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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le Grenier, Le Logis, Le Salon des Vins de Loire > La Croisée des Chemins, Angers

11 Février 2013, 11:14am

Publié par Elisabeth Poulain

D’abord le titre. Ce n’est vraiment pas par volonté de ma part de faire du chi-chi, c’est seulement par désir d’avoir un titre précis, même s’il est long. Il s’agit dans ce billet d’évoquer quelques idées  pour traduire les atmosphères différenciées des trois « salons » de vins dans lesquels je me suis rendue ce week-end à Angers, avec un gros regret c’est de ne pas avoir pu aller à Brézé malgré ma promesse faite à Sylvie Augereau. Quatre salons, cela fait beaucoup. C'est bien là-dessus que porte ce billet vu sous l'angle de l'atmosphère.  

2013-02-01 Grenier saint-Jean 144

Le terme d’atmosphère me plait bien tant il évoque quelque chose d’insaisissable, d’impalpable et pourtant de bien réel  pour un évènement comme un salon de vins qui est un lieu clos avec des professionnels du vin dedans qui viennent vivre ensemble et pourtant séparément deux ou trois jours, chacun pour faire valoir ses vins aux acheteurs professionnels et obtenir des commandes qui vont permettre à l’entreprise de poursuivre ses activités. En commun, les exposants ont un certain nombre d’éléments, mais pas forcément ceux auxquels on croit…Tout dépend de qui vous parle, de sa catégorie professionnelle, de ses choix fondamentaux, de son degré de notoriété, de la santé financière de l’entreprise…et d’autres critères dont il ne saurait être officiellement question, à commencer par son engagement dans l’interprofession...

Parmi les caractères de différenciation, je placerai  en premier rang le mode cultural et la vinification « au plus près du naturel ». Evidemment tous les autres facteurs vont jouer, la renommée, le patrimoine transmis, l’expérience, le réseau d’appartenance qui vont se greffer sur une structure solide d’entreprise ou non, un réseau de distribution France et Etranger, une stratégie réfléchie d’appartenance à un salon plutôt qu’un autre … A aucun moment par exemple l’appartenance à la Loire n’a été citée devant moi à ce Salon des Vins de Loire 2013 qui a pourtant été créé il y a 26 ans pour fédérer l’ensemble de la profession ligérienne et accroître sa visibilité en créant une appartenance commune. De la même façon, le terme de terroir ne se trouve plus que sur le catalogue du Salon des Vins de Loire.  Mais commençons par le premier salon.  

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Un des avantages du Grenier Saint-Jean à Angers est qu’on sait à qui on a affaire, quand on entre dans la belle et grande salle qui a été un vrai grenier à grain, avec une cave à vin en dessous. Il n’y a ici plus de de négociants présents par exemple, comme cela a été le cas au début. Les exposants appartiennent tous à la grande catégorie des vignerons « Branchés, Bios & Co ». Le terme de bio reste en  petits caractères dans le texte, la biodynamie ressort avec ses 80% d’exposants. Une pré-sélection des vins est faite antérieurement par les organisateurs pour éviter des cohabitations forcées entre des « torchons et des serviettes » selon une expression que j'aime bien. L’évènement, qui dure deux jours, prend la dénomination plus que minimaliste cette année de  « Dégustation de Vins ». Sur les 124 vignerons présents ici, il y a 9 Européens non français, 49 Ligériens plus toutes les autres régions françaises qui sont représentées, avec une forte présence du Languedoc Roussillon.

L’atmosphère est à la retenue, encore plus que d’habitude. Le lieu joue un rôle certain, mais il y a autre chose. Des vignerons ont l’air fatigué, comme s’ils en  étaient à leur cinquième jour consécutif de tenue d’un stand. C’est vrai que certains reviennent de Montpellier. D’autres ou les mêmes qui participent à Saint-Jean vont  enchaîner le lundi matin jusqu’au mercredi soir au Parc-Expo d’Angers, sauf que là il s’agit du Ier jour. Le moral visiblement n’y est pas. Du coup la réputation de "taiseux" faite aux hommes du vin en Anjou est bien méritée. Seuls y échappent quelques exposants et ceux qui ont une longue pratique de la course de fond, qui appliquent la maxime qu'on ne préjuge pas d'un salon tant qu'il n'est pas fini!

Il n’y a pas que cela, le carnet de dégustation à peine en main. Il n’y a plus de nom de l’équipe qui organise l’évènement, ni aucune référence, nom ou adresse. On n’y voit plus « Renaissance des Appellations », comme s’il n’y avait plus  de « père »  à ce salon. Nicolas Joly avait fait plus que mettre au monde et porter cet évènement qui a été une véritable révélation pour des jeunes talents pas forcément par l’âge mais dans leur engagement dans le monde du vin et pour des connaisseurs. En 2013, comme pour bien marquer la différence, le terme de salon n’est pas indiqué sur la couverture, au profit de « dégustation de vins ». Greniers est écrit curieusement au pluriel comme s’il y avait à la fois l’ancien et un nouveau. Un « partenariat » avec trois autres évènements sont cités, la Dive Bouteille (à Brézé), le Salon des Vins bios de Loire (? = en fait c’est le stand des vins bio au Salon des Vins) et le Salon du Logis du Gouverneur (du Château  d’Angers). On  sent à ces formulations  une volonté de garder des liens, au delà des tensions qui font partie de la vie.

