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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le végétal en ville > La propreté, l'ordre, le changement > Le lien végétal

29 Janvier 2010, 12:40pm

Publié par Elisabeth Poulain

La ville végétale est devenue en peu d’années un des thèmes majeurs de l’urbanisme et du vivre ensemble qui se tricote avec l’économie et l’environnement pour former un tout, le Amsterdam, MJR chicdéveloppement durable.  Il existe plusieurs façons d’aborder la place et la façon de traiter le végétal. Mon choix aujourd’hui se porte sur la propreté, l’ordre et le changement.

 

La propreté

Culturellement, la propreté est au cœur de notre capacité à vivre ensemble. Elle est aussi un marqueur visuel très fort de l’ordre sociétal. On va ainsi la trouver en déclinaison dans tous les aspects de notre vie. A fréquenter des personnes d’autres cultures, à voyager, à lire, on constate que cette notion se décline de 1000 et 1 façons. Quant au végétal, il n’est souvent considéré en ville que dans sa plénitude, l’arbre et l’arbuste en massif occupant une place à part. Les fleurs sont arrachées dés la fin de la fin de la floraison et les feuilles mortes représentent une grosse charge de travail 

dans une ville pour nettoyer les rues. 

 

Une feuille tombée à terre, c’est un symbole de l’arrivée de l’automne. Des milliers causent un véritable problème qui nécessite le recours à de gros aspirateurs sur pneus difficiles à utiliser dans une vieille ville. Outre le risque important de chute,  le problème de propreté est immédiatement posé. Sur le domaine public, cela devient un problème sociétal. Une ville dont les trottoirs ne sont pas balayés est une ville sale. On sait également que le sale attire le sale. Des personnes, qui ne jetteraient jamais un papier au sol, le font sans souci dés lors que les feuilles ont déjà sali le trottoir et que ce sera balayé plus tard.

 

Entre le propre et le sale, il y a de multiples degrés qui dépendent d’une multitude de critères qui tiennent à la localisation, au métier, à la personne, à l’histoire, à la saison…. Dans de nombreuses villes de France, des quartiers entiers ont été ainsi refaits pour créer de nouveaux immeubles bien sûr mais aussi pour mettre fin à un état d’insalubrité jugé grave. Un autre mot pour désigner une saleté si profonde que la société ne peut accepter parce qu’elle cause un trouble profond à l’image et plus encore un doute face Bruxelles-Ixelles, Venise suite 2au fonctionnement de la ville.

 

Le trouble et l’ordre

Sous cette double notion de propreté-saleté se cache une autre notion sociétale essentielle qui est l’ordre menacé par le trouble induit par le doute. Pour dire qu’un trottoir nouvellement refait avec des délimitations pour les arbres et les arbustes donne un bel aspect, un côté fini à une rue, on dit en Anjou mais dans d’autres régions de France aussi, que « c’est propre » pour dire que c’est ordonné. Les choses sont calées, chacune à sa place, l’ordre étant le garant du ciment social et le végétal apportant la touche verte, comme une cerise sur le gâteau ou le bouquet de fleurs sur une table, le pot de géranium au bas des marches. Porter atteinte à l’ordre est difficilement concevable car on ne sait réellement pas comment y répondre. Dans cette optique, le changement annoncé et/ou obligé devient anxiogène car il modifie l’ordre. Appliquée au végétal, cette notion de propreté-ordre-changement va se révéler très riche au niveau culturel et sociétal.

 

La saisonnalité

Elle est déjà en soi un changement annoncé et connu. Chaque saison a sa typicité comme on le dit du vin.

. L’hiver est le temps de la dormance le moment le plus calme pour les jardiniers de la ville.

. Le printemps est un moment joyeux et lourd en travail, il faut regarnir en terre, mettre en terre des milliers de plantes en pot, nettoyer toujours.

. L’été est le moment radieux. Des milliers de fleurs, de légumes et de plantes explosent de vitalité et de joie. L’arrosage est au maximum.

. L’automne arrive avec ses couleurs rouilles, jaune d’or, orange. C’est la fête au chrysanthème. Amsterdam, Port sur Java EilandC’est aussi un moment très délicat car c’est le moment où la nature fait surgir à nouveau sa nature végétale. Les arbres à feuilles caduques perdent leurs feuilles.

