Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le Chow-Chow, un chien à la mode en 1927, selon Vie à la Campagne

4 Novembre 2014, 12:31pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

D’abord « Vie à la Campagne ». C’était une revue du groupe Hachette. Elle se voulait résolument moderne comme on disait à cette époque qui s’éloignait de la fin de la guerre en 1918, juste avant le krach de 1929. On était dans un entre-deux qui voulait croire dans des  jours meilleurs. Le magazine était un curieux  mélange d’une forte volonté de modernisme dans la recherche de meilleures pratiques culturales, de cages adaptées pour la volaille, de sélection des bonnes races à viande … pour des exploitants agricoles,  ainsi que d’une volonté assurée de vivre très confortablement dans de belles maison entourées de parc, comme des bourgeois raffinés. Avec toujours des dessins admirables et des plans, comme dans ce numéro qui présente un chalet 4 pièces juste en dessous d’une grande demeure en forme de cour normande en page 494-495. Le titre complet de la revue était « Vie à la campagne et Fermes et Châteaux réunis, revue pratique avant tout »

Chow-Chow, L'Illustration-couverture-19271201-DSC05551

La très forte présence animale. Elle se manifeste par  des textes très documentés avec des exemples de terrain, des dessins ou des plans et toujours des photos. C’était un positionnement tout à fait volontaire de la part du comité de direction placé sous la présidence d’Albert Maumené. Il y avait une volonté affirmée de répondre à des besoins précis d’information et de formation au bénéfice de ces néo-ruraux avant-gardistes, comme on ne disait pas à l’époque. C’était une démarche affirmée et positive du retour à la terre, source de richesse et de revenus, à la condition de chercher toujours à parfaire ses connaissances et d’utiliser les moyens modernes d’exploitation. Le positionnement de la revue découlait directement de cette volonté plurielle.

 Chow-Chow, fils de champion, Vie-à-la-campagne-19271201-DSC05559  

Le Chow-Chow, Chien à la mode. Il fait la couverture dans un cliché bleu très contemporain. A l’intérieur, l’article est signé par Mme E. du Bois de Roest qui a véritablement lancé en Belgique et en France la race des chow -chow. Le texte écrit en petits caractères développe sur grande page et demie les qualités du chien. L’autre page et demie précise les conditions de l’élevage de ces chiens. Une double page est consacrée aux photos ; l’une présentant deux séries de 5 et 6 photos de plusieurs chow-chow en provenance de l’élevage de T’Kell’Sie fondé par l’auteure de l’article  et à son verso deux séries de 4 et de 5 clichés, le Ier sur un chenil de  chow-chow et l’autre avec des chiots et des enfants. Le second texte sur l’élevage est enrichi en outre de deux plans, la coupe d’un chenil pour deux chiens adultes avec le plan. C’est dire qu’avec cet article, vous saurez tout sur tout ce qui concerne cet animal doté de tant de qualités.

Chow-Chow-planche1, Vie-à-la-campagne-19271201-DSC05552

Le Chow-Chow. Dans l’article, son nom est toujours cité avec des majuscules, pour montrer la considération de l’auteur-éleveur pour ce chien si spécial à la triple fonctionnalité. C’est d’abord la plus vieille race canine au monde qui date d’environ, il y a 4000 ans av JC. Née vraisemblablement en Mongolie, on la rencontre en Chine septentrionale, au Thibet, comme la dame l’écrit, en Corée…Il est à la fois un chien de  garde très protecteur de son maître, un chien de chasse et un chien comestible à la chair recherché. Ce sont surtout de jeunes chiots de six mois engraissés à cet effet et au poil noir qui sont  le plus appréciés. Cette viande de choix est célèbre en outre parce qu’elle développe l’intelligence de celui qui la goûte. Si l’auteur commence par cet aspect propre à choquer les esprits européens même à l’époque, la raison en est simple : "chow signifie en effet la mastication et chow-chow ce qui se mange." La dame prend la précaution de rappeler que manger de la viande de « toro andalou » le lendemain d’une corrida n’a jamais coupé l’appétit de ceux qui choisissent des escalopes (de taureau) à Grenade ou Cordoue.

