Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le Paysage et la Pub > Les Pêcheries à carrelet au bord de l'Océan

25 Juin 2013, 17:49pm

Publié par Elisabeth Poulain

Ce billet a pour objectif de montrer combien le  paysage habité et emblématiques d’un lieu à fort potentiel touristique accentue la force d’un visuel et la force de persuasion d’une création : à chaque fois que le destinataire de la publicité verra une pêcherie au bord de la mer, ou seulement l’un des deux éléments, par exemple, il pensera au produit ou service qui est au cœur du message. C’est le double phénomène mental de l’imprégnation et de l’accumulation grâce à l’association entre un produit et un cadre en lien avec la présence de l’homme.

Pêcherie, Muscadet, InterLoire 

Depuis la fin du XIXe siècle, les créateurs publicitaires savent que la présence humaine valorise en profondeur le paysage, soit très directement en montrant une ou des personnes, soit indirectement en prouvant que le site est habité. Rien de tel pour atteindre cet objectif que de montrer par exemple des pêcheries, ces petites maisons artisanales de pêcheurs montées sur pilotis au bord de l’eau. Ces petites constructions ont une capacité étonnante à s’intégrer dans des paysages à très fort potentiel comme le rivage de l’océan atlantique, au point d’en devenir partie intégrante en y ajoutant leur valeur ajoutée propre et qui résulte directement du savoir-faire des charpentiers au cours de l’histoire. En un clic visuel, chacun peut ainsi se sentir pêcheur au-dessus des flots, seul maître à bord d’un navire immobile sur pilotis, avec une vue imparable sur et au-dessus de la mer, quel que soit le temps et la force du vent, en savourant le frisson de l’aventurier des mers assis en attendant de remonter le carrelet –le filet- une pratique très ancienne qui existe depuis des siècles dans l’ouest de la France, entre Loire et Gironde.        

Le titre. Il faut le lire à l’envers et commencer par l’Océan atlantique lors de  sa rencontre avec le rivage, dans des endroits poissonneux, trop proches des rochers ou falaises, sans un tirant d’eau suffisant pour les bateaux et qui rend l’accès et/ou l’ancrage difficile pour les pêcheurs titulaires d’une concession à 5 ans. L’idée est de mettre à profit ces inconvénients pour les transformer en avantages en jouant sur le différentiel entre le niveau de la mer à marée haute et celle  d’une plate-forme en bois montée sur des grands poteaux solidement ancrés au sol avec les pieds dans l’eau et une cabane à pêche posée dessus.

L’originalité tient en ce que le pêcheur planté sur la plate-forme baisse et lève le filet attaché à une longue perche à laquelle est fixé le filet et ne le tire plus horizontalement grâce au moteur de son bateau. C’est un mode de pêche beaucoup moins dommageable pour les fonds marins et qui ne nécessite d’autre énergie que celle qui est nécessaire à l’abaisse et à la remontée du filet, en fonction des marées.  Evidemment aujourd’hui, les rendements ne sont pas du tout ceux d’autrefois. Actuellement, on ne peut plus dire qu’il s’agisse d’une pêche réservée aux professionnels, alors que c’était le cas jusqu’après la seconde guerre mondiale, pour la pêche côtière quand le pêcheur était aussi agriculteur et viticulteur et qu’il y avait moins de prélèvements effectués sur la ressource halieutique.  

Pêcherie, Pineau des Charentes 

Le carrelet est un grand filet solidement accroché à une forme carrée métallique maintenant pour gagner en légèreté. Les bras sont remplacés par des petits moteurs électriques, qui rendent la tâche beaucoup moins fatigante qu’auparavant surtout quand il s’agit de remonter un filet plein de varech (des algues), avec seulement deux ou trois petits poissons dedans. 

