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Le Blog d'Elisabeth Poulain

MAP > Marcher Angers Penser > Traverser > Partager par la Parole

9 Octobre 2013, 17:04pm

Publié par Elisabeth Poulain

Rappel, MAP d’abord. C’est l’acronyme de Marcher Angers Penser. Une jolie façon de jouer avec les mots, personne n’ayant oublié que map signifie « carte » en anglais. Ca tombait bien car il s’est agi de marcher en cette fin de première semaine d’octobre 2013, après avoir écouté la veille des chercheurs et une consultante cogiter devant nous sur la marche en ville. Nous sommes partis marcher, nous, les écoutants de la veille qui sommes aussi des marcheurs, avec parfois aussi selon les groupes des universitaires de la veille.  

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Le samedi après-midi  du jour suivant, a été dédié à la pratique urbaine selon cinq marches suivis de débats, chacune ayant sa typicité, en matière de paysage, de thématiques et de durée… Notre Marche, la n°4, avait pour nom « Traversée » à travers les quartiers. Je m’empresse de renommer notre expérience en « Traverser » pour faire ressortir la dimension active de ce partage de l’espace afin de percevoir les « variations d’ambiances urbaines » dans ce territoire nord-ouest de la ville en rive droite de la Maine.  

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« Traverser » a une connotation active. C’est bien ce que nous avons fait, pour nous tous, chacun à notre façon, dans un groupe qui a eu le plus souvent des allures de fils d’araignée tant nous nous sommes étirés comme si nous avions éprouvé le besoin d’assouplir nos muscles, comme tout bon marcheur le fait régulièrement.

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Traverser l’espace devrait s’écrire au pluriel tant les lieux par lesquels nous sommes passés ont été variés. Nous n’avons pas arrêtés. Nos semelles ont foulé des trottoirs de pierre blanche brillante, des allées faites tout spécialement à l’intention des promeneurs, sans même avoir l’idée de marcher sur la pelouse, des chemins divers, des petites rues avec des voitures dormantes avec nous marchant au milieu comme si c’était là notre place naturelle. Nous avons traversé des placettes avec des arbres, franchi une petite route avec de l’herbe, emprunté des sentiers de terre qui sentaient bon la motte humide et l’herbe foulée…

Nous avons aussi été troublés par la présence oppressante d’un tunnel d’un murs de schiste noir à ciel ouvert…senti la rapidité de la descente d’un escalier raide en béton neuf dur, pour tomber sur un mur de béton brut, avant de traverser un parc arboré ancien, celui du CHU, et déboucher à nouveau sur la brillance de la pierre blanche polie du Pont Confluence.

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 Notre pratique du « Traverser ». Elle s’est faite spontanément sans chercher ce que nous allions voir, faire, ni où, ni comment. Elle a donc gardé le goût et la saveur particulière de la découverte, pas seulement du chemin, mais d’abord des autres en miroir, pour le plaisir d’être ensemble, sans forcément exprimer ce plaisir. Certains par exemple n’ont parlé à aucun membre dans le groupe, en ne s’adressant qu’aux quelques très rares personnes rencontrées dans la rue.  

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Traverser a été pour nous une démarche de liberté sur un tracé conçu par l’AURA pour nous faire percevoir des ambiances différentes au cours de cette marche urbaine de 2 heures dans une succession de séquences ayant en commun d'être situées aux marges de la ville construite à différents moments de l'histoire .

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Traverser a d’abord été une rencontre, avec les autres membres du « groupe entre nous »  et avec les autres. Entre nous au début du parcours, nous avons parlé du plaisir de la marche, à sa façon, en ville ou dehors, avec chacun sa façon personnelle de dire ou de faire. Au-delà des mots, nous avons partagé d’abord des façons d’apprécier le paysage en créant de nous-même des temps d’arrêt pour mieux voir et sentir. Avec les autres, ceux qui ne faisaient pas partie du groupe, les contacts se sont d’abord établis par le regard, puis par des mots pour finir par les murs qui parlent eux aussi. 

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Traverser s’écrit donc au pluriel, forcément. Nous avons eu à certains moments des temps d’échanges qui se sont imposés d’eux-mêmes. Parmi les thèmes que nous avons évoqués, sans jamais cherché à théoriser, ni à globaliser : les lieux de marche, le plaisir de la découverte, la rencontre de l’imprévu, l’acceptation du hasard, de l’entre-deux pour certains, la présence de l’autre, la recherche de l’isolement pour être soi avec soi, ces moments si précieux qu’apporte la marche, le partage d’un espace commun, la fluidité aérienne de la ville française pour la marche comparée avec ce qui peut se passer au Brésil et en particulier à Sao Paulo, les normes de la définition des espaces au sol… Sur ce dernier point, le constat a été général : nous n’avons vu personne dans les aires de jeux, au point que certains se sont posé la question de savoir « où sont les gens ?»