Chow-Chow, planche2, Vie-à-la-campagne-19271201-DSC05553

Vous comprenez aussi pourquoi ce chien porte un nom à  double  majuscule dans l’article. En mandarin, son nom signifie  « chien-lion boursoufflé ». Il était utilisé en Chine pour sa puissance lors de la chasse au loup, sa résistance au froid grâce à son poil long épais avec un sous-poil laineux dense et à l’effort ainsi que ses grandes qualités au service de son maître. Le chow-chow a été introduit à partir de 1880 d’abord en Grande-Bretagne et après la première guerre mondiale en Europe continentale. Il est devenu très vitre  populaire dans le Tout-Paris, grâce à sa silhouette particulière, dense,  robuste, « toujours majestueuse …quelque chose de grave dans son attitude » et à sa langue bleue. On le connait en Europe surtout dans sa robe claire, beaucoup moins avec sa fourrure noire.

Chow-Chow-planche3-Vie-à-la-campagne-19271201-DSC05554

Ses qualités sont nombreuses. C’est d’abord la fidélité à son maître qui est citée ; viennent ensuite sa force physique et sa résistance. Son intelligence est indéniable non seulement dans ses rapports avec son maître mais aussi  dans la connaissance d’un territoire, de « la topographie » selon l’auteur. Il reste toujours en lui « un reste de sauvagerie, un instinct  de domination » quand il rencontre un autre mâle, dont il faut  se méfier ; tout comme il est fondamental pour le maître de s’imposer comme tel auprès de son chien sans discussion ni atermoiement, sous peine d’avoir de gros problèmes relationnels… En promenade, le chow-chow se conduit comme un gentleman ». Encore faut-il qu’il n’ait pas pris la mauvaise habitude de tirer…A la campagne, faites bien attention à ce qu’il ne voit pas de mouton. Il se pourrait que ceux-ci  aient de sérieux problèmes, si le chien arrive à s’échapper. Il faut le tenir fermement en laisse et ne pas relâcher son attention.  

Chow-Chow, planche4-Vie-à-la-campagne-19291201-DSC05555

Un dernier conseil de Mme du Bois de Roest concernant le chow-chow, pour finir,  «  si vous voulez en posséder un, achetez-le de bonne origine, choisissez-le jeune et vous n’aurez jamais d’ami plus fidèle ni de compagnon plus sûr et plus agréable. » Je gage que ces conseils sont toujours les bienvenus aujourd'hui.          

 

Pour suivre le chemin

. Une précision d’abord. Ce billet n’est en aucune façon un résumé de tout l’article très dense qui aborde tous les aspects du chow-chow, tant au point historique, que ses caractéristiques, ses qualités et aptitudes, la conduite de l’élevage, son avenir ...dans la première partie concernant le chien directement (p 466 et 469). Quant à la seconde partie –p.469 et 470- concernant son élevage de chow-chow sur le continent je n’en parle pas du tout. J'ai privilégié le thème de la relation entre la personne humaine et l'animal.    

. La Vie à la Campagne, Hachette, vol. XXIV, n° 294, 1er décembre 1927. La présence animale est extrêmement forte dans ce mensuel de décembre 1927. Outre le chow-chow, désigné comme un chien à la mode, des articles sont consacrés à la volaille, à la préparation de lapins à des expositions, à la production de lapins, aux débuts d’un petit élevage de renards avec des belles photos et surtout un admirable plan d’une (triple) « cage pour polygamie », avec le mâle au milieu et une femelle de chaque côté. On trouve aussi un article sur l’anatomie du pigeon, avec une pleine page de texte et l’autre de deux planches anatomiques, ainsi qu’un grand article sur « 2 excellentes races de canard pour la ponte…, les Orpington et les Khaki-Campbell ». Tout ça, sans compter les publicités pour des poulettes, des poussins, des lapins, des porcs...Sur la photo ci-dessous, vous voyez une chèvre allaiter des chiots CC.

Chow-Chow-chiot-chèvre-allaitante-Vie-à-la-campagne19271201DSC05556

. Certains numéros sont visibles sur   http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb34463306g/date

. Retrouvez Mme E. du Bois de Roest,  qui a fondé le toujours célèbre club de Chow-Chow T’ Kelle ‘ Sie, sur http://www.belgianchowclub.com/Belgian_Chow_History-2.htm. Cette dame, qui écrivait aussi très bien, a donné son nom à une course de chevaux. Le cheval de course est une des traces vivantes qui reste d'elle, outre son amour des chow-chow. Une hypothèse est qu'on la voit dans la planche n°2 au milieu de la rangée du haut.    

. Impossible de trouver sur le net des informations sur le Château et le parc de Pierrefonds près de Bruxelles, où se trouvait l'élevage et qu’elle cite dans son article.

. Photos Elisabeth Poulain à partir de celles de l’élevage de Mme. du Bois de Roest pour les deux premières séries sur le chien en page 467 et non nommées pour les secondes (page 468) concernant l’élevage sur le continent.  

Commenter cet article