Logis du Gouverneur-Château-Angers 

 Au Logis du Gouverneur du Château d’Angers, j’ai retrouvé quelques visages connus dans les Angevins. Trois d'entre eux ont été les  organisateurs de cette réunion de 20 vignerons. Ce qui m’a frappé d’abord c’était le décalage entre le ratio coût de l’entrée et le nombre d’exposants (5E/20 exposants) comparé au Grenier Saint-Jean (2E/ 133 Exposants). Il n’y avait aucune chaleur humaine, à l’exception de la plus jeune des deux exposantes que j’ai vu sourire. Déguster est certes chose sérieuse, mais là, c’était autre chose. Du coup, je me suis intéressée aux portes qui facilitent et/ou empêchent l’accès dans ce qui devait être la salle au trésor, au moins l’endroit où il faisait bon vivre dans un château tourné  vers la défense du territoire contre l’ennemi venu du dehors. La question est de savoir qui est l’ennemi et d’où il vient. Peut-être faut-il attendre que chacun trouve ses marques dans cet assemblage, cette fois-ci en pour - entre eux - et pas seulement en contre.  

     Logis du Gouverneur-Salle-Porte-d'en-Bas

Au Salon des Vins de Loire, la question qui vient d’être soulevée appelle plusieurs sortes de réponse qu’il ne m’appartient pas de détailler. Moi, je parle de ce que l’on sent quand on entre, quand on circule, quand on regarde… dans le salon. C’est rude dès l’entrée. Heureusement qu’il y a les trois ou quatre jeunes femmes souriantes pour vous accueillir au vestiaire. La séquence d’après, l’entrée dans Amphitea, est dure le matin quand il n’y a personne. Des centaines de bouteilles vous attendent en silence, avec deux espaces l’un à droite pour les LIgers, l’autre à gauche 1/3 plus grand. Le tout s’appelle « l’Espace de Libre Dégustation », une formule qui consiste à faire parler la bouteille seule, sans la médiation de son géniteur. C'est une façon de faire qui  avait été déjà utilisée par un négociant il y a longtemps, puis abandonnée par lui, avant d’être reprise sous une forme réussie dans un stand ouvert, toujours présent à Amphitea dans le coin opposé à l’entrée. Ce stand est le Salon des Vignerons bios du Val de Loire, dont certains ont des stands-exposant aussi.  Trois « salons-bouteilles » dans l’espace Amphitea, ça fait beaucoup, en particulier pour les exposants de l’espace restant qui ne se sentent pas forcément très bien de l’autre côté de la barrière.

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On se surprend à remarquer des absents. « Tiens, il n’est pas là. Et eux, ils ont pourtant toujours été là… » Une ritournelle lancinante qui va durer tout au long de la journée. Malgré soi, on cherche les absents. On commence une liste, non pas des « Off » qui ont toujours eu la côte ici en Loire pour dynamiser et réveiller le salon officiel mais des « Out ». Réellement, on ne fait pas mieux pour plomber une atmosphère. On commence alors à écouter ce qui se dit, qui rebondit sur ce qu’on avait déjà entendu les années passées. Mais cette fois-ci, c’est vrai. Ils l’ont fait. Ils sont partis. Avec toujours ce souci, après une année aussi difficile au niveau climatique, de savoir s’ils sont toujours là. Oui, pour beaucoup, ils sont partis rejoindre ceux de Brézé, plus ouvert à la différence, plus chaleureux, différent, moins institutionnel qui joue la carte de l'ouverture vers du Nature-Naturel et pas celle de la Loire…Ils sont 94 exposants au Château de Brézé venus comme on dit de toute la France, avec aussi 15 exposants étrangers venus de Georgie, de Serbie, d'Italie et d'Espagne bien sûr, d'Argentine, du Chili et de l'Oregon.

2013-02-04 SDVL13-1 202  

Mais il y a plus pour dire qu’il y a moins d’exposants. Il y a aussi moins de noms connus de domaine et/ou des négociants qui ne sont plus là personnellement le premier jour. Partir dès l’après-midi du lundi ne se faisait pas; mais cette fois-ci, on ne les a même pas vus du tout, ces responsables, ces noms de domaine... Cette année 2013 a vu aussi d’autres  particularités étonnantes, une interprofession absente, leur stand déserté, des stands avec uniquement des commerciaux, sans que le patron soit là du tout, des stands qui avaient dès le premier jour des allures de fin de salon, des vignerons fatigués…Des jeunes vignerons bios seuls dans leur coin, avec des trous en face d’eux à la place de leurs copains partis à Brézé…Saumur-Champigny à l’étroit et pas content du tout d'avoir du resserrer sévèrement la voilure… 

Me revient en mémoire cette règle qui est de ne jamais se plaindre sur un salon, en vertu de l’adage anglais, « Never explain, never complain » quand on est un vrai professionnel. Il y a forcément eu aussi des bons contacts sur le Salon et au Grenier.  Mais il faudrait quand même éviter que l’année prochaine le départ de ces quelques 50 à 80 vignerons, dont un bon nombre d’éléments moteurs partis cette année, soient suivis par d’autres. Il n’y a pas seulement les chiffres, il  y a la vitalité, la prise de risques, le dynamisme… et la volonté de revitaliser la Loire en intégrant vraiment les Bios, sous peine de courir le risque de voir s’affaiblir encore plus la route du grand fleuve face aux chemins qui mènent à Brézé ou à Montpellier, pour participer à Millésime Bio, ou Vinexpo pour les poids lourds, en particulier les Grandes Maisons des Fines Bulles de Saumur.

