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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Photo 1900 > Stéphane Passet > Paris > 89 Rue de Seine > Les 2 Portes

30 Août 2013, 15:28pm

Publié par Elisabeth Poulain

Traduction du titre. Il s’agit dans ce billet de vous présenter un cliché du photographe, Stéphane Passet, à Paris aux alentours de 1900. Il fut repéré par Albert Kahn, un alsacien vivant à Paris, très ouvert sur l’importance de l’ouverture du monde, de la richesse des  différences cultures et de l’impérieuse nécessité de faire œuvre d’inventaire au bénéfice de jeunes chercheurs de l’époque et des générations futures. Plus tard, le photographe fut envoyé par l’homme d’affaires et banquier dans plusieurs pays du monde  au cours de deux missions en 1912 et 1914, en particulier  en Chine, en Mongolie, aux Indes et au Pakistan. 

Deux Portes-89-rue-de-Seine-Albert-Kahn-Photo-S. Passet      

Du n° 89, on ne voit que le bas de l’immeuble. C’est un rez-de-chaussée lui-même coupé en deux,  car il n’y a qu’un seul numéro situé en hauteur pour les deux portes, avec un lampadaire situé juste entre les deux portes. A gauche «  les 3 marches » semblent être un magasin de vin qui devait être chic au vu de ses fenêtres et de la porte vitrée agrandie par imposte au-dessus. Cette façade vitrée dotée d’un arc agrandi par une imposte est très belle et très soignée. Un grand souci d’équilibre visuel a été apporté à la composition de la porte-fenêtre avec les deux vitrines, l’imposte et l’arche. Les  bouteilles de vin placées de chaque côté montrent qu’on pouvait goûter à l'intérieur  ainsi que la bière, comme l’indique l’auvent.  

A droite sur le cliché, l’Hôtel du Camélia, qui n’a que deux marches, s’est choisi un nom plus chic en gros caractères sur la façade. C’est un établissement qui dispose  de l’électricité et du gaz comme l’indique la petite plaque bleue. L’« Eau à tous les étages » n’est pas mentionnée. On peut penser que c’était le cas.  

Au rez-de-chaussée juste à côté des « 3 Marches », on voit d’abord la porte qui permet d’entrer. Elle est franchement plus petite que l’ensemble que le marchand de vin. Pourtant, elle est construite selon le même modèle, en suivant les lignes horizontales de la boutique de vins et l'arc au-dessus. La couleur rouge lie de vin est légèrement plus claire. Une question à laquelle je ne pourrai pas répondre est de savoir où conduisait cet escalier, uniquement vers les chambres de l’hôtel, l'atelier du cordonnier et vers d’autres logements ?  

Une autre ouverture apparaît. Il s’agit de la fenêtre-guichet qui indique qu’il y a là un cordonnier. La fenêtre est ouverte pour permettre d’appeler l'artisan quand on vient apporter des chaussures à réparer. Au-dessus du petit atelier qui doit être très étroit, une ouverture munie de deux barreaux a été ouverte dans le mur. Est-ce pour apporter de la lumière au réparateur de chaussures… ?

Deux Portes-89-rue-de-Seine-Albert-Kahn-Photo-S. Passet 

Trois signes de vie seulement apparaissent. Si je commence par la fenêtre de l’échoppe du cordonnier, j’aperçois une paire de chaussures sagement alignées à l’extrême droite. Elles doivent être réparées. J’imagine mal qu’on puisse laisser dehors une paire de chaussures non réparées. En poursuivant le champ vers la gauche, dans le magasin de vins, au milieu un homme est assis à une table. Il se tient la tête dans les mains.

Ces deux éléments me font penser à une demande du photographe pour donner de la vie à son cliché. Cela semble vraiment curieux. Un cordonnier n’aurait jamais laissé une paire de chaussures dehors, réparée ou non ; elle aurait été dérobée rapidement. Quant à l’homme, son attitude est tellement composée, qu’elle appelle cette remarque. Il y a une troisième curiosité qui va dans le même sens. Il s’agit du petit bac à fleurs placé derrière le lampadaire.  

 

La rue de Seine. C’est une petite rue étroite, très passante, au cœur du vieux Paris dans le 6è arrondissement en rive gauche de la Seine. Sa population était encore hétérogène. Plus on était près de la Seine et plus l’endroit était chic. Plus on s’en éloignait et moins le foncier était coûteux. On pouvait en dire de même en hauteur ; plus il fallait monter d’étages, moins le statut social était élevé et les loyers étaient toujours trop chers pour leurs utilisateurs. Les marchands de sommeil ont toujours existé. Une troisième dimension prévalait également. Elle découle de la structure du bâti dans de parcelles longues et étroites. Seuls les beaux hôtels avaient vue sur la rue. Au milieu, entre deux rues parallèles ou presque, des constructions étaient érigées en fonction des besoins de logement en particulier des domestiques. Il y avait une foule de « petites » gens qui vivaient entassés comme ils le pouvaient.

A Paris en ce  début du XX siècle, Stéphane Passet constitua un relevé photographique des façons de travailler des Parisiens en lien avec l’occupation de la rue. Il a travaillé ce faisant comme un véritable ethnologue spécialisé dans ces domaines. Il était en particulier fasciné par les affiches. Il était aussi un artiste qui savait faire parler les murs, les portes et les fenêtres… à la place des gens et savait repérer les jeux de couleur, comme ici entre la façade dominante  lie de vin avec des lettres blanches et une façade soumise blanche avec des lettres lie de vin.

Pour poursuivre le chemin

. Voir la belle sélection des photos faite par La Boîte Verte http://www.laboiteverte.fr/photos-de-paris-en-couleur-en-1900/

. Sur Albert Kahn, l’homme, le savant, le mécène, ouvert sur les cultures étrangères… http://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Kahn_(banquier

. Photo à retrouver dans l'album-photos "Murs & co" sur ce blog.                                                                                                                                                                  

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