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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le voile de velours de Vaux-le-Vicomte > Ode à la douceur de l'orange

8 Juillet 2012, 14:16pm

Publié par Elisabeth Poulain

Croyez-moi. J’ai beaucoup cherché pour trouver un titre à ce billet. Je suis partie de Vaux-le-Vicomte, le nom de la petite ville de Seine et Marne qui compte deux mots commençant par V, avec un « le » pour faire le lien. Il n’y en a pas tant que cela, des noms pareils. C’est d’autant plus vrai qu’au cours de sa vie mouvementée, Vaux a compté je ne sais combien d’appellations complémentaires, selon ses différents propriétaires. On a ainsi connu dans l’histoire un Vaux-Le Villars, un Vaux-Praslin….Mais ça, c’était après la grande, très grande et très brève histoire de ce château fabuleux.  Mais rien qui ne vaille le vrai Vaux le Vicomte, le pluriel de val qui est un vicomte. C’est franchement compliqué. Imaginez-vous en train d’apprendre le français ; c’est dur à comprendre, surtout quand on vous dit que la langue de Molière est à la fois précise et logique.

Vaux-le-Vicomte-Vue-sur-le-Jardin01 

L’endroit s’appelait déjà Vaux le Vicomte quand Nicolas Fouquet, qui n’était pas encore le surintendant des Finances du roi Louis XIV, a acheté en 1641 le vieux château qui y était construit pour le détruire peu après. Le nouveau château qu’il fit construire en huit ans seulement à partir de 1653  au même endroit  allait causer sa perte l’année même de son ouverture (1661). Pour en faire l’endroit le plus beau de la terre, Il avait fait appel à Le Vau comme architecte, Le Brun comme décorateur et Le Nôtre comme  concepteur du jardin, comme dans le Vicomte, sauf que là, le prend la majuscule du nom de famille. Il n’y a que Vatel, son grand agenceur des plaisirs de la bouche et des fêtes, à qui il manque un « Le » pour faire partie du trio de rêve LeVau-LeBrun-LeNotre. Par contre, plus tard, François Vatel fut attaché aux services du Prince de Condé et on l'appela "le Grand Vatel".  

Le château de Nicolas Fouquet. Il a enfin trouvé la stabilité inhérente à l’image d’un château créé pour marquer la réussite d’un homme et défier les vicissitudes du temps qui passe, comme Versailles créé par et pour Louis XIV et qui continue à être un monument unique de l’art de célébrer la réussite d’un homme, d’une famille, d’une culture, d’un âge d’or, d’un royaume… En fait c’est le château de Vaux le Vicomte de Nicolas Fouquet qui, en grande partie, a inspiré Louis XIV et Versailles. C’est aussi lui qui a causé la perte de son fondateur qui avait osé réussir avant le jeune roi de 23 ans à l’époque un tel prodige architectural. Susciter la jalousie d’un roi est toujours déconseillé, à toutes les époques. La fête du 17 aout 1661 faut à la fois le summum de la gloire de Nicolas Fouquet et le début de sa descente aux enfers. L’équilibre se rompît ce soir- là. Après le feu d’artifices, le roi Louis XIV refusa de dormir à Vaux. C’en était fini de la grande histoire de Vaux le Vicomte et de l'ascension du comte de Fouquet.   

Fouquet-1615-1680-GravureR-Nanteuil                                     

Il fallut attendre la seconde moitié du XIXe siècle, en 1875,  pour qu’un riche industriel du raffinage  de la betterave sucrière, Alfred Sommier, prenne enfin le domaine de 1 000 hectares en charge avant que le château ne tourne en ruines.  Il y avait outre le château et son parc, les dépendances ainsi que trois fermes dont les productions alimentaient les habitants du château.  

Il y avait aussi des orangers protégés du froid l’hiver, comme à Versailles plus tard, qui donnaient des vraies oranges, ces fruits d’or que regretta Nicolas Fouquet qui termina sa vie en prison.  Il y termina sa vie en 1680 dans des conditions obscures  après 19 ans d’incarcération au château-fort - alors français - de Pignerol (près de Turin en Italie), avec ces mots repris dans ses écrits adressés à sa femme : « Je songe parfois à écrire mes mémoires. Au fond à quoi bon. L’histoire d’une vanité et d’un naufrage, ça ne vaut pas l’encre pour l’écrire. J’adorais le raffinement de mon château, les gracieuses arabesques de mes parterres (…). Je ne reverrai jamais mes orangers. » Vous remarquez dans ce court extrait, que le prisonnier regrettait ses jardins et pas l’intérieur pourtant si raffiné, si luxueux…

