Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le Monde des Murs > Le Mur d'Hadrien > Entre l'Angleterre et l'Ecosse

12 Mars 2013, 11:32am

Publié par Elisabeth Poulain

Il y a mur et mur. C’est bien pour distinguer les murs entre eux que je commence cette série qui sera fort riche, tant il y a de variétés de mur. Celui dont je vais vous parler aujourd’hui est le Mur d’Hadrien situé au nord de l’Angleterre à un endroit resserré entre l’embouchure de la Tyne en Mer du Nord et le Golfe de Solway en Mer d’Irlande. C’est un mur-frontière, qui a été construit par les Romains qui occupaient l’Angleterre pour se protéger contre les barbares venus du Nord. La frontière actuelle avec l’Ecosse longe le tracé ancien sur lequel ne demeure debout que la partie centrale des  117kms du Mur d’Hadrien classé au Patrimoine mondial depuis 1987 par l’UNESCO.  

Hadrian's wall at Greenhead Lough Noththumberland Velella o

Le Mur. Il a été construit en six ans de notre ère par les soldats romains, de 122 à 128. Sa hauteur varie selon les endroits. Il peut atteindre 4,60 m de haut et 2 à 3 mètres de large. La partie externe est faite de pierres taillées spécialement et assemblées sur place. L’intérieur de l’appareillage est constitué de pierres trouvées sur place et colmatées avec de la tourbe abondante dans la région. A espaces réguliers d’environ un mille romain, des forts dotés de deux tours ont été édifiés de façon à abriter les garnisons chargées de surveiller la frontière. Ce mur faisait partie des Limes, le gigantesque programme de protection mise en place par les empereurs romains pour protéger les marches de tout l’Empire, à l’instar de ce qui s’est fait plus tard en Europe au cours de l’histoire pour un château-fort, une ville avec ses remparts…ou plus récemment un pays comme l’Allemagne.  

Hadrians Wall Map Antonin Wall-UNesco Wikipedia

Là, il s’agissait de couper une grande île en deux dans un espace montagneux difficile à traverser et par là même moins difficile à surveiller. Le tracé était doublé par une voie romaine là où il n’y en avait pas déjà une. La fonction défensive explique en grande partie le choix final du tracé qui court de sommet en sommet pour disposer d’une bonne vue et obliger ceux qui voulaient à passer vers les portes gardées par quatorze forts . Ces portes de grandes dimensions servaient aussi à  prélever les taxes à l’entrée dans le territoire, la perception douanière étant déjà utilisée à bon escient par les administrateurs romains. Il n’y avait pas que des assaillants à vouloir passer et les Romains avaient besoin de vivres et d’autres denrées nécessaires au bon développement des territoires qu’ils administraient.  Et les Romains ont été des formidables gestionnaires et développeurs de territoires. 

Hadrian's Wall

Une autre donnée est à prendre en compte.Il s’agit des décisions successives concernant l’emplacement du mur prises par les différents empereurs au cours des siècles. Il y eut en effet plusieurs murs. On peut presque dire que le mur s’est déplacé. En effet, dès la mort d’Hadrien en 138 après JC, son successeur Antonin porta la ligne de défense plus au nord à un endroit encore plus resserré entre le Firth of Forth et l’estuaire de la Clyde. Dès lors, ce nouveau mur, appelé le Mur d’Antonin (60km de long environ contre 110 km environ pour le premier)  fut édifié  de 142 jusqu’à 160, un peu avant le décès de son fondateur.

Pendant ce temps, le Mur d’Hadrien fut délaissé comme si chaque empereur devait laisser son nom à une ligne de fortification, avant de reprendre du service après, jusqu’à l’an 300 environ.  Une autre hypothèse porte sur l’effet-frontière qui veut que le territoire extérieur proche subit d’autant plus fortement l’influence de la frontière qu’il est vide, au sens où on n’y fait que passer. La tentation quasi-naturelle est de grignoter l’espace extérieur, surtout en l’absence de tout contre-pouvoir.  

Hadrian-Wall-Tour

Les techniques mises en œuvre  pour  l’édification de ces murs. Elles sont à la fois très sophistiquées en matière de gestion de l’espace devant et derrière le mur  et relativement simples dès lors qu’il y a de l’espace et des hommes, les soldats des trois légions romaines envoyés pour exécuter les ordres, en plus des tailleurs de pierre de carrières proches. La gestion de l’espace est conçue de façon stratégique. Parler ainsi seulement du mur serait une simplification déformante.

Sur la partie extérieure, face à l’ennemi, le site est d’abord dégagé pour avoir une bonne vue. Des pieux sont enfoncés en terre puis un talus est édifié avec la terre extraite d’un fossé creusé pour freiner l’avancée des assaillants surtout la nuit. Quant au mur, il en existe plusieurs versions, selon leur épaisseur, leur hauteur et leur ancrage en terre. Tout dépendait de la situation. Le haut du mur variait selon qu’il s’agissait de celui d’un des forts de guet avec un chemin de ronde ou du mur de jonction plus simple entre les tours. De l’autre côté du mur, à l’intérieur de l’espace protégé, se trouvait une voie romaine qui permettait la circulation entre les tours, laquelle voie était à son tour protégée  de l’intérieur par le vallum, un fossé de 3 mètres de large entouré de deux talus de part et d’autre, de façon là aussi à bien dégager l’espace et faciliter la vue.

