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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Photos d’hiver > Brouillard sur l’Ile de Béhuard > Vallée de la Loire

21 Janvier 2015, 16:50pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Le moment. C’est un dimanche de début d’hiver en début d’après-midi avec un temps éblouissant, à douter vraiment d’être en hiver sans que l’on sache en quelle saison on est. Ce n’est plus vraiment l’automne, ni encore le printemps. Il ne reste plus qu’à admirer la clarté du ciel, la lumière si fluide, les paysages d’un vert si  tendre, avec des arbustes déjà en fleur dans les jardins, des forsythias, des camélias et des jasmins…. Et se dire que c’est le moment d’aller quelques kilomètres plus loin aller admirer la Loire en faisant un petit tour à l’ile de Béhuard, soit en tête de l’île –vers l’arrière, face au courant descendant de la Loire allant vers la mer - soit en queue de l’île, vers l’avant, en regardant la Loire couler  pour rejoindre l’embouchure à Saint-Nazaire. Je vous précise le sens parce que toujours j’ai vu les îles comme des navires descendant les fleuves, avec leur proue fièrement dressée vers la mer. Et bien non, c’est le contraire.

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La survenue du brouillard. Elle est si brutale que littéralement le cerveau ne veut pas le voir, l’accepter alors même qu’on est parti parce que justement il fait si beau, quelques kilomètres en amont, en se disant ensuite sur la route « c’est juste une grosse poche de brouillard, ça va passer ». Arrivés à Savennières, tout près de Béhuard, nous pensons tous qu’il ferait à nouveau beau. Que nenni, on ne peut pourtant dire que la nébulosité s’est épaissie, tant elle l’était déjà, au point de rouleur à 30-40kms ou moins dans les virages du coteau de Savennières.

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Deux solutions s’offrent à nous, découvrir Béhuard sous le brouillard ou repartir vers le ciel libre d’où nous sommes venus. Décision : nous allons faire l’expérience très troublante de marcher en voyant peu, suffisamment pour deviner à nos pieds la petite route, le chemin de terre, le sentier, puis plus de chemin du tout au bord de l’eau…tant qu’on peut faire la distinction entre la terre de l’Ile et l’eau de la Loire, de la propriété privée et du chemin, tout va bien, quitte à crapahuter dans les roseaux de terre près de l’eau…comme vous pouvez le voir.

L’arrivée est calme, comme tout le parcours d’ailleurs. Le brouillard assourdit tous les sons, on n’entend plus les quelques oiseaux, le bruit si léger de l’eau quand on est tout près, la marche lourde des veaux dans la boue…Il n’y a que nous et nous.Et un arbre, un pommier, qui prend soudainement un air royal.  

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On se met à penser à ceux qui ont des cabanons ici, qu’ils doivent trouver complètement détrempés au printemps. II y en a un en particulier que je vais voir régulièrement pour savoir s’il a encore sa forme avec ses murs debout. Le constat est éminemment troublant. La véranda qui devait servir aussi de salle à manger et de cuisine est en train de disparaître sous les ronces. Le portillon est de guingois, tout fout le camp…Ce n’est qu’une question de saison.  

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D’autres ont racheté ici une vieille maison pour y passer des vacances et se sont décidés  à sauter le pas pour y vivre à l’année. Il y a aussi ceux aussi qui y ont acquis depuis longtemps une belle demeure; d’autres qui continuent à travailler la terre, cultiver leurs légumes et élever des bêtes. Il y a en particulier une grande ferme érigée en hauteur pour échapper aux inondations en période de hautes eaux d’hiver. C’est là que se trouve une petite plate de Loire (une barque), remplie de terre avec l’été des plantes fleuries. Juste avant, une petite plante avait attiré toute la lumière sur elle.  

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C’est de ce côté-là que nous nous dirigeons pour rejoindre la queue de l’Ile, découvrir l’impact du brouillard sur le paysage, voir comment il modifie les perspectives en faisant ressortir les formes érigées des arbres et des lignes horizontales. Juste après la ferme, en suivant le chemin qui tourne vers la gauche, nous passons un endroit en déclivité où l’hiver il y a de l’eau de chaque côté dans de grandes mares mais pas sur le chemin. Au regard de son appellation, c’est un endroit qui, lors des très hautes eaux, est sous l’eau, c’est pourquoi toute la queue de l’ile est elle-même considérée encore comme une île, du moins c'est ce que dit la carte qui lui conserve son nom.  