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Traverser, c’est d’abord marcher. Pour certains, rien ne remplace la marche urbaine pour appréhender la ville, la faire sienne, en sentir les vibrations, les pulsions, le bourdonnement en forme de ronronnements des bruits de la ville en marche, qui jamais ne s’arrête…Pour d’autres, le lieu importe peu, c’est l’isolement qu’ils recherchent. Un soi tout seul au calme avec soi, un bon « isolement », toute autre chose que la solitude (imposée).  On a aussi comparé nos « légèretés » quand les pieds nous emportent, celle de la marche, celle du vélo…Nous avons aussi beaucoup interrogés les murs de schiste noir dans le quartier des Capucins en fin de parcours.

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Traverser, ce n’est en aucun cas l’affaire du seul marcheur. Si marcher est bien un acte premier de liberté, marcher ne doit pas créer de contraintes supplémentaires, en particulier à la terre qui nous accepte - ou pas -  et aux gens qui habitent là. Il y a des endroits qui se traversent sans pulsion particulière du sol qui nous porte, d’autres qui n’ont pas encore eu le temps d’apprendre à émettre à nouveau des vibrations, d'autres plus rares qui émettent des bruits discordants, avant à nouveau d'entendre d'autres bruits...

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Traverser, c’est sentir, ressentir les vibrations de ces lieux petits ou grands, ouverts, oubliés, en profond re-façonnage…, ceux qui portent les panneaux « chantier en cours, interdit de passer. » Dans certains cas, on ne perçoit que très faiblement ces vibrations ; elles viendront mais plus tard. Il faut accepter les effets du temps long d’ancrage, avec comme mesure étalon, l’arbre. C’est lui qui est le principal vecteur de l’ancrage dans la terre, le ciel, avec les pierres hier et aujourd’hui le béton des bâtiments. Dans d’autres cas, les vibrations sont fortes. Elles parlent. Elles racontent une histoire mais pas toujours triste d'ailleurs. Ce peut être par exemple l'histoire d'un sentier qui passait par là et jamais ne s'en est allé.  

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Traverser certains lieux plus sensibles, plus fragiles aussi, renvoie le marcheur à sa propre responsabilité individuelle dans la longue marche de la ville. Il faut être sensible à la couleur de la terre, là où en particulier elle est devenue jaune. Elle a pris la couleur de l’argile qui signe les grands chantiers où on enlève la bonne terre arable du dessus, celle qui portait les légumes du potager, les fleurs près des habitations, les jeux des enfants jouant dehors ensemble à un endroit qu’ils avaient choisi, qui portait aussi leurs immeubles de la Reconstruction. Ce sont des sols que j’appelle des terres-bulldozers.

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Traverser est aussi un jeu de miroir où voir les autres, c’est se voir soi, pour mieux se comprendre, percevoir la ville, sentir les mutations du temps, comprendre ou du moins essayer dans une position d’ouverture au monde…. Ce sont des rencontres non programmées dans une société qui aime à donner une place à chaque chose, pour faire « propre » et ordonné. C’est d’abord ce que certains ont perçu, cet espace au sol à fonctions codées, là pour les jeux de boules, là pour les enfants, là pour les voitures… un endroit clos de murs en bois pour les hélicoptères qui transportent des accidentés ou des malades au CHU…

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Traverser ces grands espaces des Hauts de Saint-Aubin, c’est s’apercevoir qu’il y a peu de banc et quand il y en a,  il est mis en scène pour structurer ou parler. Plus loin, à Verneau, il reste deux témoignages visuels au lieu sensible de rencontre entre démolition, réhabilitation et programmation à venir. Voici une table 1950-60 (?) à pique-nique avec deux bancs en béton repeint en jaune, avec une petite fleur peinte sur le côté, avec des bancs en bois par derrière. C’est aussi cette photo grande taille d’un homme debout, les bras en l'air, sur un immeuble restant, apposée tout en haut près du coin droit supérieur, un homme qui veille, un ballon au pied…

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Traverser un lieu sensible demande de la sensibilité d’approche. Il y faut de la douceur, une certaine lenteur, sans effet de groupe aussi. Heureusement nous n’avons pas eu l’allure de ces touristes débarquant d’un car, qui sortent, visitent et remontent dans le car quasiment dans l’ordre dans lequel ils étaient assis.

