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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Les petites maisons des Ardoisiers d'Angers Trélazé

19 Juillet 2011, 17:01pm

Publié par Elisabeth Poulain

Un ardoisier est un homme qui travaille l’ardoise. C’est le terme le plus général que j’ai trouvé pour désigner tous ceux et toutes celles qui sous terre ou dessus ont occupé les postes nécessaires à l’extraction de l’ardoise, la découpe des blocs d’ardoises et au formatage des fines feuilles aux dimensions voulues. Une précision tout de suite : j’emploie volontairement des mots généralistes et pas les mots techniques utilisés  dans les différentes professions.

Ardoisier, Tue-Vent et Cabane de pierre

Ces ardoisiers faisaient un travail dangereux et difficile. La pierre n’a jamais été tendre aux mains des miséreux. Avec l’ardoise, il fallait aussi se protéger les jambes avec des jambières de paille et les pieds avec des sabots. Les Ardoisières (avec une majuscule) ne visaient certainement pas les ouvrières  qui travaillaient en surface à des postes dédaignées par les hommes, mais l'entreprise et par extension le site englobant les carrières à ciel ouvert à Angers, Avrillé (Ouest d'Angers) et Trélazé (est d'Angers). Ces sites étaient connus dés le XIIè siècle. Le creusement du lit de la rivière du Brionneau à l'Ouest pour extraire l’ardoise a ainsi servi en partie à construire le château d’Angers proche du site. 

 Ardoisiers, Tue-vents, débitage des blocs

L’extraction  à ciel ouvert,  qui se développa industriellement au XIXè siècle à Trélazé, attira la main d’œuvre venant de la région et de Bretagne en particulier. On appelait ceux qui descendaient dans les mines les ouvriers "d'à-bas", et les fendeurs qui travaillaient en surface, les ouvriers "d'à-haut". Les conditions de travail étaient si dures que certains ont qualifié les « A-Bas » de sous-prolétariat, qui, en plus des dangers d’ensevelissement ou de chutes de blocs, étaient atteint de « schistose » souvent à partir de 50 ans (la silicose provoquée par la respiration des poussières d’ardoise). C’est la raison pour laquelle il fallait à la direction des Ardoisières recourir à « l’immigration bretonne » pour trouver des ouvriers acceptant les conditions de travail. 

 

Les petites maisons désignent plusieurs types d’installation, d’abord des abris - la tue-vent et la cabane - et la petite maison à habiter.

Ardoisier, Tue-Vent, Rondissage ou taille de l'ardoise

Les abris de travail

Les fendeurs qui travaillaient en surface n’avaient aucun endroit pour s’abriter du vent froid l’hiver et de la pluie. Il leur fallait se protéger grâce à des « tue-vent » en paillis de roseau assemblés et posés sur une ossature de bois. Ces structures très légères étaient montées par eux et payées par eux du fait de leurs conditions de rémunération. Ils étaient en effet obligés d’acheter les blocs d’ardoise, la hottée*, et n’étaient payés qu’ensuite aux 1 000 ardoises fabriquées. C’est pourquoi certains fendeurs n’hésitaient pas à faire venir leur femme ou sœur pour les aider.

 

Outre ces tue-vent, les ouvriers assemblaient aussi à leur moment creux des cabanes en pierre faites avec les débris d’ardoise résultant de la taille aux dimensions dictées par les Ardoisières d’Angers. Les murs ainsi édifiés tenaient par leur seul poids, les pierres étaient simplement posées les unes sur les autres. En guise de toiture légère, des tue-vent étaient fixés.  Un effet de pente était donné afin de ne pas avoir à se pencher pour entrer et sortir et pour laisser couleur l’eau. 

Ardoisier, Cité ouvrière de Saint-Lézin, Trélazé

Les petites maisons

On n’a pas vraiment gardé trace des premières maisons qui ont abrité les premières générations d’ouvriers. Par contre, la décision fut prise en 1865 d’édifier des cités ouvrières afin de fixer les ouvriers et leur famille. Citons la plus ancienne, la cité Saint-Lezin, celle de Bel-Air construites en bande. Chaque maison de la première avait une porte et une fenêtre sur la rue et un jardin sur l’arrière. La seconde marquait un réel progrès car elle était plus spacieuse et disposait d’un meilleur confort. 

Ardoisier, Cité ouvrière de Saint-Lézin, Trélazé, Plan

Un témoignage

Il a été recueilli par Fabienne Trélat (voir ci-dessous) auprès de François Illias, fendeur et fils de breton venu de Saint-Hernin en Bretagne trouver du travail à Trélazé dans la mine après la guerre de 1914-1918. Il y rencontra une bretonne qu’il épousa. Les gens du coin appelaient les étrangers comme ces Bretons « ‘les Pigrolliers’ du nom d’un oiseau qui va faire son nid chez les autres ». Pendant quatre ans, de 1934 à 1937, ils vécurent à cinq, les deux parents et leurs trois enfants, dans cette seule pièce sans eau, ni électricité. « Sur les buttes (à Trélazé), on était plus au calme que dans le quartier d’Angers d’où nous venions. La vie, là-bas, c’était du Zola. On  a eu ensuite une maison de trois pièces, avec une cuisine et deux chambres et le gaz toujours à Trélazé. C’était quand même mieux. » 

 

Ardoise, Carrières, Parc des Carrières; AngersSeule Trélazé a gardé la mémoire de son passé ouvrier. A Angers, il reste le nom d’un parc, celui des Carrières, où l'on peut encore voir les traces des encoches faites par les carriers pour détacher les blocs de la paroi. A Avrillé, des étangs souvent profonds témoignent à leurs façons de ce passé pas si lointain.

Pour suivre le chemin

. Voir « Au pays de l’or bleu, Les ardoisières », Fabienne Trélat, pour avoir une vue plus complète de la dimension technique et historique de la longue histoire de l’ardoise et de ceux qui y travaillèrent.

. Une étude très fournie dans «  Images du Patrimoine, Ardoisières, Pays de Loire », du Ministère de la Culture et de la Communication, 1988

. A consulter sur le site de Persee quelques pages de Jacques Jeanneau sur l’habitat des travailleurs de l’ardoise sur http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/noroi_0029-182x_1969_num_63_1_1658

Jacques Jeanneau, Maisons rurales et maisons ouvrières dans la banlieue d’Angers Norois Année

1969 Volume 63 Numéro 63 pp. 423-432

. Voir la série des Petites Maisons sur ce blog

Les petites maisons > Won Seoung Won > Photographe > Corée     

Les petites maisons > La vogue des "Empilables"     

Les petites maisons > L'entre-deux > Entre cabine et cabane de plage     

Les Petites Maisons de la Cour > La Cour des Petites Maisons > Angers > Doutre     

Les petites maisons > La valse des conteneurs > Du transport à L'habitat     

Les ultimes petites maisons des cimetières      

Les petites maisons > Van Lieshout > La méduse jaune-bleue > Nantes      

PM comme les petites maisons de vigne (04)        

. Photos avec mes remerciements aux auteurs, EP pour les traces 

 

 

 

 

 

 

 

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