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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le Monde-Luxe, la Tente, la Montagne et le Crédit Agricole

10 Mars 2013, 18:41pm

Publié par Elisabeth Poulain

En gros caractères, deux mots donnent le ton du message et du nouveau visuel du Crédit Agricole « Le Luxe » suivis par « ne se vit plus de La même façon ». Pour les yeux avertis, il apparaît dans le titre qu’il y a deux sortes de L pour écrire ces quelques mots, la majuscule du L et un autre L qui possède aussi un coude arrondi à la rencontre de la barre verticale haute et de la basse qui forme l’assise de la lettre. Le luxe, c'est aussi et d'abord ça, voir ce que les autres ne voient pas.

Crédit Agricole, le Luxe ne se vit plus de la même façon 

Le regard glisse ensuite sur le paysage   en dessous, avec une montagne blanche très haute entourée de nuages. Le tout est placé en dessous du titre. Une autre séquence de montagne cette fois-ci foncée est placé dessous. Elle crée de la profondeur, une façon habile de mettre en valeur le premier plan aux allures de petite plateforme. C'est là qu'est assis un beau barbu dans la force de l’âge qui nous regarde, tenant une boisson chaude avec ses gros gants, sa tente ouverte à côté de lui. Assis sur la pierre, il tourne le dos à la montagne dont le sommet le plus haut paraît bien loin.     

Ce Monde-Luxe n’est plus le monde du luxe, une formule déjà usée par une sur-consommation qui date des années 1970 aux Etats-Unis et en Europe et des années 1990 en Asie. Dans ce nouveau monde, Il ne s’agit plus de se distinguer des autres par une série d’objets-totems et de voyages de plus en plus loin. Il s’agit maintenant de faire partie d’un nouvel espace qui enveloppe le monde existant, avec des points d’accroche choisis en fonction de leur utilité et/ou de leur beauté.

Ce Monde-Luxe a ses propres bénéficiaires qui sont plus que des citoyens d’un pays donné. Ils n’ont que des droits sans trop d’autres obligations que celle de payer.  Ils sont peu nombreux par définition puisqu’il s’agit de « happy fews ».  Ce sont les acteurs visibles de ce mundo-eldorado caractérisé, outre la beauté, par la qualité du service qui leur est fourni et une exclusivité de fait.         

Ce Monde-Luxe a ses mots propres véhiculés par l’anglais en version américaine. On y parle beaucoup de beauté, de nature, de silence, de préservation, de privilège mais uniquement dans sa version d’adjectif privilégié. Là, tout n’est que luxe et volupté. Le service est roi, mais un service invisible pour ne pas être obligé de dire merci. Pas la peine puisqu’on paie.

Ce Monde-Luxe a une autre particularité. Il n’est plus localisé en un point donné du monde déjà répertorié au XIXe et au XXe siècle. Il a sans cesse besoin de se déplacer pour trouver des nouveaux espaces à découvrir avant que le tourisme de masse, un mot honni, ne l‘abime irréversiblement.

Crédit Agricole, le Luxe ne se vit plus de la même façon 

Dans ce Monde-Luxe règne le moi-seul-face à l’univers-dans un univers préservé face aux hordes de touristes dont le nombre  pose véritablement problème. Les nuisances qu’elles génèrent sur les grands équilibres de ces territoires affectent ceux qui y vivent et y travaillent. Dans Le Luxe … selon le Crédit Agricole, on voit cet homme seul avec sa petite tente, sans personne autour de lui, alors que c’est impossible. On ne peut survivre dans l’Himalaya sans porteur pour apporter tout ce qui est nécessaire à la vie.

L’Himalaya était  un lieu préservé par ses difficultés d’accès et d’impossibilité de vie, au moins avant que ne se développent le trekking et des expéditions réservés à des sportifs plus qu’aguerris. En un peu moins de de 50 ans, sur les flancs de l’Everest, ce sont près de 50 tonnes de déchets imputrescibles de toutes sortes (métal, verre, plastique, dont un non nombre de barils de fuel…) qui ont été abandonnées par ceux-là même qui les avaient fait apporter par des porteurs pour leur sport et cela malgré le respect dû à la montagne et aux sites selon les « vrais » sportifs…Une vision du Luxe à suivre pour voir si  les autres projets sont du même style.

Deux petites remarques pour terminer. Dans ce visuel, la tente appartient au monde du luxe. En 1936, elle était l’apanage des « classes populaires » - ayant déjà un peu d’argent pour avoir une tente - qui découvraient la mer pour certains pour la première fois grâce aux congés payés. Aujourd'hui, avec une tente « The North Face » prêtée pour la photo, on part dans  l'univers impitoyable de la montagne!   

Pour suivre le chemin

. http://www.thenorthface.com/catalog/ca_ecom/fr/sc-gear/equipment-tents/mountain-25.html

. Sur les expéditions dans l’Himalaya, voir http://www.zonehimalaya.net/Everest/expedition.htm

http://www.franceinfo.fr/monde-asie-2010-04-19-une-expedition-pour-retirer-des-cadavres-et-des-dechets-de-l-everest-431950-14-17.html

. Encore aujourd’hui, le problème des déchets n’est pas résolu ; il est du moins actuellement limité par la caution (4 000 USD) exigée par les autorités népalaises avant le départ et remboursé si les sportifs prouvent à leur retour qu’ils ont bien rapporté  leurs matériels et déchets. Deux mesures complémentaires sont mises en œuvre. Des associations offrent 20 USD pour  chaque kilo d’autres déchets rapportés de là-haut. Quant au gouvernement népalais, il a aussi mis en place des équipes de nettoyage pour redescendre 3  tonnes de déchets restés sur place ainsi que des corps d’alpinistes gelés laissés au sol dans la Zone de la Mort à plus de 8 000m d’altitude. Près de 300 sportifs  y sont restés.

. Photo Elisabeth Poulain, à retrouver dans l'album-photos "Petites Maisons"   

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