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Traverser, c'est découvrir le vieux potager; c'est un endroit proprement magique qui a été pour beaucoup dans la différenciation qui s'est faite dans le groupe entre ceux qui étaient partis devant et nous autres les marcheurs, fondus d'admiration devant ce lieu plein de tendresse avec une cabane, son appentis, un petit chat entre les deux, blanc cette fois-ci, ses mauvaises herbes et ses allées bien nettes du côté des plantations. Et cet endroit, comme oublié des années 50-60, est juste à la marge de l'endroit qui a subi les tensions. 

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Traverser, c’est savoir être léger, sans donner l’impression d’un groupe compact d’envahisseurs. Notre allure d’un ruban un peu indiscipliné  avec des trous a certainement permis d’atteindre cette symbiose légère dans le paysage urbain.   

Angers-Marcher-Penser-2013-Groupe-4-246 Traverser a été l’occasion pour Héloïse, une charmante petite fille de 5 ans, de créer son propre rôle dans le groupe de marcheurs. Elle a su apprécier nos rythmes de temps irréguliers. A nos arrêts pour cause d’échanges, elle dessinait ce qu’elle voyait, à commencer par le mignon chaton du début qui a marqué pour elle et pour nous le vrai début de la marche.  

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Traverser est  donc une histoire qui commence  par ce chaton visiblement orphelin. « Il était une fois un petit chat qui sortait de sa tanière creusée sous un bac en bois à plantes… » Il s’est réjoui de nous voir et nous aussi, car il a été signe de vie  dans cet espace planté d’arbres encore trop jeunes pour équilibrer par leur volume les immeubles cubes posés çà et là. Il s’en est fallu d’un rien qu’il fasse le chemin avec nous tant il se sentait seul.

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Traverser, c’est toujours rencontrer le temps, dans tous les sens. C’est là que nous avons notre première rencontre avec le temps, pas celui de la marche, mais celui de la ville, qui toujours nait, vit, se développe, meurt, renait, constamment, autrement, tout le temps. Ici, le temps d’installation est encore très récent, avec parfois des trouées dans le bâti pour ouvrir une fenêtre sur "un arbre d'avant". La terre qu’on ne voit pas sous le gazon sent toujours un peu le bulldozer des aménageurs. Le temps est encore suspendu ; les immeubles vus de l’extérieur prennent  lentement vie, surtout de l’autre côté de la rue à double voie par laquelle nous sommes arrivés en tram.

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Traverser le temps nous a accompagnés tout au long de la marche, avec tous les âges de la vie incarnés dans des personnes, que nous avons vus au cours de la marche : l’âge des différents membres des familles heureux d’être ensemble dehors à célébrer un très beau jour de fin d’été, l’âge de faire du vélo d’enfant, celui d’un jeune homme parlant dehors au téléphone près d’un immeuble promis à la démolition, des jeunes hommes que nous avons vus discuter guère plus loin sur un trottoir, avec les familles aux fenêtres en face, des hommes au travail faisant une pause sur l'herbe, plus loin une famille encore assise à la table d’un repas depuis longtemps fini pour le plaisir d’être dehors dans le jardin dans le quartier des Capucins…

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Traverser les étapes de la vie par les fonctionnalités des bâtiments. La liste  est plus courte car il ne s’agit plus de citer des personnes que nous avons vues et avec lesquels nous avons parlé mais des endroits fonctionnels avec des bâtiments que nous n'avons que devinés tant les murs sont hauts. Je cite, dans l’ordre de notre découverte, une maison de retraite avec des personnes âgées dont certaines ne sortent guère plus, avec en face, des bâtiments de congrégations religieuses accueillant autrefois des personnes en retrait dans la société religieuse et maintenant des personnes âgées, plus loin la maison mortuaire de l’hôpital pour ceux et celles qui ne sont plus et restent dans la mémoire, en passant par le  CHU qui prend en charge et soigne. Pour finir par le bâtiment en forme de vague douce de la maternité où on vient au monde sur cette rive droite de la Maine.   

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Traverser c’est aussi passer près d’un guéridon fleuri sur une terrasse au rez-de-chaussée tout près de la clôture en grillage. Il nous  dit cette volonté d’appropriation d’un espace où tout est neuf.  Avec en plus, une sorte d’invitation virtuelle pour le passant, en guise de bienvenue. Ou ces lions paisibles qui ornent les poteaux d’entrée d’une petite maison de la rue Yvette dans l’ancien quartier de Verneau, inclus maintenant dans les Hauts de Saint-Aubin. 

