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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Les petites maisons > La station service seule dans la nuit

23 Juin 2010, 11:14am

Publié par Elisabeth Poulain

Une photo de Philippe Moussa

C’est une photo qui m’a tapée dans l’œil. Je l’ai découverte sur le blog du photographe Philippe Moussa, qui m’a autorisée à la reproduire. Il a une forte sensibilité à la photographie de nuit, expressionniste et minimaliste, qui se recentre sur l’essentiel. Celle-là est à mon sens très particulière.

 

Station service Philmous-sur-la-route1

 

La théâtralisation

Avec cette représentation d’une station service, comme si on était au théâtre, l’auteur a réussi a capté une véritable magie un peu glacée. La composition est à la fois très symétrique et à la fois décalée. Nulle fantaisie ne ressort de cette architecture réduite à une dalle et un toit porté par 6 poteaux, placés deux par deux au tiers de part et d’autre du toit. On retrouve la volonté de symétrie avec les bornes de distribution d’essence et de fuel.  

La lumière et la couleur

Sa blancheur éclairée de l’intérieur forme un halo qui fait ressortir la ligne des formes et le rouge de Total. La partie droite de la photo, prise comme si on sortait de station, met en valeur les lampadaires d’éclairage, la lune en haut dans le ciel noir et la rondeur de la réserve de gaz. La partie gauche de la photo  est à peine esquissée : on devine que c'est l'entrée à voir l'arrière dles panneaux d’accès et les rails de protection pour accéder à la station.  

L’ordre et la netteté

Il faut que tout soit ordonné pour que l’automobiliste puisse prendre de l’essence dans les conditions optimales de délivrance. L’étonnant est la solitude qui se dégage, une solitude assortie de politesse et de netteté. Nulle  fantaisie n’est visiblement admise, ni recommandée. Nulle zone d’ombre ne peut s’infiltrer quelque part. Tout doit visible pour ce qui est à voir ou caché pour ce doit l’être. Il s’agit des réservoirs, des tuyaux… et de la présence humaine du service.  

L’automatisation

Elle est au cœur de ce concept de station service, tourné vers le client. Elle a pour conséquence de chasser toute influence humaine lors du remplissage du réservoir. Il y a certainement un autre bâtiment proche où se tient l’équipe en charge de la station. Mais on ne la voit pas et son importance est quand même seconde par rapport à la distribution d’essence.  

L’absence de dimension culturelle territoriale

Où sommes-nous ? La photo de la station service ne le dit pas. On pourrait être dans une quelconque des 21 régions de France ou de l’Union européenne. Le bâtiment serait le même.  C’est une des conséquences de cette automatisation de notre société toujours fascinée par la liberté et la puissance que donne la voiture. Ce type d’architecture où tout est conçu par la société dirigeante au profit de la marque, Total en l’occurrence, est implantable tel quel dans n’importe quel pays du monde.   

La culture Total

L’architecture et  le design Total ont chassé toute référence à l’ancrage territorial par l'homme pour y substituer l’ancrage de la marque.  

Pour suivre le chemin

. La station service se trouve quelque part entre Nantes (44) et Angers (49) France.  

. Retrouver les photos de Philippe Moussa dans un de ses blogs

http://angersblog.net/

. Lire sur ce thème des 'petites maisons' quelques billets déjà parus sur ce blog

Deux abris de pêcheurs dans l’Ile de Béhuard en Loire (49), France

En Australie, une petite maison de pêcheur sur le lac

Le Bull rue Chef de Ville à Angers

Une île en Loire, bleu sur bleu sur vert, loin de la ville

 

Commenter cet article

Philmouss 24/06/2010 15:16



Merci pour cet analyse Elisabeth, cette photo c'était vraiment un "instant décisif", je passais par là, et il m'a fallut 2 secondes pour me décider à la faire et 5 secondes pour la faire. Mais ce
sont ces espèces d'évidence: là il faut que je m'arrête et que je prenne cette photo! En fait à une période de ma vie je passais beaucoup de temps sur les autoroutes et à me perdre dans des zones
industrielles ou commerciales. Le vide qu'on éprouve dans ces endroits fait affleurer la subjectivité. Il n'y a que soi et cet espace étrange, désolé, déshumanisé, un lieu d'intense passage où
tout à coup je me retrouve tout seul. J'aime bien l'idée de retraduire cette sensation indépendemment de toute recherche esthétique. En quelque sorte il s'agit de témoigner du vécu de l'humain
qui se perd dans les espaces crées et désertés par l'humain.



Elisabeth 24/06/2010 17:50



Oui, c'est tout à fait ce que j'ai ressenti, cette discordance entre le design poussé jusqu'à lesthétisme et l'absence humaine, dans le noir/blanc de la nuit qui crée un autre univers. Elle est
vraiment belle, cette photo! Bravo l' artiste!