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Le Blog d'Elisabeth Poulain

M comme Man, comme Masque > Pablo Gargallo, le Petit Masque, 1911

10 Août 2014, 15:39pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une jolie histoire. Elle commence pour moi dans Wikipedia lorsque je cherchais à en savoir plus sur un sculpteur nommé Pablo Gargallo (1881-1934), un artiste espagnol originaire de l’Aragon, au très beau visage. Il fut l’ami de Pablo Picasso d’abord à Barcelone puis ensuite à Paris où tous deux continuèrent à être proches.    

Le sculpteur. Il est surtout connu pour son travail du métal, en cherchant toujours à aller plus loin. Plus loin au sens du dépouillement, quand il n’y a plus rien à enlever d’une façon qui n’avait jusqu’alors jamais été tentée et réussie. Dans le monde de l’art, on pense à tort que tout a toujours été déjà fait. Comme Pablo-le peintre, Pablo-le sculpteur a su vraiment avancer en faisant autrement, tout en étant beaucoup moins connu. Au crédit du sculpteur, il y  a d’abord des réussites telles qu’elles ne peuvent plus être imitées. Ou des approches qui n’avaient pas été jusqu’alors tentées.

Pablo Gargallo, Le petit masque, 1911

« Le petit masque » de 1911. Il appartient à la première des deux catégories. « Tout est bon chez lui, il n’y a rien à jeter » en paraphrasant le refrain de la chanson de Brassens (« Tout est bon chez elle, il n’y a rien à jeter »). Sa forme triangulaire, pointue vers le bas, est adoucie par plusieurs courbes  pour le haut, des mèches de cheveux courts frisotés pour finir le haut qui forment autant de courbes enroulées sur elles-mêmes, au-dessus des ovales formés par les yeux et des sourcils qui se rejoignent au-dessus du nez.  

La structure elle-même est constituée par  trois lignes. Les deux horizontales d’abord. Elles sont formées par la ligne des yeux et puis par celle de la bouche très fine, réunies par les lignes verticales saillantes du nez qui vont s’évasant pour se terminer en triangle, au-dessus des lèvres. L’arcature des sourcils, qui se transforme en nez, est une forme parfaite qui annonce l'ouverture des narines.

Le désordre est apporté par la frise des cheveux qui arrondissent le haut du masque vers l’avant. Ces boucles, qui donnent le volume et le souffle de la vie, adoucissent la  maitrise de la forme. A ces boucles presque enfantines répond le petit bombé du menton tout en bas. L’entièreté du masque est tendue à cette exception qui permet de finir presque en douceur ce menton si pointu.

Les trois visions du petit masque. Il y a d’abord celle qui apparaît dans le cliché pris dans l’  atelier du sculpteur, au 45 rue Blomet à Paris 15è, derrière lui. Il y a ensuite le cliché qui apparait dans la revue et enfin celui qui a été choisi parmi  les trois œuvres  pour figurer sur la couverture du magazine. A chaque fois le rendu est différent, à cause des yeux en particulier.

. Sur l’établi derrière l’artiste, le petit masque est vraiment chez lui, dans son environnement, seul en majesté sur son tour. Il a une place très privilégiée; c’est l’œuvre finie qui est la plus proche de Pablo Gargallo assis lui en train de travailler. L’amusant est que les deux personnages, Pablo et le petit masque, présentent leur même profil, l’un regardant vers le bas et l’autre vers le haut.

 . Le cliché de l’intérieur de la revue. Il est pris presque de face, pas tout à fait de façon à décaler légèrement l’ombre du nez vers la droite pour ne pas cacher de trop la bouche. Ce qui frappe, ce sont clairement le blanc des yeux, plus blanc que n’est le fond légèrement gris-bleuté, ce qui signifie soit que la couleur a été  retravaillée, soit que le trou a été occulté avec du papier blanc pour ne pas troubler la prise de vue. La différence de teinte agace un peu le regard.  

. Le cliché de la couverture jaune. Le masque cette fois-ci apparaît sur un fond jaune, une couleur vraisemblablement choisie pour dynamiser la couverture. La prise de vue semble la même, seule l’ombre du côté droit parait plus forte. La tige qui tient le masque a été enlevée. Cette fois-ci, la couleur du fond est peu forte, un peu de trop car elle occulte l’aspect métal rouillé du cliché de l’intérieur. Ces yeux jaunes dérangent.

Restent à retrouver les yeux du petit masque dans l’atelier. Il me semblerait bien qu’il avait de 'vrais yeux', autant que ce fut possible, sans ces vides. D’où la force de ce masque. Une autre explication est également possible. L’artiste aurait pu faire plusieurs versions du masque ; celui que l’on voit dans l’atelier n’apparait pas si petit que cela. En l’absence de dimensions, il est difficile de se prononcer.             

  Pour suivre le chemin  

. Voir le portrait attachant et détaillé que trace wikipedia de cet artiste espagnol, avec des photos qui ont  dû être mises en ligne sur le site par des héritiers du sculpteur.  http://fr.wikipedia.org/wiki/Pablo_Gargallo

. La revue (13.10.1965) paraissait « tous les mercredis ». Son nom « Chefs d’œuvre de l’Art », une co-production Hachette de Paris et Fratelli Fabri Editori de Milan, n° 135. Cette revue fait partie de ma collection "Emmaüs", ce qui veut dire que je l'ai achetée dans un centre Emmaüs - second hand store - à cause justement de ce   masque si expressif, qui figurait sur la couverture.

. Sur Brassens et sa chanson, voir  http://www.brassens-cahierdechanson.fr/OEUVRES/CHANSONS/jeter.html avec les paroles du refrain de « Rien à jeter » « Tout est bon chez elle,  y a rien jeter,  Sur l'île déserte, il faut tout emporter. »

. Photo de l’atelier de l’artiste sur wikipedia. Il est difficile de vous la montrer: elle est interdite de reproduction, une rareté sur wikipedia. Une suggestion aux héritiers, qu'ils mettent aussi, svp, un cliché du "Petit Masque" et pas seulement celui du "Masque à la mèche"pour que les gens puissent le voir sur fond blanc, ce jaune change forcément les choses. D'avance, mille remerciements.

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