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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Les trois Pins devant les trois Montagnes, Une Aquarelle chinoise

4 Novembre 2013, 16:41pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une aquarelle, signée JdeB,  si légère qu’elle ressemble à un songe d’hiverquand le temps est au gris poudré par le froid qui s’annonce dans la montagne. Les verts-gris des branches des pins sont à la fois sombres, surtout pour le premier et plus léger au fur et à mesure que le regard s’éloigne. Quant au brun-gris de leur tronc, il se simplifie avec l’âge. Les teintes « couleur d’eau » des parois des montagnes deviennent de plus légères au fur et à mesure qu’elles s’éloignent. Elles sont comme enveloppées dans une brume légère, si légère qu’elle a envahi le ciel dans le fond. Il est devenu blanc couleur du froid de l’hiver qui fige tout. 

Les pins se déclinent par trois, avec le plus grand, le plus beau, le plus vieux aussi par devant, le moyen au milieu vers la gauche et le plus jeune sur le bord. La préséance si importante en Chine est ainsi respectée et la composition s’en trouve dynamisée par une ligne de fuite qui file vers la gauche en descendant.   

Les trois pins devant les trois monts 1, Aquarelle JDB 

Les trois montagnes sont comme peintes de dessous, à travers les branches des pins. Cette fois-ci, c’est la montagne la plus jeune que l’on voit en premier. Elle surgit comme un cône presque parfait entre les deux premiers arbres. En arrière, chacun des deux plus grands pins a sa propre montagne, presque dans l’alignement haut du n° 1 légèrement vers le centre, plus en arrière pour le n° 2, la première avec une pente très équilibrée des deux côtés, la seconde tout à fait irrégulière, sans vraiment de sommet.

Quant au troisième arbre, il n’a pas encore de montagne arrière attitrée comme marraine protectrice. Il est en devenir. Il n’est pas encore admis dans la cour des Grands. Il lui faudra faire ses preuves et savoir être patient pour devenir à son tour un symbole de longévité, de robustesse et de vieillesse.

Ce sont trois pins, avec trois montagnes en arrière-plan, qui ont toutes quelque chose à dire. Elles nous conduisent vers le lointain, dans le haut de l’aquarelle par une série de plans séquences différents qui ajoutent de la profondeur à ce paysage de montagne. Il y a en outre un élément naturel que l’on ne voit pas et qui est pourtant présent. C’est l’eau, qui est essentiel de la vie. Elle est aussi celle de cette technique picturale chinoise, dite de l’aquarelle mouillée peinte, avec des pinceaux de bambou sur un papier enduit de beaucoup d’eau, qui est coloré par très peu de pigments, qui donne ce rendu si léger qui change avec la lumière.  Les trois pins, les trois monts 2, aquarelle JDB

On se souvient alors de la légende qui veut qu’un pin naisse de la fracture du rocher de la montagne. Il va ensuite vivre 3 000 ans, si les dieux tutélaires de la pierre lui sont favorables, pour redevenir pierre qui, à son tour, engendrera un autre pin qui pourra grandir s’il peut avoir un peu d’eau, si nécessaire à la graine pour prendre vie et à l’artiste pour peindre. Mais il y a encore plus que cela, comme le précise celle qui a réalisé cette aquarelle :

« Essayer d’évoquer cette atmosphère si particulière à la Chine traditionnelle ancienne est source de sérénité. Les Lettrés, les Poètes et les Sages aimaient à se retirer dans de tels lieux, devant de tels paysages de montagne, nimbés de brume dans le lointain, pour méditer loin de l’agitation du monde … à la recherche de la sagesse. » C'est toujours vrai maintenant. 

Pour suivre le chemin

. Consulter "La Chine ancienne"  dans la collection "Les Grandes Epoques de l'Homme" , par Edward H. Schafer, professeur à Berkeley, Université de Californie, et les Rédacteurs des Editions Time and Life. Lire plus spécialement, dans la partie 5 sur "La conception de l'Univers", le chapitre dédié à " Un espace bien composé" qui traite en particulier de l'art de l'effet de profondeur et de celui de hauteur, ainsi que celui dédié à "La poésie des paysages" avec deux photos remarquables d'"effets brume en montagne",  l'un sur le Lac Li-Hou (page 151) et l'autre sur une "Chaîne des Montagnes, Côté Sud" en pages 162-163.   

. Pour la technique chinoise de l’aquarelle mouillée, voir  http://www.nordeclair.fr/Actualite/2012/02/23/l-aquarelle-chinoise-ou-l-art-d-apprivoi.shtml

. Sur la symbolique du pin -et du bambou- en Chine, lire l’extrait de « L’Imaginaire et la symbolique dans la Chine ancienne » de Maurice Louis Tournier, l’Harmattan, 1991  http://books.google.fr/books?id=cBZkjzTS-bIC&pg=PA246&lpg=PA246&dq=Le+pin,+dans+le+Symbolisme+de+Chine&source=bl&ots=TlCn94-OeM&sig=MLo-w0f9cnliUj5fA6JYPfdOsn0&hl=fr&sa=X&ei=NA51Us3aNbSg0wXFwIHgAw&ved=0CFEQ6AEwBQ#v=onepage&q=Le%20pin%2C%20dans%20le%20Symbolisme%20de%20Chine&f=false  

. Photos Elisabeth Poulain, sous deux éclairages différents, à voir dans l'album "Art & Co".

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