 

De très belle, la nature en ville bascule et montre à nouveau sa facette végétale. Elle provoque la chute des feuilles sur les trottoirs, les chaussées, salit les rues, cause des accidents. Elle cause le trouble et secoue l’ordre de la ville parce que son ordre à elle ne peut pas s’y adapter.  

 

 

 L’ancrage territorial du végétal en ville

Mais toujours le végétal est choisi, sélectionné, maîtrisé dans un cadre donné, à un moment fixé, à un endroit particulier par les services en charge des jardins. Ce point physique de l’implantation territoriale est particulièrement important. Il a une importance stratégique car il est porteur de sens pour la collectivité. Prévoir un bac à plantes près d’une statue qui honore les soldats des deux dernières guerres que nous avons connues est évidemment un hommage. Mettre des fleurs prés d’un Office du Tourisme, d’une église ou d’une fontaine aussi : c’est un signe de bienvenue en des lieux porteurs de sens. Non seulement le lieu est prévu mais la démarcation entre le trottoir et la bande végétalisée est bien délimitée. Tous les éléments sont codifiés pour garantir la propreté d’abord et l’ordre des choses, au rang desquelles il faut citer la distinction majeure en France de la séparation entre le domaine public et le domaine privé.    

 

Le changement

Posons comme première certitude que le changement est au cœur de nos vies et de nos sociétés. Tout change, partout, tout le temps, pour tous, mais pas de la même façon. Ce changement s’accentue actuellement très fortement en raison du développement durable mis en œuvre dans notre région dans le cadre de l’Agenda 21. Il va se traduire de plusieurs façons à différents niveaux :

. l’arrêt ou la quasi-suppression des polluants de l’air, de l’eau et de la terre par les services municipaux pour préserver l’environnement ;

. le recours à des variétés végétales non employées jusqu’alors pour verdir la ville, en empêchant la venue des mauvaises herbes et en utilisant Angers ouest, MJR sur rocherle minimum d’eau : des essais très prometteurs sont ainsi faits à Angers avec le sedum ;

. la réflexion menée pour limiter l’entretien en sélectionnant dés le départ des plantes peu gourmandes en temps de travail, adaptées au climat et résistantes aux maladies, à la pollution des voitures et au passage des personnes;

. l’élargissement de la gamme des plantes choisie pour ouvrir l’œil et élargir la palette de nos sensations végétales, tout en cherchant à compenser la plantation de plants onéreux avec des variétés moins chères (cas de certaines graminées) ;

. la recherche d’un nouvel équilibre entre les  trois dimensions humaines, minérales et végétales qui doivent cohabiter ensemble sans se fondre. 

La cohabitation ou le nouvel entre-trois

Cette recherche d'un nouvel équilibre apporte des innovations riches et porteuses de sens. Pour cela il faut partir de la frontière entre le domaine public et le domaine privé. Elle est  beaucoup plus poreuse qu’elle n’y paraît. La puissance publique garante de l’ordre public intervient dans le domaine privé en édictant des règles. Au nombre toujours croissant des règlements qui guident nos vies, une des plus fameuses est de balayer devant sa porte, au sens propre comme au sens figuré. Ce qui veut dire que l’habitant, le commerçant et l’entrepreneur doivent prendre un vrai balai pour effectuer un acte important qui est de s’assurer de la propreté du trottoir devant chez soi. De cette façon, l’ordre de la rue sera assuré.  La personne physique, autre que la personne publique, est un acteur réel de la rue.  

La valeur symbolique du pot de géranium

Il n’y a qu’un pot de géranium à poser sur la marche de l’entrée de la maison qui s’ouvre sur la rue pour franchir réellement un pas très important qui consisteEpiré 2 à faire un lien charmant grâce aux fleurs colorées ou aux feuilles odorantes de géranium  entre les trois dimensions

-        humaine  avec l’habitant, le voisin, le marcheur, le conducteur ou voyageur d’un transport en commun,

-        minérale avec le trottoir, le mur de la maison, de l’immeuble, du magasin, la rue

-        végétale avec le pot de fleur posée à terre, qui cligne de l’oeil à ceux des balcons ou des rebords de fenêtres. 