La pêcherie est le nom donné par la réglementation royale qui en a autorisé l’usage au temps de Colbert. Le carrelet est un type de filet qui est en usage en France depuis plusieurs siècles, non seulement sur le domaine public littoral, mais aussi à l’aplomb des ponts qui étaient édifiés sur les fleuves et les rivières pour les pêcheurs professionnels. Le courant faisait l’essentiel du travail. Au bord de la mer, la pêche se fait à marée haute. Il faut ensuite attendre la marée basse pour remonter le carrelet.  

Pêcherie, Grolleau, Yves de Saint-Jean, SVDP

La cabane aux grands pieds. C’est  vraiment le différentiel qui étonne. Elle est petite, vraiment petite comme si sa taille ne devait jamais faire du tort à l’ensemble constitué par les grands poteaux qui soutiennent la construction.  Ses dimensions en superficie ne dépendent des besoins du pêcheur qu’en second lieu. Ce sont les dimensions de la plate-forme qui déterminent celle de la cabane. Sa hauteur permet simplement à un homme de se tenir debout de façon à diminuer la prise au vent de l’arrimage. Ses murs sont encore souvent en bois mais aussi maintenant en tôle pour réduire l’entretien.. Ils sont dotés d’une petite porte qui permet de bloquer l’accès et d’éviter les vols nocturnes du matériel de pêche et petit matériel de confort. Le toit est maintenant fait de tôles légèrement inclinées pour faciliter l’écoulement des eaux de pluie et des grandes vagues de mer emportées par le vent lors des tempêtes qui viennent fouetter l’installation.

Les pilotis de la plate-forme. Ce sont eux qui assurent la stabilité et la fermeté de l’ensemble. Ils étaient en bois, assemblés dans le sol et entre eux selon l’art de la charpente. Ils le sont de plus en plus maintenant fermement érigés et de façon plus durable en métal pour gagner en durabilité. Bien sûr l’aspect visuel est sensiblement modifié. La hauteur de l’ensemble tient compte de l’étiage maximal entre la marée haute et la marée basse pour éviter le submergement aux marées hautes de septembre. Ces constructions subissent de forts coups de vent renforcés par le choc des vagues. Leur durée de vie dépend donc  de plusieurs facteurs tels que l’exposition au vent, la force des vagues et aussi bien sûr d’abord de la solidité des pilotis. Par essence, ces constructions sont fragiles. Lors de la grande tempête du 1er mars 2010,   Xynthia en Charente maritime, 600 pêcheries ont été détruites par la force conjuguée du vent et de la mer et 450 ont été reconstruites en bois pour tous les éléments et seulement la tôle autorisée pour la couverture.  

Pêcherie, Pineau des Charentes   

Le ponton de la pêcherie. Toutes les pêcheries n’ont pas de ponton privé qui mène du bord de la terre à la cabane édifiée à hauteur du niveau de la terre. Certaines sont  implantées directement dans l’eau, avec une échelle pour accéder en haut à la plate-forme. Il faut donc pouvoir y accéder à pied à marée basse à la pêcherie ou  en barque autrement, qui restera attachée le temps de la présence du pêcheur. Cette situation est peu fréquente car elle est contraignante. Elle pouvait s’expliquer par la rareté des concessions dans les estuaires poissonneux des côtes littorales.

Le cas le plus fréquent est d’associer la cabane sur pilotis à un ponton également sur pilotis plus ou moins long. Quand le lieu est favorable à la pêche, on peut ainsi voir une véritable forêt de poteaux plus ou moins droits partir perpendiculairement de la côte pour rejoindre la cabane. Chaque ponton est fermé au départ par un portillon fermé à clé pour dissuader les visiteurs nocturnes  de venir jouer les Robinson des Mers le temps de la nuit. C’est le cas à Mindin par exemple, en rive gauche de la Loire, juste en amont du pont le reliant à Saint-Nazaire.

