les chiens de cirque. Elle confia cette mission importante à un savant spécialisé en zoologie qui s’empressa de réunir un comité de scientifiques pour trouver le sujet canin ad hoc. Ce fut un loulou de Poméranie qui fut choisi tant ses qualités, son intelligence et sa sensibilité étaient exceptionnelles. Une mouche en train de voler le réveillait, il sentait le poids d’une aiguille de 0,002 grammes posée sur son flanc quand il dormait et n’aimait pas du tout, mais alors pas du tout la cuisine mal assaisonnée. Il le faisait savoir au cuisinier fautif en boudant!

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Devant tant de qualités présentes, le scientifique M. Hachet-Souplet (son prénom ?)  décida lui-même de dresser le toutou. Loulou est devenu chien sachantréussir un grand nombre de figures imposées, telles que « saut de cerceaux et de barrières, serpentine autour des pieds en marche, marche debout en arrière, valse debout, ascension d’échelles parallèles … valse sur la boule… » J’arrête là tant Prince était un chien exceptionnel, comme son nom en témoignait. Madame fut très contente de ce choix et son petit chien aussi, qui adorait ses caresses. L’étonnant dans cet article est la rigueur de la démarche suivie par MHS pour la sélection et ensuite pour le dressage, le sérieux avec lequel le journaliste raconte l’histoire et, last but not least, l’absence totale d’information concernant l’épouse de M. Edmond Rostand (1 fois dans le titre)  dont le nom n’est cité, ni à fortiori son prénom. Dans le texte, on l’appelle par deux fois Mme Rostand ! Comblons cette désagréable omission, d'autant plus choquante qu'on connaît le nom du chien Gaillac et de la chienne Nelly, les chiens sanitaires n° 2 et 3.

Cette dame s’appelait  Rosemonde Gérard. Son nom était connu pour elle-même et pas seulement parce qu’elle était la femme de …

Mme Edmond Rostand, née Rosemonde Gérard Eugène-Pascau 1

Résumé : en un exemplaire, l’Illustration nous a parlé des chiens secouristes, qui sauvent des blessés et ou signalent les morts, des chiens envoyés en relégation de masse sur un îlot rocheux pour les exterminer par la faim et la maladie et d’un chien d’une si grande proximité avec la personne humaine qu’il était capable de reproduire avec une grande finesse ce qu’on lui avait appris tout en étant extrêmement attaché  à sa maîtresse. Et cela, il y a plus de 100 ans.   

Pour suivre le chemin qui mène aux chiens

. L’Illustration 16 juillet 1910, n° 3516, 68 année, pages  39, 45,46

*On cite toujours cet exemple de l’île d’Oxias ou d’Oxia, sans donner de chiffres. Les 80 000 chiens cités sur le Net  semblent être une estimation de toute la colonie canine d'Istanbul. L’ile de Sivri proche d'Oxia fut également utilisée à l’usage d’un mouroir à ciel ouvert. On estime à 30 000 chiens morts sur cet îlot rocheux, selon Catherine Pinget « Les Chiens d’Istanbul ». L’opération fut stoppée sur cette dernière île du fait de la survenance peu après d’un tremblement de terre, qui fut analysé par la population comme une expression du mécontentement des Dieux face à cette relégation.      

. Les chiens sanitaires, appelés aussi des chiens ambulanciers, à voir sur http://www.lesmuseauxblancs.com/pages/chiens-de-guerre/du-19e-siecle-a-nos-jours/premiere-guerre-mondiale-1914-1918.html

. Pour les chiens de guerre, découvrir « Flambeau », un admirable compagnon des soldats au front, avec des photos étonnantes  sur  http://www.pages14-18.com/B_PAGES_HISTOIRE/chiens_de_guerre/chiens-P3.htm

. Plus d’information sur l’Ile d’Oxia(s) qui a toujours eu une fonction d’isolement dans des monastères par exemple, pour la relégation de  prisonniers et pour les x milliers de chiens  relégués  sur l’île pour y mourir, sans témoins, hors les promeneurs qui venaient les voir le dimanche ou ce photographe de l’Illustration. Sur  http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rebyz_1146-9447_1924_num_23_136_4477 dans l’extrait concernant « Les Iles des Princes. ».

. Découvrir Rosemonde Gérard, poétesse, descendante d’une grande famille, née le 5 avril 1871 et décédée le 8 juillet à Paris. Elle fut nommée Chevalier de la Légion d’Honneur en 1931, à voir sur   http://fr.wikipedia.org/wiki/Rosemonde_G%C3%A9rar      

. Photos Elisabeth Poulain/L’Illustration et Wikipedia pour Rosemonde Gérard, la jolie dame au chien qui ne figure pas sur le tableau. Dommage!         

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