Le mini-jardin de rue

Une plante en pot nécessite des soins fréquents car la capacité de rétention d’eau est limitée. Il faut en plus ajouter de l’engrais parce que le système racinaire n’a pas la capacité de trouver les éléments nutritifs  dans le peu de terre. Très vite un-e jardinier-e pense à planter le géranium qu’on ne voit que l’été ou une plante pérenne dans la terre. C’est parfois possible, sans difficulté parce qu’il n’y a pas de bitume sur le trottoir. On passe ainsi très vite au mini-jardin de rue, qui est un espace planté sur le domaine public par l’habitant, le commerçant et l’entrepreneur, sans qu’aucun signe de séparation annonce la présence du végétal. Il n’y a plus de frontière matériellement tracée entre l’espace marché et l’espace planté, même si les deux espaces ne se confondent pas au sol. 

 

Les réactions à l’absence de frontière et à cet entre-trois

Elles sont intéressantes. Elles provoquent

. l’étonnement : Comment est-il possible de jardiner dans la rue ? Ca se fait où ? C’est à la ville de faire ça. Et si les gens n’entretiennent pas, ça va être sale.     

. l’indifférence : Pourquoi pas mais pas pour moi. Aucun intérêt. Je ne sais pas jardiner. M’en fiche.

. le rejet : Pas question, je paie assez d’impôts. Ca fait désordre. Le trottoir n’est pas fait pour ça. Pas pour les hommes, c’est une affaire de nanas, ce truc là.

. l’intérêt : Ca me rappelle mes vacances en Bretagne et en Alsace. J’ai vu des gens faire ça, ça me donne envie. Je ne savais pas qu’on pouvait…          

 
La cause et l’impact de ces mini-jardins de rue

Ces MJR sont un signe sociétal de la volonté individuelle de Angers ouest, MJR entrée de ruejouer ensemble à nouveau un rôle actif dans sa vie, sa ville, son quartier, à l’instar de l’image du village telle qu’elle est véhiculée dans notre imaginaire. Il existe des multiples niveaux d’engagement dans les affaires publiques; celui des mini-jardins représente le niveau le plus modeste, au raz des paquerettes et des graminées qui se ressèment spontanément pour peu qu’on n’y mette aucun herbicide et qu’on laisse quelques herbes où les graines vont pouvoir attendre de germer d’une année à une autre, sans parler de celles qui vont être déposées par les oiseaux. Ouf!     

 

Cette façon citoyenne de dire bonjour et de souhaiter la bienvenue à ceux qui passent, à ceux qui habitent et à soi-même est une jolie façon de tisser la tresse du lien humain, avec celles du minéral et du végétal. Elle est issue du changement véhiculé par l’air du temps et elle est porteuse en elle-même de nouveaux changements sur la propreté et l’ordre. Une courbe sur un trottoir rectiligne, au pied d’un mur rectiligne peut être une nouvelle façon de faire un mini-Amsterdam, centre historique,paysage de rue, sans causer ni saleté, ni trouble. C’est peut être une façon d’annoncer un peu de beauté, de créativité, d’humour et de douceur dans un monde de brutes !    

   

Pour suivre le chemin du lien végétal

Ce billet est une rapide synthèse d’un grand nombre d’échanges que j’ai pu avoir ces dernières années et tout particulièrement ces derniers mois sur ce thème du lien végétal avec des voisins, habitants plus éloignés, passants, touristes, jardiniers de toutes sortes, historiens des jardins, techniciens des services des parcs et jardins, urbanistes, paysagistes, artistes, une chercheur sur le végétal tout récemment… en France bien sûr, en Belgique et aux Pays-Bas. 
. Photos EP: 1/Amsterdam (Pays-Bas), 2/Ixelles-Bruxelles (Belgique), 3/Amsterdam, 4/Angers-Belle-Beille (France), 5/Epiré-Savennières (France), 6/Angers-Meignanne, 7/Amsterdam
. Autres photos de mini-jardins à voir dans l'album photo "Mini-Jardins de Rue".  

 

 

 

     

 

 

 

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