La publicité ne peut être que gourmande de ces poteaux si frêles pour certains, aux lignes penchées, maladroites et qui pourtant s’harmonisent si bien avec les variations de l’océan.  Ce sont ces harmonies de lignes verticales associées à ces chemins de bois plus ou moins horizontaux où tout se faisait à l’œil, avec ce qu’on avait sous la main, qui retiennent l’attention.  C’est particulièrement le cas de boissons qui inscrivent leurs gênes littoraux dans leur identité publicitaire.

Les  vins de mer, qui ont l’Océan et la Loire comme bonnes marraines, aiment les pêcheries. On y rencontre l’AOC Muscadet Côtes de Grandlieu, le Gros-Plant du Pays Nantais, le grolleau gris ou les Fiefs-Vendéens qui associent le sauvignon, le chardonnay et le chenin…à goûter avec les poissons de mer ou de Loire, les fruits et coquillage de mer…

Pêcherie, Muscadet, Muscadet(s) n° 1 

. La pêcherie en photo que l’on voit sur le visuel du Muscadet est prise par grand beau temps, quand l’eau de l’océan devient aussi bleue que le ciel bleu, au point également que la cabane elle-même est peinte en bleu clair océan. En fond, se profile une côte, qui donne de la profondeur.

. Celles du Grolleau gris dessinées et aquarellées par Yves de Saint-Jean pour le compte des Vins de Pays du Jardin de la France, comme on désignait les vins de cépage du Val de Loire, portent plus les couleurs de l’océan et de la Loire à leur rencontre. Ce sont des couleurs douces, vertes, jaunes, grises avec un peu de grisé bleu dans le ciel. Beaucoup de douceur se dégage de cette aquarelle originale faite spécialement pour le syndicat. Le ciel occupe la moitié de la composition ; les pêcheries sont regroupées au milieu en une fine bande de marais, d’herbes  et d’eau. Tout le reste est vide  de façon à laisser parler les pêcheries, qui se situent dans une baie ou un estuaire.      

.La pêcherie du Pineau des Charentes montre de façon exceptionnelle une photo d’une vraie pêcherie pendant une vraie tempête. Le commentaire qui l’accompagne explique ce choix exceptionnel, « en Charentes, le Pineau puise son caractère dans l’Océan. » C’est la seule publicité qui désigne le lieu où été prise la photo, au nord de Royan. Le moment choisi est un jour de tempête quand les vagues font le temps d’un court moment disparaître la vue de la solide cabane en tôle dans les embruns. Il s’agit de parler vrai, de laisser l’Océan exprimer son caractère, comme le précise le texte sous la photo : « Là où Terre et Océan s’unissent pour créer ce climat ni trop rude ni trop aride, propice à la parfaite maturation des moûts de raisin naturellement parfumés et du Cognac, le Pineau des Charentes vit au rythme des marées et du soleil. Servi frais à l’apéritif ou en accompagnement d’un dessert, le Pineau des Charentes vous contera son histoire, de Terre et d’Océan. »  

Pêcherie, Jean-Paul Barbier, Le Figaro Magazine 2004 

. Et il reste une photo qui n’est pas une publicité estampillée en tant que telle, même si elle est volontairement composée en vue d’attirer et de fait elle attire. Pour une fois nous sommes, nous spectateurs du rivage, présents sur la plate-forme, derrière la cabane, à la rencontre d’un « pêcheur », restaurateur de son état, qui nous montre un poisson fraîchement pêché, ainsi que différents plats prêts à savourer. Il s’agit de Jean-Paul Barbier, le fameux restaurateur du Lion d’Or à Arçins. Il présente ses plats gourmands sur une traverse posée sur les garde-fous du ponton. Il n’y a vraiment pas beaucoup de place. La mer est calme, le temps est à la douceur après la tempête, un filet de bleu veine le ciel, c’est le soir.