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Nous abordons alors en effet l’Ile Mureau,qui a pour particularité de n’avoir sur son sol aucune construction pérenne, à l'exception de ce qui reste de la vieille cabane bleue tendre  dont je vous ai parlé et des parcelles délimitées à caravanes près ou dans les bois résiduels en arrière des grands champs cultivés. Le chemin se trouve sur le côté droit non loin du bras de la Loire qui nous sépare  du village de la Possonnière, qui voisine avec Savennières en amont par la D111.

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La végétation entre chemin et berge de Loire nous empêcherait déjà normalement de voir le fleuve. Aujourd’hui avec le brouillard, la visibilité est franchement réduite ; seules émergent de façon doucement perceptible les lignes verticales formées par les arbres, avec quelques plans rapprochés. Clairement quelqu’un même doté d’une carte, qui ne serait jamais venu ici, n’aurait pas poursuivi le chemin pourtant dégagé et sans danger. 

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La densité de la nébulosité varie aussi fortement selon l’endroit où l’on regarde. Le brouillard n’est pas uniforme ; une preuve en est aussi qu’il y en a moins dans les parties boisées où les arbres semblent en éponger une partie. C’est ainsi que nous arrivons à la pointe aval de l’île à un endroit où normalement la vue est de plus de 180°. Ce jour-là, c’est l’endroit le plus étrange. La vue se limite peut-être à 2 mètres, alors que normalement on peut compter en centaines de mètres d’eau autour de soi vers l’avant. Ici, il n’y a plus rien, quelques roseaux, du vide, rien de significatif.

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Seuls les arbres résistent à la force d’anéantissement du brouillard et ceux qu’on distingue le font de façon réellement vigoureuse et affirmée, à notre grand plaisir. Ils marquent de leur présence la seconde partie de la découverte de la queue de l’Ile, le retour vers la voiture garée en hauteur sur la route construite entre Savennières et Rochefort sur Loire.  

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Cette fois-ci, il y aura plusieurs séquences de retour. Une solution serait d’emprunter le chemin que nous avons pris à l’aller. Décision est prise en effet de revenir autrement, par un sentier différent longeant cette fois-ci le chenal principal de la Loire, au moins au début du retour. Nous passons par les bois où nous retrouvons des parcelles très nettes qui attendront les beaux jours avant de voir revenir leur caravane chérie. Tout a bien été nettoyé pour l’hiver. Vient ensuite un sentier en courbe qui s’éloigne du fleuve; c’était pour sa partie arrière l’ancien lit d’eau qui entourait la petite île. C’est ce chemin très humide qui fait le lien en diagonale avec les grands champs que nous avons longés avant d’atteindre la ferme.  Nous aurions pu  alors  pouvoir suivre à nouveau un beau chemin qui nous aurait ramener vers notre point de départ, au bas de la route où est garée la voiture.

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Sauf qu’il y une rencontre avec deux veaux, suffisamment costauds pour se dire qu’ils n’étaient plus des bébés attendrissants. Ils nous ont semblé déjà bien grands, broutant avec détermination l’herbe du chemin que nous devions suivre. L'herbe est toujours meilleure derrière la barrière. Là aussi un petit conseil impromptu a été tenu : fallait-il ou non poursuivre le chemin annexé par les veaux,  très calmes au demeurant? Les prudents ont décidé de ne pas le prendre, au motif qu’aucun d’entre nous n’avait de connaissance particulière de la psychologie de ces grandes bêtes.

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Il nous a fallu alors continuer à suivre la Loire, cette fois-ci sans chemin d’aucune sorte, entre les arbres et parmi les grandes herbes qui avaient fâcheusement tendance à notre goût  à croître en hauteur. De sorte que sans décision commune particulière, nous nous sommes rapprochés de la grande prairie en quittant cet espace boisé près du fleuve, pour la traverser. Ouf enfin à nouveau un chemin particulièrement facile à marcher pour rejoindre la voiture…Et c’est ainsi que s’est terminée notre immersion dans le brouillard ligérien de l’Ile de Béhuard.   

Pour suivre le chemin

Photos Elisabeth Poulain  

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