Outre les 14 forts de moyenne importance disposés très régulièrement sur et le long du mur, il existait un pôle de commandement à Vinolanda - Housesteads aujourd’hui - où vivait le responsable militaire du site, avec à ses côtés un tribunal, un hôpital, une salle de garde, des magasins et des greniers. Le site  a permis aux archéologues de découvrir une fabuleuse collection de tablettes écrites.   

Hadrian's Wall, Sélection Reader Digest 001

La topographie jouait un grand rôle dans l’implantation des défenses. Le tracé du mur a beaucoup utilisé les hauteurs des collines empierrées. La terre aussi en particulier dans les talus édifiés en partie grâce aux fossés creusés et aux routes implantées. On conçoit que ces défenses, aussi intéressantes qu’elles ont été, nécessitaient beaucoup d’entretien. Et c’est là que se situe la fragilité de l’ensemble. Le mur demandait à être constamment entretenu, les fossés recreusés, les talus remontés et le mur lui-même constamment ré-empierré.

Le délaissement dont il a fait l’objet presque dès ses débuts et surtout après qu’il fut devenu inutile (IVe siècle) a conduit  un grand nombre d’habitants à prélever directement les pierres au mur. Cette pratique utilisée pendant des siècles n’explique qu’en partie la disparition du mur dans ses parties les plus proches des mers. A partir du XVIIIe siècle, les constructions diverses et variées de l’urbanisation et du développement du territoire ont fait disparaître toutes trâces du mur. Seule reste la partie médiane qui est heureusement protégée par l’UNESCO depuis 1987.

Hadrians Wall remains of Roman fort Neil-San

Depuis lors, la destruction du mur est enrayée. Le mur lui-même est devenu un site très attractif grâce en particulier au sentier de grande randonnée qui a pris la suite de la voie romaine qui longeait le mur et ses constructions annexes. On vient maintenant voir le mur pour le plaisir de le découvrir en touriste. Il est vrai que de gros efforts ont été faits par tous les acteurs de l’archéologie et du tourisme.  On ne vient plus découvrir un site défensif, impressionnant par ses caractéristiques et ses vestiges préservés dans des vastes paysages de grande beauté qui font la joie des photographes. Housesteads se révèle être aussi un site d’une très grande richesse archéologique. J’ai été vraiment très étonnée et par le foisonnement des photos et par la diversité des choix de l’angle de prise de vue.

Ce Mur d’Hadrien a toujours quelque chose de nouveau à dire et à faire savoir. Il a en effet créé de toutes pièces un nouvel espace économique et culturel dans une zone désertée à l’exception d’hommes armées et de   commerçants. Au fil du temps les soldats envoyés sur place ont pris racine dans le pays et sont devenus de facto les nouveaux habitants d’un nouveau territoire. Ils ont élargi ce faisant la largeur effective du territoire occupé par le mur, qui était beaucoup plus qu’un simple mur, une véritable frontière avec une zone-tampon  incroyablement sophistiquée.  

Hadrian Wall Vindolanda Roman Fort - geograph org uk - 4090

Le mur d’Hadrien est aussi un bon exemple de la disproportion qui existe entre l’attente des retombées positives d’une frontière élevée par l’homme pour se protéger et le coût réel de l’opération, non seulement pour ériger la défense et ses dépendances au moment de la construction mais après pour l’entretien au cours des siècles qui suivent. Il a créé aussi et surtout des modifications profondes dans l’espace proprement dit en bouleversant les équilibres naturels. Cet effet-frontière provoque  toujours des retombées, que l’on est soit du bon côté, quant à savoir lequel, c'est une autre histoire!      

Pour suivre le chemin

. Voir le site de l’Unesco, avec le texte officiel et les photos agrées sur  http://whc.unesco.org/pg.cfm?cid=31&l=fr&id_site=430&gallery=1&&maxrows=25

. Pour bien comprendre le mur dans un éclairage pédagogique  http://www.visithadrianswall.co.uk/things-to-do/roman-heritage

. Et en apprendre plus, avec un plan de du Fort de Housesteads  qui abritait le commandant des légions http://marikavel.org/rome/mur-hadrien/accueil.htm

. Pour avoir une belle vision de la beauté des paysages http://www.visitbritain.com/en/Hadrians-Wall-Path-walking-itinerary/  http://www.english-heritage.org.uk/daysout/properties/housesteads-roman-fort-hadrians-wall/#Right

. Photos des différents contributeurs, avec mes remerciements à toutes et tous.

. Tags : mur, frontière, effet-frontière, limes, angleterre, ecosse, hadrien, antonin, rome, unesco, housesteads, glacis, vallum, housesteads

Commenter cet article

said 27/05/2016 09:28

c est vraiment très bien fait car j aime bien les sites comme sa pour apprendre des choses et je voudrais remercié ma prof madame bentayeb ;)

Elisabeth Poulain 03/06/2016 10:50

Merci beaucoup, c'est vraiment gentil. Moi aussi j'aime bien apprendre des choses, écrire oblige toujours à aller chercher une information ou plusieurs qui manquent...Et merci à votre prof aussi, Elisabeth Poulain, c'est un - ancien - prof qui vous le dit! Et bonnes vacances prochaines...