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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Les Paysages du Vin > La Mer, la Vague, le Vent & le Vin Blanc

16 Janvier 2014, 18:37pm

Publié par Elisabeth Poulain

 La mer. Elle  n’est pas spontanément associée au vin quand on se place du côté du vigneron. Celui-ci aura plutôt tendance à parler de lui, de son chai, de ses vignes, du château proche…Ce n’est que lorsqu’on raisonne en termes de stratégie de vente dans une démarche de négociant que la situation change. Cette fois-ci,  l’univers de la  mer devient un bon argument de vente, surtout quand il s’agit de promouvoir des vins blancs. C’est ce qu’on peut constater en particulier dans le monde des Muscadet les plus orientés-mer des vins de Loire, mais pas seulement eux.   

La vague. Elle se présente sous différents aspect. Citons les petites vaguelettes « de rien du tout » qui font friser la surface de l’eau, sans même aller jusqu’à provoquer des « moutons » sur la mer, un animal peu utilisé dans l’imaginaire. Elle peut aussi  impressionner par sa force et ses dimensions. C’est le cas quand le vent souffle lors des tempêtes. 

Le vent. Il y a ceux qui décoiffent, qui font se courber ceux qui ont l’audace de l’affronter en face à face au bord de la mer, qui transpercent les multiples couches de vêtements empilées les unes sur les autres des marins sur l’eau, qui se jettent sauvagement sur le phare imprudent qui ose se trouver sur leur chemin.  Apaisé, il est aussi capable de jouer la douceur gentille qui gonfle les voiles des voiliers, juste ce qu’il faut, ni trop ni trop peu. Citons aussi  le vent qui suffit à faire frisotter la surface de l’eau.

Voici trois exemples bien différents de vin blanc qui utilisent la vague comme support de communication au début du passage au 3è millénaire.

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Bleu, un Muscadet de l’an 2000. Pour fêter le passage du millénaire, qui a suscité tant d’attente de la part de la filière « Vins », les négociants avaient mis l’accent sur l’habillage de la bouteille en commençant par innover au niveau de la bouteille elle-même ». Celle-ci de couleur bleue, comme le précise de façon amusante le nom de ce Muscadet générique, a un format inhabituel de 1,5 litre exprimé curieusement en millilitres. Peut-être est-ce un jeu entre 2000 et 1500 ?

L’étiquette bleue métallisée avec ses impressions dorées et blanches se  veut qualitative.  Trois éléments ressortent en or, à savoir le nom Bleu, le millésime 2000,  les voiles gonflées par le vent qui pousse le bateau dont l’étrave coupe une vague.

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« Vague de Blanc » est un « vin désaltérant » (2003) qui porte le nom  d’ « Indomptable Sauvignon par Lacheteau ». La bouteille est d’un bleu soutenu. Elle porte une étiquette séparée en trois éléments empilés les uns sur les autres. Le premier de couleur bleu foncé  est dédié à un dessin de trois vagues blanches frémissantes. Le second de couleur blanche indique le cépage, son qualificatif et la signature du vin à la mode anglo-saxonne. Le troisième enfin cite en blanc sur fond bleu « Vague de Blanc, Vin désaltérant.»  Ce vin de pays du Comté Tolosan est le troisième d’une série de trois blancs « par Lacheteau », qui sont Flamme de Blanc, un vin puissant & Terre de Blanc, un vin de terroir. ».  

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Lighthouse, le phare. C’est un dessin d’une grande finesse d’Eric Cremers ( ?) 1999, qui a été choisie pour ce Muscadet A. C. Light, Dry & Fruity (2004) visiblement destiné au marché anglo-saxon par Jean Beauquin, une marque de négociant de la Chapelle-Heulin en Loire-Atlantique. La vague se brise en deux sur le phare ; l’écume est soulevée jusqu’à plus de la moitié de sa hauteur. Le rayon lumineux, qui se trouve au-dessus de l’étiquette dans le O agrandi de LIGHTHOUSE, projette son faisceau vers la gauche du phare.

C’est le contraste entre la violence de la vague, la finesse du dessin, la qualité de l’ensemble de l’étiquette et la douceur de la couleur bleu ciel du verre de la bouteille bordelaise haute et droite qui retient l’attention, surtout quand il s’agit de jouer du contraste entre ce Muscadet léger, sec et fruité et la puissance du phare qui continue à fonctionner malgré la tempête. 

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L’impression finale.                                                                                                                          . Muscadet Bleu en grande bouteille bleue ne joue pas vraiment l’effet vent qui gonfle les voiles du navire qui passe sur la vague que l’on devine mais sans en avoir fait l’élément central au cœur de cette étiquette trop chargée. L’encart en blanc affecté à MUSCADET ne coupe pas seulement l’étiquette en deux, elle coupe le souffle…                                                                                                                           

. Vague de Blanc, Indomptable Sauvignon a peut-être été  une réussite en matière de communication, mais… à trop vouloir marketer Vague, à le faire entrer dans une case marketing, entre Flamme et Terre, grand est le  risque de perdre de vue le vin, la mer et le vent. Il me semble que c’est le cas ici. L’habillage est maîtrisé, réussi  et pourtant, cela ne semble pas adapté au marché français.

. Pour moi, c’est visiblement Lighthouse qui l’emporte grâce à la qualité de ce dessin signé et à la volonté de décliner l’idée du phare associée à la vague jusqu’au bout. Une preuve en est la composition en trois parties de l’étiquette. En haut  dans l’élément supérieur sur fond noir, voici le rayon lumineux couleur or. Au milieu, le dessin du phare avec la vague, cette vague que l’on retrouve dans le découpé inférieur en forme de vague du corps central de l’étiquette ainsi que dans le haut de la troisième composante de cette étiquette. C’est elle qui donne le nom du vin, Muscadet A. C. (pour appellation contrôlée).

Reste un dernier point à citer pour faire le lien avec l’introduction. Qu’il soit vin de négociant ou vin de vigneron, rien de tel que de de déguster un bon vin, bien au chaud devant le feu qui brûle dans la cheminée, quand dehors le vent souffle en tempête sur les côtes, éclaboussées par les grandes vagues…

Pour suivre le chemin

. Un des objectifs de ce billet est de montrer comment les courants artistiques d’où qu’ils viennent, d’une façon ou d’une autre, seront associés aux paysages du vin qui résultent des habillages de la bouteille de vin. Un des prochains  billets portera sur la Grande Vague d'Hokuzai.  

. Photos Elisabeth Poulain

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