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Traverser permet de voir une dame sortir pour téléphoner à la table du jardin, avec son petit chien dehors, tous deux contents de nous voir passer. La dame a planté une vigne le long de son grillage de petite hauteur. On y voit deux belles grappes de raisins bien noirs. Plus loin, au premier étage, des personnes sur un balcon terminaient détendus un bon repas. Ils ont vue sur l’endroit le plus chaleureux, plein soleil, sur un bâtiment rond bas, qui fait l’objet d’un bel aménagement paysager, avec des plantes qui partent à l’assaut du grillage. Cet endroit si vivant est un parking à voitures, qui répond en clin d’œil à un autre parking à étages, quant à lui, tout en lignes verticales, droites, horizontales et obliques, situé à l’arrière de la Faculté de Droit. 

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Traverser, c’est marcher entre des voitures dormantes le long des trottoirs, avec une belle caravane des années 60 au début de la rue Yvette ou Yvonne, sans avoir vu une seule voiture roulante pendant notre parcours, avant de sortir par le CHU, devant le Pont Confluence. Nous avons rencontré une seule voiture dont le moteur était allumé. L’image qui reste dans la rétine est celle de ces voitures que l’on aperçoit dans ces deux grands parkings, un parking-tour-rectangulaire auprès de la Faculté de Droit et le parking rond bas qui sera bientôt, on l’espère, couvert d’une joyeuse et exubérante parure de verdure pour mettre un peu du désordre de la vie végétale là-haut sur le plateau.     

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 Plus loin aux Capucins, dans l’ilot des Chalets, une famille est restée à table à la terrasse, tant il fait faisait beau. Leur plaisir d’être ensemble dehors a aussi été notre plaisir de les prendre en photo. La demande des "chefs" des deux groupes, celui du début sur le balcon et celui-là, « On va passer où et quand  à la télévision ? » a provoqué des rires chez eux et chez nous. 

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Traverser c’est passer du penser au partage par la parole, avec des mots  pour le dire a été une décision spontanée adoptée par le groupe, dès l’entrée dans le tram.  C’est comme cela que notre histoire a commencé. Ce que nous n’avions pas prévu, c’est que nous allions continuer à parler avec « d’autres » que nous, le temps de partager une photo à prendre, un sourire, une blague, une tension aussi à l’endroit où la terre parle beaucoup. Avec parfois de très belles découvertes, comme cette allée piétonne, avec ces mini-jardins de rue très soignés mis en terre par les habitants pour leur plaisir et le nôtre.

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Traverser, c’est aussi parler avec les murs, penser à ceux qui sont derrière et ceux qui ne sont plus … en écoutant la polyphonie de la présence humaine, avec un constat. La ville est comme refermée sur elle-même avec des gens dedans, chez eux et très peu dehors sur l’espace commun pourtant à tous que l’on appelle l’espace public en France.  

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Traverser en marchant a aussi généré du plaisir, un terme bien impropre, trop utilisé, usé, qui relève de l’univers publicitaire. Et pourtant cela a été le cas tant il a fait beau et doux, avec cet avant-goût de l’automne quand chacun sent que l’été va bientôt finir. La lumière est douce, avec ce bleu de la Maine, la rivière qui traverse Angers,  légèrement voilé, à l’image du ciel orné de cumulo-nimbus…

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Traverser m’a tout spécialement permis de d’apprécier la richesse de la diversité végétale que nous avons pu rencontrer, avec en véritable phare d’ancrage inscrit dans la rétine ce fabuleux vieux potager si humain, où chaque motte de terre, chaque pied de plante ou petit buisson disent le plaisir d’être. Nous avons été trois à avoir peine à quitter cet endroit où Héloïse nous avait rejoint; elle n'a eu le temps de voir le petit chaton blanc près de la cabane.

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Traverser est notre histoire qui s’est poursuivie dans un passage où les murs règnent en roi. Regardez à droite, regardez à gauche ces murs de schiste noir  dont certains ont plus de 100 ans. Ils vous renvoient une impression étonnante: vous vous sentez prisonnier alors que c'est vous qui êtes dehors sur la voie publique. L'absence de voiture renforce cette force des murs qui nous oppressent. Et voila sans transition, la grue qui annonce les grands chantiers de la ville qui jamais ne s'endort. Nous arrivons au CHU, qui marque la fin de notre marche en rive droite avant de repasser le pont cette fois-ci pour rejoindre la rive gauche d'où nous sommes partis.  2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 299

Le tempo  s'accélère. Nous devons aller plus vite. La succession des séquences est forte. Arrive la descente par le CHU, par un mur assez raide qui nous fait "tomber" sur un mur de béton cette fois-ci. L'impression ressentie relève de "l'effet-béton" ou de "l'effet-canyon"; une sensation renforcée par la découverte sur notre côté droit de la façade évidée d'un des bâtiments anciens de l'hopital. On est dans le choc des temps. La ville n'attend pas. C'est le retour de la voiture, du passage dans les endroits prévus à cet effet...      

