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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Marcel Hasquin > Peintre mystique de la Condition humaine

16 Février 2013, 18:55pm

Publié par Elisabeth Poulain

 Il est de ces hommes insaisissables, qu’il est impossible de cataloguer en le rangeant dans une catégorie. Une des meilleures preuves est que la difficulté que j’éprouve à trouver le titre de ce billet. Dans la plupart des cas, le titre s’impose de lui-même, je démarre dans l’écriture et c’est lancé. Il me faudra ensuite seulement retravailler en revenant sur des formulations à revoir, des ajouts ou des retraits à faire. Et le travail avancera normalement, plus ou moins vite. Ce sera parti. Avec Marcel Hasquin, ce scénario ne fonctionne pas. Il me faut donc faire autrement.

Marcel Hasquin, Villevêque sur Loir, France, 2012

En commençant par vous dire que Marcel Hasquin  est un homme compliqué, plus que compliqué et que jamais vous ne pouvez décrire ses créations comme vous le feriez pour d’autres. Chez lui, tout est plus que pluriel, sans que jamais vous puissiez le réduire  en binaire. Dire par exemple qu’il est Belge, né à Denée-Maredsous, près d’une abbaye bénédictine récente (1860), qu’il  vit en France, non loin d’une autre petite ville de Denée, cette fois-ci en Anjou, serait trop simple. Il faut tout de suite donner une autre clé de lecture, qui est son attachement à l’Eglise, avec un grand E. Pour faire de lui-même le lien, le peintre a réalisé deux œuvres spécialement pour l’église de Denée (Anjou) d’où sa femme est originaire. Et c’est à partir de l'Anjou qu’il a trouvé son abbaye de rattachement, celle de Mortain en Normandie à 40kms du Mont Saint-Michel, toujours régi par l’Abbaye qui porte son nom. 

Attaché aux lieux, une grande partie de sa vie consiste à partir rencontrer des autres  avec lesquels il va échanger sur la réalité de la condition humaine, dans sa grandeur spirituelle, tout  en montrant des représentations corporelles de femmes, d’hommes ou d’enfants qui n’ont plus que l’essentiel, l’essence de la vie, que  sont les étincelles d’humanité, le regard, les bras qui protègent… C’est une facette de ses créations graphiques, une facette qui fait qu’on le décrit comme un peintre de  la souffrance, ce qui serait réducteur. Car il y a d’autres facettes dans ses créations.

Marcel Hasquin, Villevêque sur Loir, France, 2012

Revenons à « ses terres d’ancrage ».  La Belgique, il y expose à Liège comme il le fait en France, mais aussi ailleurs. Quand il parle de lui, sur son site, il commence par dire où il a exposé. En Belgique et en France, en Autriche, dans les pays du Sud au Portugal, en Espagne, en Italie, à Monaco et aux Etats-Unis et au Canada…Quand il séjourne en Anjou, il va à la rencontre des autres, pour mettre en place des communautés de partage de la connaissance et de la formation, avec comme lien, la peinture. C’est ce qu’il a fait au Village d’Artistes à Rablay-sur-Layon avec un atelier de peinture et dernièrement à Saint-Georges sur Layon avec La Flamme, une association culturelle, pour créer une autre association appelée « Révélation ». 

 Mortain-Abbaye Blanche Wikisource

Outre ces attaches, pour créer, il lui faut au moins deux ateliers dans lesquels il se puisse se sentir chez lui. Il y a le sien en Anjou à Saint-Georges sur Layon entre Doué la Fontaine et Angers et un autre, une résidence à l’Abbaye Blanche de Mortain, une initiative de Frère Didier avec lequel l’artiste  a noué beaucoup de liens. L’abbaye cistercienne, placée sous les ordres de moniales, a été fondée en 1120. Elle est située hors la ville en hauteur dans un site remarquable, entourée d'une forêt profonde, avec une cascade proche toujours en eau qui fait le bonheur des photographes. La solitude de la retraite dans un lieu d’une grande beauté et qui a été aussi un lieu de grande souffrance pendant la dernière guerre,  dédié à la méditation et au dialogue, voilà l'endroit choisi par Marcel Hasquin. Pour la grande exposition de Mortain, il a ainsi conçu pas moins de 130 œuvres à tonalité blanche, dont il a présenté une grande partie juste à côté de l’abbaye dans un grand hangar, mais sans vouloir paraître lui-même.

  Mortain-Abbaye-Vue-aérienne-Wikipedia 

La richesse de la terre, avec la pierre, l'arbre, l'eau... la chaleur de l'abri, la folie des hommes  et  sa vision du don vont se traduire aussi chez Marcel Hasquin par la couleur. C’est même plus que cela, la couleur va lui permettre de créer autrement. D’ailleurs de lui-même, il distingue son œuvre graphique de son œuvre peint. Regardez son site. Que fait l’artiste pour faire ressortir la couleur ? Il utilise le noir et des couleurs très foncées qui entourent ce qu’il veut mettre en valeur, avec une volonté forte de mise en scène. Quand il témoigne de sa foi, il choisit très souvent le bleu, qui est la couleur spirituelle par excellence, avec du jaune orangée pour figurer la lumière intérieure. Pour sa condition humaine, il a beaucoup utilisé les couleurs du blanc, avec parfois aussi le rouge qui s’empare de toute la toile pour  figurer l'homme sur fond bleu. Avec parfois, fait rarissime, des hommes qui sourient, comme sur cette pièce faite à Mortain pour l'exposition de 2007.

