En quelques mots...

Elisabeth Poulain
Elisabeth Poulain est docteur en droit et a longtemps exercé dans l'enseignement supérieur et la recherche sur les questions de commerce, de marketing et d'enjeux internationaux. Auteur de nombreux ouvrages, elle choisit de porter un regard analytique sur le système qui nous environne, en montrant les liens de connexion qui le sous-tendent.

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Vendredi 27 avril 2012 5 27 /04 /Avr /2012 11:41

Encore un titre bizarre. Et pourtant il n’est bizarre qu’en raison de mon désir d’être la plus précise possible tout en restant dans le cadre de la limitation des titres à 70 caractères imposée. Ce titre a également pourtant cet avantage d’attirer l’attention sur la problématique la plus large qui est celle de la rencontre entre le dedans et le dehors, qui a un caractère universel, mise en lumière par l’exemple des  Tulou (sans « s » au pluriel). Ce sont ces remarquables constructions fermées construites dans les régions montagneuses en Chine du Sud-Est, qui  sont inscrites sur la liste des trésors dignes de figurer dans le Patrimoine de l’Humanité  depuis 2008.

Tulou-Snail pit Wikipdia-Gisling

Le concept du clan inscrit dans un cercle construit, fermé sur l’extérieur. Ces constructions sont uniques au monde. Elles fascinent parce qu’elles montrent visuellement la capacité des Hakka, des Hans venus du Nord, de vivre ensemble en grand nombre dans des bâtiments fermés qui permettaient la survie dedans  et, dehors, la protection contre les dangers venant de l’extérieur. Mais l’extérieur fournissait aussi le grain nécessaire à la survie, car les hakkas étaient agriculteurs. En conséquence, les champs et les greniers étaient situés tout près des Tulou mais dehors. C’est la raison pour laquelle certains en parlent comme de fermes-forteresses, qui prendraient en vieillissant une peau d'éléphant.

Le mur du dehors. L’extérieur est massif. Composée d’un alliage de terre, de sable et de chaux, de la couleur de l’argile, avec des beiges clairs ou plus foncés, ce qui frappe c’est leur dimension massive. On dirait un mur d’enceinte d’un château-fort, à la différence que ce dernier était entouré d’eau pour mieux le protéger. Ici, ce n’est pas le cas. Bien souvent, les Tulou sont entourées d’un sentier pour pouvoir joindre les granges, les autres Tulou ou le village…Dans les installations les plus riches, des trottoirs étroits en pierre en hauteur, ceinturent le bâtiment. Au pied de ces sentiers de pierre, des rigoles permettent aux eaux usées et à l’eau de pluie de s’évacuer. Construites le plus souvent sur des coteaux en montagne, la déclivité naturelle facilite le mouvement.

Tulou-Yuchanglou-Yongding-700 ans-Wikipedia-Gisling 2007

La nature et la forme du Tulou. Une autre différence d’avec le château fort du Moyen-Age en France porte sur cette enceinte extérieure. Parler d’un mur même épais paraît incongru tant la nature de cet élément constitue en lui-même l’élément de force de l’ensemble. En effet l’intérieur va être quasiment saturé de constructions à ossature-bois qui se greffent dans l’épaisseur de l’enceinte, jusqu’à s’élever à 3 ou 4 étages. Les Tulou ont des formes variées. Si le cercle semble maintenant dominer, l’ovale est plus rare; quant au carré, il indique une date plus ancienne de construction. A les voir de loin, groupées par 5, avec la carrée au centre à Tsinluo Keng, on dirait des gros ceps évidés dont il ne resterait que le pied beige et une collerette marron foncée en haut du pied.  Le cercle, la forme parfaite par excellence, est particulièrement en harmonie, surtout en montagne, comme c’est le cas dans cette partie du Fujian.

Le règne du bois. C’est lui  qui permet de monter les étages les uns sur les autres, parfois avec des escaliers protégés de la pluie mais visibles de l’autre côté du dedans ou parfois simplement des échelles pour les Tulou moins richement travaillées, pour aller jusqu’en haut. C’est grâce à ce  matériau abondant en montagne que la légèreté de l’ensemble a pu être assurée. A l’exception des poutres porteuses et de soutènement, les galeries des étages sont ouvertes. Les rambardes sont composées de barres rondes posées de façon espacée  pour laisser l’air circuler. On voit quelques vitres  dans les étages. Tous les accès aux habitations se font par ces galeries ouvertes sur l’extérieur. 

Tulou-Yuchanglou interior-Wikipedia-Gisling

La protection au dedans. A l’intérieur de ces constructions imbriquées, se trouvent les familles de paysans, protégés à plus d’un titre, avec une seule porte d’entrée à surveiller, l’absence de fenêtres sur l’extérieur en rez-de-chaussée et au premier étage et l’habitation en hauteur au deuxième, troisième étage, voir  au quatrième étage pour les plus grandes Tulou. Dans le passé, les animaux, la cuisine et les aliments courants de vie, avec la vaisselle, restaient fort logiquement au rez-de-chaussée. Maintenant reste en rez-de-chaussée, la cuisine, avec bien souvent la cuisinière à l’extérieur, au moins l’été et la lessive grâce à l’eau courante présente à l’extérieur. C’est la raison pour laquelle on voit tant de bassines et de seaux dans le passage circulaire.