Les deux visuels qui parlent vraiment  sont ceux où le photographe et l'aquarelliste  ont réussi à rendre dans leur vision d'une pêcherie quelque chose qui existe vraiment dans la réalité. Il se passe alors quelque chose de magique puisque ces visions à leur tour entrent dans notre vision du littoral et de ses déclinaisons gustatives et liquides. Quant à Jean-Paul Barbier, entre Margaux et Saint-Julien, il me donne envie de goûter sa cuisine où le poisson tient toute sa place. Pour cela, il vous faut aller dans l'estuaire de la Gironde. Si vous êtes plutôt proche de l'estuaire de la Loire, allez plutôt à la Plaine sur Mer. Assis au restaurant Anne de Bretagne, vous aurez la mer devant vous au port de la Gravette, avec dans votre assiette une cuisine fine et inventive de Philippe Vétélé et dans votre verre un Fié, un cépage oublié du littoral, co-produit par Michéle Vétélé, sommelier et vigneronne. Choississez un jour de grand vent et vous verrez les vagues se casser sur la jetée. Rien que cette vision vous fera penser avec une grande tendresse à ces pêcheurs de pêcheries qui risquaient leur vie en cherchan le poisson pour nourrir leur famille.  

Et maintenant, faites le test. Enlevez la pêcherie ou ce qu'il en reste de la photo, du dessin ou de la peinture et regardez. Que voyez-vous? De l'eau et rien qui n'accroche le regard, retienne votre attention ou évoque une histoire. Vous vous dites alors qu'une pêcherie qui ne pêche plus est bien utile dans le paysage, plus qu'utile, absolument nécessaire pour prouver que le site a été choisi par l'homme d'antan, celui qui légitime le paysage que vous voyez. Il lui confère une identité sans pareil, à condition toutefois que la cohérence soit respectée et dans ce que vous voyez au bord  de  la mer et dans la publicité.

Pecherie-Carrelet-Fines-Bulles-Rosé-X-Noir-Saumur

Il faut toujours qu'il reste un lien entre les deux. Mettre une pêcherie sur l'étiquette d'un Saumur brut rosé interpelle. On se pose la question de savoir quel est le lien, la femme, le poisson...? Reste une photo intéressante, car on y voit bien une "vraie" pêcherie en bois, avec son toit de tôle, son carrelet bien déployé à marée basse et surtout soutenu par ses quatre petits poteaux particuliers, en attendant que la marée ait l'amabilité de le remplir de beaux et bons poissons. Ce doit être l'explication; ce Saumur rosé à bulles doit être fait plus spécialement pour la restauration littorale l'été à l'intention des vacanciers, avec un clin d'oeil de couleur rose pour les femmes. Oui?!        

Pour suivre le chemin

. Sur les pêcheries, voir d’abord http://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%AAcheriepuis affiner votre recherche par la pêche au carrelet http://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%AAche_au_carreletet ensuite par site. A vous de choisir!

. Pour les visuels, pour le Muscadet, voir « L’Esprit Muscadet(s), Vin du Val de Loire-Nantes, N°1,Vins de Loire  ainsi que le dossier de presse d’InterLoire, 02 47 60 55 24, pour les Vins du pays de la France, le livret du même nom « Fraicheur et Séduction » avec des aquarelles originale d’Yves Saint-Jean, - à qui j'adresse mes remerciements tout particuliers -, pour le Pineau des Charentes,   voir le Comité national des Charentes, à Cognac, 05 45 32 09 27,

. Pour la bonne photo de Michel Garnier d’une pêcherie au nord de Royan un jour de tempête,  voir http://www.michel-garnier.com/habitat  

. Restaurant « Le Lion d’Or », 33460 Arcins, Jean-Paul Barbier, 05 56 58 96 79, à découvrir en première approche sur  http://www.boiremanger.net/archives/2008/10/15/10945596.html, le sous-titre « A la hauteur d’un mythe », c’est tout dire.

. Restaurant Anne de Bretagne 163 Boulevard Tara, 44770, Plaine sur Mer, 44770 La Plaine sur Mer, 02 40 21 54 72,  www.annedebretagne.com 

. Photos Elisabeth Poulain, à retrouver dans l'album "Mer-Eau"  

Commenter cet article