Vaux-le-Vicomte Chateau-Jardins-2005-Thomas-Henz-Sadeness-W 

L’intérieur du château. L’histoire a retenu de nombreuses informations sur l’agencement, la décoration et l’ameublement du château lui-même. On en sait également beaucoup par les prélèvements effectués par Louis XIV qui, dès l’arrestation de son ministre des finances, s’est servi en premier et a choisi ce qui lui plaisait. Parmi les  trésors volés, osons le mot, il y eut les fameux orangers en caisse et des arbrisseaux par milliers à destination de Versailles et des Tuileries. Il y eut aussi des cessions obligées pour permettre à la famille un entretien minimal, après que fut réalisé une vente aux enchères pour payer les créanciers du Surintendant. Le Brun ne put emporter « les objets d'art de son appartement » avant de partir précipitamment.  Le Nôtre sut garder avec lui les plans du jardin et Nicolas Vatel inquiet pour sa sécurité s’enfuit en Angleterre. Notons que tous, à l’exception de celui qu’on appela « Le Grand Vatel », mirent ensuite leurs compétences au service du « Grand Roi » à Versailles, pour en faire « le plus bel endroit du monde ».  

Vaux, vidé  de ses richesses, fut ensuite échangé en contrepartie d’une somme de 1, 25 million de livres  à verser en 10 ans par l’épouse du Surintendant qui dut prendre en outre l’engagement de ne jamais revenir au château. Par contre leur fils aîné, Louis-Nicolas, officier, comte de Vaux le Vicomte comme son père, put y retourner vivre. Une habile façon de continuer à punir l’homme à travers sa femme, sans toucher au lignage et au droit du sol, ce qui aurait à coup sûr irrité les grands de la noblesse. 

Vaux le Vicomte, Chateau, Rideau de velours orange 

La douceur de l’orange. J’ignore s’il existe de nouveau des orangers à Vaux le Vicomte. Je l’imagine mais je n’en suis pas sûre. Par contre, j’ai retrouvé l’orange. C’est la couleur d’un somptueux rideau de velours d’une intensité d’orange remarquable, éclairé par les fenêtres hautes du château, qui donnent sur le parc. Le rideau est fixé sur le mur. Il encadre une porte. Il est retenu par un cordon qui se termine par un gland de couleur orangée plus claire, avec un drapé qui est en soi une œuvre d’art. Le jour de la visite, il faisait gris et venteux. Il y avait une harmonie parfaite entre la lumière froide attendrie par la couleur pastel du mur, la douceur et la lourdeur du drapé et la tonalité de l’orange.

Une si parfaite réussite, que cet orange-là, est pour moi, le symbole de Vaux-le-Vicomte. Un moment de grâce très fragile comme l’orange est la couleur de l’équilibre qui, chacun le sait, ne saurait durer que le temps d’un soupir ou d’une soirée comme celle du 17 août 1661 à Vaux-le-Vicomte. 10 ans plus tard, cette fois-ci au château de Chantilly peu éloigné de celui de Vaux-le-Vicomte, Le Grand Vatel se vit confier par le Prince de Condé le soin d’organiser une fête grandiose de trois jours et de trois nuits pour célébrer cette fois-ci la puissance du roi et non directement la sienne, au moins en apparence. C’était en 1671. La fête fut une réussite sans pareille. Le roi fut satisfait. Mais cette fois-ci, ce fut François Vatel qui n’y survécut pas. Il se suicida de trois coups d’épée parce qu’il ne put recevoir à temps la marée (le poisson) commandé. Encore un équilibre rompu…mais ce n'était plus à Vaux le Vicomte. Une autre histoire...  

Orange-Histoire et culture des orangers A Risso et A Poit    

Pour suivre le chemin et avant d’aller à Vaux le Vicomte

. Voir   http://www.vaux-le-vicomte.com/chateau_chronologie_texte.php 

. Lire aussi et surtout le remarquable dossier pédagogique de 84 pages mis en ligne sur le site du château  http://www.vaux-le-vicomte.com/documents/Dossierpedagogique2011.pdf

. A compléter avec l’article de Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A2teau_de_Vaux-le-Vicomt

. Lire le très bon billet que Serge Jodra consacre à Fouquet sur http://www.cosmovisions.com/Fouquet.htm avec cette citation de Sainte-Beuve sur Nicolas Fouquet: « il aime les lettres, les arts, les poètes, les femmes, les fleurs, les tableaux, les tapisseries, les livres, les antiques, tous les luxes et toutes les élégances : un de ses juges l'appelait omnium curiositatum explorator. C'est un délicat et un clairvoyant, qui choisit tout d'abord Molière et La Fontaine, Le Nôtre et Poussin, Puget, Lebrun et La Quintinie, avec Menneville et du Fouilloux ... »

. Retrouver  Vatel, le grand cuisinier de Vaux le Vicomte et de Chantilly, sur

http://www.lovapourrier.com/publications/7-gastronomie/184-la-creme-chantilly-vatel-fouquet-et-vaux-le-vicomte

. Voir la couleur orange sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Orange_(couleur)

 

 

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