Le partage vertical de l’espace familial.C’est une des particularités remarquables de ces Tulou, qui découlent de la fonctionnalité attribuée à chaque niveau. Chaque îlot de vie compte 3 niveaux le plus souvent, 4 parfois pour les plus grandes Tulou. Chaque famille  vit selon ses besoins, selon les heures et les mois de l’année au rez-de-chaussée et au premier étage pour la nourriture et la vie courante, où l’on voit les nombreux paniers en paille, en osier, accrochés le long du mur ou du balcon. Au second et au troisième, sèchent les vêtements. C’est là aussi que l’on dort, là où on est le plus en sécurité.

Tulou en rénovation-Earth building interior-Wikipedia-Gisl

La recherche du plus grand ratio utilisable-surface au sol. A l’intérieur, dans la partie centrale de la cour intérieure, des petites maisons ont été construites les unes serrées contre les autres de façon à former un anneau, entouré d’une sente circulaire pour les séparer des autres anneaux et de sentes transversales pour circuler. En cas de besoin d’agrandissement, ces petites constructions dans la cour se voient dotées d’étages.   

Des galeries extérieures communes des étages supérieurs, on a vu sur les toits de tuile  des constructions en anneaux posées au sol, avec un petit passage pour circuler de l’un à l’autre et emprunter la porte d’entrée.  Au final, le seul espace commun est constitué par la porte unique et ces couloirs de circulation au sol et sur les balcons. 

Actuellement, les Tulou toujours habitées. Les plus anciennes datent  du XVIIe siècle, même si les recherches historiques ont montré que ce type de construction était déjà présent au XVe siècle. Les plus petites accueillent une centaine de personnes, les plus grandes jusqu’à 800. Une autre particularité porte sur la continuité de l’occupation par une même famille, le record étant de 21 générations. Ces bâtiments ont été construits par des particuliers argentés dont on a conservé le nom. Au XXe siècle, la tradition a perduré sous des formes nouvelles puisque ce sont des émigrés ayant réussi dans leur nouvelle vie qui ont envoyé de l’argent pour qu’une Tulou soit construite à leur nom.

Les Hakka et leurs particularités culturelles. A la recherche de terres où s’établir, ces migrants sont  venus du Nord de la Chine pour s’implanter là où la terre pourrait les accueillir. Dans cette région du Sud-Est, les conditions climatiques et la richesse du sol leur ont permis d’y cultiver à partir du XVIIe siècle du thé et du tabac, des productions à forte valeur ajoutées, prises en charge essentiellement par les femmes, comme il est de règle à la campagne mais aussi parce que les hommes partaient chercher du travail au loin dans l’Administration et l’Armée.

Tulou-Chuxi Tulou Cluster Gisling Wikipedia

Cette très forte implication des femmes. C’est une des autres particularités des Hakka vivant dans les Tulou,  qu’en l’absence des hommes, les femmes ont ressenti la nécessité de se regrouper ensemble au plus près pour gagner en synergie, grâce à l’entraide, la proximité et la rationalisation de l’habitat et du travail. Les Tulou ne sont pas seulement beaux, puissants, étonnants, étranges…Ils répondent à une profonde logique humaine et terrienne de protection et de développement. C’est du design à l’échelle d’une forteresse de terre. On ne peut s'empêcher de penser aux Migrants partant dans le Grand-Ouest aux Etats-Unis qui recomposaient le cercle protecteur à chaque halte, à l'instar de ce que faisaient les Indiens en déplacement .

Les Hakka sont connus dans le monde pour leur frugalité, leur ardeur au travail et leur capacité à partir. Ils représentent dans le monde une communauté forte de 90 à 100 millions de personnes en Chine, à Taiwan, à Singapour… à Tahiti et à la Réunion. On comprend alors aussi pourquoi la Chine a voulu valoriser ces sites particulièrement remarquables en présentant ce dossier des Tulou à L’UNESCO. 

Le Patrimoine de l’Humanité de L’UNESCO. S’il ne fallait retenir qu’une seule chose de  cet organisme mondial dépendant de l’ONU, dont le siège est à Paris, c’est la création en 1972 de ce concept de Patrimoine mondial de l’Humanité et l’adhésion de tous les Etats à cette idée tout à fait anglo-saxonne dans sa logique : répertorier les sites naturels, les sites culturels et mixtes. C’est une façon de préserver  le beau, le merveilleux, l’étonnant, l’émouvant, le fragile, l’unique… par ceux qui y vivent et/ou qui ont la charge de ce capital matériel ou immatériel, rassemblés sous le  terme très valorisant pour les Français de « Patrimoine ». C’est en effet Prosper Mérimée au XIXe siècle , qui a le premier commencé à établir un inventaire du patrimoine. Il est devenu Inspecteur général des Monuments historiques en 1834.  

Pour suivre le chemin

. Le patrimoine mondial    à voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrimoine_mondial

. La fiche très complète sur les Tulou établie par l’UNESCO sur http://whc.unesco.org/fr/list/1113

. Les Tulou sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Tulou

. Un reportage récent sur les Tulou de Tianluo Keng sur Marie-Claire Maison, avec de belles photos de Vincent Leroux/Temps Machine 

. Une carte des principaux sites de Tulou sur http://www.whatsonxiamen.com/infobank_images/9016rive.JPG

. Quelques informations sur  Jimmy Choo  http://fr.wikipedia.org/wiki/Jimmy_Choo

. Sur Prosper Mérimée, Ier Inspecteur des Monuments historiques, voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Prosper_M%C3%A9rim%C3%A9e

. Photos Wikipedia, avec mes remerciements à Gisling, l’auteur des photos prises en 2007

 

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Interculturel
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