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Traverser la Maine a été un régal pour les yeux, comme si la rivière avait choisi de nous séduire encore plus que d’habitude. Nous avons été nombreux à nous arrêter pour prendre des photos de ces voiliers qui faisaient des  ronds dans l’eau à la parade pour le plaisir de nos yeux en amont du pont avec des kayaks blancs en aval qui posaient aussi pour nous.

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Traverser s’est fait sans passer par la rue traversière (elle est en rive gauche de la Maine et nous en rive droite) mais en empruntant beaucoup de chemin de traverse, qui comme chacun sait sont des raccourcis crées par les marcheurs pour gagner des pas inutiles, alors que nous les avons goûter pour le plaisir de découvrir la ville à la campagne, en sentant la terre, les odeurs fortes des plantes en cette saison...  

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Traverser n’a pas consisté non plus à toujours franchir des frontières visibles ou invisibles. Nous les avons longtemps longées, celles en particulier qui existent entre le dehors et le dedans. Quant à la Maine, elle est tout à la fois une frontière aquatique entre des rives bien différenciées, un marqueur identitaire de la ville d’Angers et le nouveau lieu de rassemblement de la ville.Traverser c'est faire sans cesse des boucles, avec sa tête, ses yeux, ses pieds.

Traverser, c'est toujours superposer du temps au temps.  C'est ce que traduisent ces photos qui mêlent volontairement le début de la marche avec les séquences qui ont suivi, car il y a toujours plusieurs temps en marchant en même temps. Un façon très humaine de donner du corps au temps. Avec pour finir une photo non pas d'un marcheur mais d'un cycliste qui passait le pont Confluence au moment où nous revenions cette fois-ci à pied à la faculté de Droit, juste pour le plaisir de voir arriver l'imprévu incarné par ce marcheur à vélo, un autre nous autrement!  

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. MAP Marcher Angers Penser est un atelier  qui s’est tenu à Angers les 4 et 5 octobre) 2013 à la Faculté de Droit. L’évènement a été co-produit par 

l’AURA  http://www.aurangevine.org/enjeux-et-debats/marcher-angers-penser/

la SPL-ARN,  la société publique locale d’Angers Rives Nouvelles, avec à sa tête Olivier Vaillant

et co-organisé par

Contrepoint-Projet urbain, Pascal Amphoux, quelques informations sur cet architecte-géographe de Lausanne (CH),  http://www.bazarurbain.com/actions/runninghami/

Bazar-Urbain (Nicolas Tixier)  http://www.bazarurbain.com/464/marcher-angers-penser/

. Le tracé plein de finesse et de surprises de « Traverser » a été l’œuvre de l’AURA (Agence d’Architecture et d’Urbanisme de la Région angevine. La durée  de 2 heures a été bien calculée pour tenir compte de nos nombreux arrêts…

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. Pascal Amphoux a été l’animateur de ces journées du 4 et du 5 octobre 2013 ; sur le net, on trouve  ses « Traversées de l’espace public » où le chercheur lausannois nous met en appétit avec son titre mais sans nous en dire beaucoup plus,  http://www.ma-ge.ch/sites/default/files/PA08012009.pdf

Il est également professeur à l’Ecole d’Architecture de Nantes, l’auteur de « Marcher la ville »  et membre de l’équipe Grether-Phytolab pour l’opération désormais appelée « Angers Rives Nouvelles » qui a donné son nom à la société publique locale.

. Ce billet est une opération conjointe du groupe dont j'ai été "l'écrivain public" et d'une blogueur qui s'appelle Elisabeth Poulain. Il n'est en aucun cas un compte-rendu officiel. Il traduit des éléments de paroles qui m'ont été transmises au cours de nos échanges et d'impressions que j'ai pu ressentir, avec une prédilection affirmée chez moi pour la ville végétale, l'arbre et les mini-jardins de rue...    

. Photos Elisabeth Poulain, à voir dans l’album « Map 2013, Marcher Angers Penser, Traverser »

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Claire 10/10/2013 21:40


C'est un superbe article avec d'excellentes photos. Cette promenade dans le temps et l'espace est très émouvante.

Elisabeth Poulain 11/10/2013 09:40



Je ne peux dire que mille mercis...