  Mortain-Abbaye-Exposition-Marcel-Hasquin-2007-7    

Sa dernière exposition en terre angevine a eu lieu au mois de juillet 2012 à Villevêque-sur-Loir dans un lieu bien nommé puisque le village a été créé en 1025 sous le nom de la Villa de l’Evêque. Le château (l'ancienne villa) ensuite est devenu la résidence de ces nobles personnages qu’ont été les évêques d’Angers. De cette petite ville d’un peu moins de 3 000 habitants à une quinzaine de kilomètres au nord d’Angers, on connait aussi son église et son moulin. L’église et le presbytère, construits au XIe siècle, n’ont cessé d’être remaniés tout au long de leur vie. Ils sont classés Monuments historiques. C’est de l’autre côté de l’église, par rapport à la rue, dans un petit bâtiment bas à côté du presbytère que Marcel Hasquin a exposé ses œuvres récentes. La dimension petite de la salle, au plafond bas, convient très bien à ce qu’il a fait. Ses « pièces », comme il les appelle, vous enserrent sur les quatre côtés de la salle de cette longère. Au fond, à gauche en entrant, le peintre a placé à la place d’honneur sa trilogie consacrée à la condition humaine, la femme à l’enfant dans les bras au milieu.

Marcel-Hasquin-Condition-humaine-1

Ces trois pièces constituent certainement parmi les réalisations les plus abouties du grand technicien qu’est aussi Marcel Hasquin, graphiste et coloriste. Il trace ses lignes à la peinture noire avec un bâton enduit de peinture, un calame, en travaillant debout avec la toile par terre à plat. A chaque fois qu’il est obligé de recharger « son bâton » comme il l’appelle, un amas de peinture non volontaire et impossible à maîtriser se fait sur la toile.

Marcel Hasquin, Condition humaine, détail, Villevêque sur Loir,

C’est plus qu'une technique, presque un jeu qu’il pratique depuis des années. Il en accepte le côté aléatoire qui donne une intensité profonde, impossible à obtenir autrement. Lui, qui a vu sa vie commencer à 7 ans en gagnant un concours de dessin organisé par les Sœurs  chez qui il suivait sa scolarité à Denée en Belgique. Il a pressenti à ce moment qu’on pouvait faire quelque chose, soi, avec ses mains, des choses que les autres ne pouvaient pas faire. Pour donner vie à sa composition, le peintre explique dans une vidéo qu’il a choisi un jaune qui vibre en relation avec le gris dont joue le coloriste.

Marcel Hasquin, Villevêque sur Loir, France, 2012

Mais il y a plus. Créer est pour lui un long chemin qui n’avance que si on sait se dépasser. Il y a maintenant dans ses nouvelles « pièces » une intensité nouvelle, qui allie la maitrise du dessin, de la peinture fine, de la couleur totalement intégrée. Les titres donnent déjà le ton, "Le pentacle de la raison, Parade nuptiale, Innocence perdue, Le papillon de l’aurore"…Où l’on retrouve le goût de l’homme pour l’imbrication, la forme ronde, l’enveloppement… mais cette fois-ci avec quelque chose de totalement nouveau, présenté comme quelque chose de beau dans une étrangeté forte qui se situe entre le fantastique et l’onirique et sans la peur qui accompagne ses précédentes «Conditions humaines» dont Marcel Hasquin explique qu’elles sont une façon de montrer « la Chute » de l’Homme dans une société  déshumanisée! Il faut préciser que l’interview est centrée sur la Condition humaine et non sur les nouvelles réalisations.

Marcel Hasquin, Villevêque sur Loir, France, 2012

Pour suivre le chemin

. Villevêque sur Loir  http://fr.wikipedia.org/wiki/Villev%C3%AAque

. Voir la vidéo de l’interview du peintre parlant de sa pièce « la Condition humaine »http://www.youtube.com/watch?v=vikiKKysmGU   

 . 35 de ses oeuvres sur Facebook   http://www.facebook.com/photo.php?fbid=112904042100097&set=a.112903595433475.10550.112896132100888&type=3&theater

. Denée, Belgique http://www.denee.be/?Den%E9e:Histoire:Cartes_postales

. L’abbaye bénédictine (1872) est à Maredsous, un hameau de Denée en Belgique http://tourisme.maredsous.be/maredsous/le-centre-daccueil/

. Voir l’abbaye de Mortain sur http://www.wikimanche.fr/Abbaye_Blanche_(Mortain)et ses rochers classés http://www.donnees.basse-normandie.developpement-durable.gouv.fr/pdf/SITES/50003f.pdf

Mortain-Abbaye-Expo-Marcel-Hasquin-Boutros-Boutros-Ghali-20 

. Saint-George sur Layon http://salon.revelation.over-blog.com/

. Rablay sur Layon  http://villagedartistes.canalblog.com/archives/index.html

. Photos des pièces sur Facebook,  Portrait de l'artiste capture d'écran, Elisabeth Poulain pour Villevêque, France Poulain pour les photos de l'exposition à Mortain en la présence de M. Boutros Boutros Ghali, Secrétaire général de l'ONU et  grand Juriste de Droit public, Vues de l’abbaye de Mortain Wikimanche, Wikipedia… avec mes remerciements aux différents contributeurs.   

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