Les deux logiques, l’ancrage géographique et politique pour la Loire d’un côté et le choix d’un mode cultural et d’une vinification plus « naturelle » de l’autre, avec la passion en plus, devraient quand même pouvoir permettre à la Loire « Branchés Bios & Co » de voir offrir à ses vins la mise en lumière qu’ils méritent. La Dive à Brézé est devenu en 14 ans LE salon qui a rassemblé cette année 45 vignerons  ligériens parmi les plus toniques, ceux qui prennent le plus de risques et qui sont parmi les plus attractifs de la Loire, tout en sachant attirer les autres régions. C’est quand même dommage de constater que le Salon officiel des Vins de Loire soit à ce point essoufflé au bout de ses seulement 26 ans d’âge. Il mérite mieux.

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Quant aux exposants, il y en a encore beaucoup qui ne viennent qu'au Salon des Vins, comme ils le font depuis 26 ans. Pour de petits vignerons venant souvent de loin, c'est LEUR grand salon de l'année. Ils méritent mieux. Tout comme ceux dont on parle peu et qui pourtant portent, grâce à leur travail en profondeur et en durabilité d'engagement sans faille, la présence ligérienne sur tous les marchés des vins dans le monde. Ce sont les grands noms des domaines prestigieux. Par leur notoriété, ils tirent toute la profession. Dans les Branchés, Bios & Co, il y a ceux qui sont partis en se rendant directement à Brézé, comme ils l'avaient dit l'année passée. Il y a ceux qui sont restés et qui sont furieux. Entre les deux, il y a les Stratèges qui continuent à venir au Salon et participent au Grenier. Quelques uns cette année ont eu un pied au Salon des Vins et l'autre à Brézé. Maintenant certains du Salon vont aussi à Montpellier, le salon du bio qui monte en France et à l'étranger. Remarquons que ceux qui vont à Brézé ne reviennent pas à Angers, ni au Grenier ni surtout au Salon. 

Quant aux poids lourds du négoce, ils ont pratiqué le syndrome des "Dos Noirs" (à cause de leur costume), assis en rond entre eux, tournant leur dos rond à l'allée. C'est une image qui me restera dans l'oeil.    

La langue du vin, vue de la Loire, en ce moment, est un peu compliquée à suivre pour les acheteur étrangers. Et le choix du chemin à prendre pas évident, surtout quand on est à la croisée!     

Pour suivre le chemin vers Angers, Brézé via Saumur en citant les salons par dates

. Au Grenier Saint-Jean, le salon du même nom, le 2 et 3 février 2013, qui a perdu son nom de « Renaissance des Appellations » . Gageons qu'il en aura un l'année prochaine.

. Au Château d’Angers, le 2 et 3 février 2013, le Salon du Logis du Gouverneur, cette année pour la première fois.

. Au Château de Brézé, La Dive Bouteille, « le salon des vins vivants et sincères » du 3-4 février 2013 pour sa 14e édition sur    http://www.vinsnaturels.fr/004_salons/004_salon-des-vins-naturels-2013_La-Dive-Bouteille-313.html

. Au Parc-Exposition d’Angers les 4, 5 et 6 février 2013,  le Salon des Vins de Loire, sur http://www.salondesvinsdeloire.com/

. Lire "la Pipette aux Quatre Vins" et en particulier le billet du 31 octobre 2012 sur la situation du vignoble en Loire-Layon et pour y découvrir aussi et surtout les noms des vignerons qui sont cités; ce sont ceux-là qui "tirent" toute la profession en particulier à Paris dans les bars à vin branchés et auprès des journalistes toujours en recherche des nouveaux "Hommes du Vin"    http://pipette.canalblog.com/archives/2012/10/31/25445380.html

. Sur l’atmosphère du Salon des Vins 2013, voir  http://www.saumur-kiosque.com/infos_article.php?id_actu=14240

. Une fois n'est pas coutume, je vous recommande de lire le billet que j'ai écrit sur le Salon des Vins 2012 http://www.elisabethpoulain.com/article-les-vins-de-loire-salon-2012-l-ile-face-aux-coups-de-froid-99151880.html  

. Photos Elisabeth Poulain au Grenier, au Logis et au Parc-Expo d'Angers. Pour des raisons faciles à comprendre, je ne présente que des vues générales, quand j'en ai. Les photos du Grenier et du Logis sont rassemblées dans les albums photos sous la dénomination de Salon-Grenier et celles du Salon des Vins sous son nom.   

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