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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Photos > Julie Cataia > Le Linge qui sèche dehors > Le Panier Marseille

30 Mai 2013, 08:44am

Publié par Elisabeth Poulain

Le titre  est trop succinct à mon goût. Il manque en particulier un élément d’importance qui tient au moment. En cette année 2013, Marseille est l’une des deux capitales européennes de la Culture, l’autre étant Kosice en Slovaquie. Outre cette désignation que ces deux grandes villes et/ou capitales européennes bien dissemblables partagent en   commun, elles en ont bien certainement un autre, malgré toutes leurs différences, c’est le linge qui sèche dehors.

Suspendre le linge dehors est un usageencore partagé dans une bonne partie du monde. Les raisons en sont multiples. Citons, outre le manque de machine à laver et/ou à sécher, le manque de place dans le logement pour sécher le linge, la chaleur du soleil dehors, la présence du vent qui accélère le séchage, un usage transmis par les femmes au fil des générations, la praticité, la gratuité … et vraisemblablement des raisons qui tiennent aussi à l’appartenance à un quartier. Celle qui lave montre ainsi qu’elle tient bien son foyer. C’est un signe fort de présence féminine dans un emploi toujours féminin quand une femme est présente au foyer.  

Marseille-Le-Panier-Julie-Cutaia-2006-Linge

Le linge et la cour en ville. La situation est toujours plus compliquée quand on habite dans un appartement sans balcon. C’est le cas de nombreux logements anciens dans les vieux centres urbains. Là se conjuguent toutes les contraintes dues à l’exiguïté des logements dans des bâtiments hauts et étroits pour gagner en densité. Sous la pression de la contrainte, les femmes cherchent de la place pour faire sécher le linge. La fenêtre ouverte offre l’espace du dehors, en hauteur si pratique pour le linge grâce aux fils tendus avec l’air, la lumière… !Un système de va-et-vient facilite la fixation du linge avec les pinces-à-linge bien-nommées.  L’exposition du linge qui offre une vision très intime sur la façon de vivre propre à chaque famille voisine est facilitée par le fait que chacun fait la même chose. Le partage de la pratique rend la situation acceptable par tous, avec une distinction toutefois entre la cour  et la ruelle. 

Le linge et la ruelle. La recherche de place conduit à séparer des logements qui n’ont plus tous forcément une fenêtre sur la cour. Restent alors le séchage du linge directement sur la rue. Il faut alors procéder de façon plus subtile. Pour les appartements en hauteur, des petits systèmes en fil de fer plastifié permettent de s’accrocher au garde-corps qui protège la fenêtre. Quand on habite au rez-de- chaussée, une autre solution consiste  à planter deux clous dans le mur et à y fixer une petite ficelle. Le tour est joué. 

La Force du Noir et Blanc avec les photos de Julie Cutaia. Elle éclate dans cette sélection de trois clichés de la photographe, portant sur du linge qui sèche dehors.    

Marseille-Le-Panier-Julie-Cutaia-2006-Linge                                                                                                                                                                   

. Le Ier cliché montre des vêtements dans une cour très sombre, étroite et structurée par un fronton dans le fond. Les façades opposées sont proches, ce qui a pour effet de densifier l’espace déjà coupé en hauteur par les fils et le linge. On se surprend à penser que vouloir sécher du linge dans un tel décor, si théâtral, relève d’une vraie gageure. On se croirait au XIXe siècle, à une époque où en France, vivre dans un quartier de pêcheurs devait être vraiment difficile. La photo rend cette atmosphère si particulière, avec une densité étonnante et pourtant en retrait, comme si le rendu de ce qui est montré est encore en de ça de la réalité. C’est la dimension proprement théâtrale de l’atmosphère de la prise de vue.

Marseille-Le-Panier-Julie-Cutaia-2006-Mouchoir

. La seconde photo est très minimaliste.Cette fois-ci, l’objectif est focalisé sur un mouchoir ou un simple chiffon. Il s’agit d’une photo d’un instant, quand tout ce qui devait être lavé l’a été. Le lavage est fait, l’étendage aussi, le nettoyage est fini. Il reste à sécher ce qui a servi encore à nettoyer ce qu’on ne peut suspendre. Ce petit bout de tissu aurait pu en plus  facilement sécher sur ou près de l’évier mais l’habitude de mettre le linge propre dehors est si forte qu’il a été placé dehors, aussi, comme une reconnaissance.

.  La dernière photo joue sur le contraste entre les vêtements suspendus sur le fil sur un fond de ciel clair. L’abondance du linge constitue l’élément fort du décor. Il n’y a pas seulement les façades, le resserrement, le ciel au-dessus des toits…Il y a une vie intense grâce à ces fils multiples et tous ces vêtements bien alignés qui attendent sagement qu’on vienne les rentrer une fois qu’ils seront secs. C’est le temps long du séchage parce qu’il y a beaucoup de linge à placer. On y voit une réelle stratégie de la disposition des vêtements sur les fils pour que chacune puisse disposer d’assez de place pour tous les vêtements de la famille. Une hypothèse est que la photo a été prise le jour de grande lessive, celui que les femmes préfèrent pour s’avancer dans le travail ménager de la semaine. Il serait intéressant de savoir comment se passe la répartition de l’espace entre voisines de face à face.

Marseille-Le-Panier-Julie-Cutaia-Funambul-LesChercheursduMi

Le linge qui sèche dehors dans la cour ou dans la rue est  un des thèmes sélectionnés par les photographes des Chercheurs du Midi  qui ont constitué « un grand album photographique de nos images du midi ». Il est porté et mis en lumière cette année  par Marseille-Provence-2013 pour faire connaître par la photo d’art  les beautés si diversifiées de cette grande région. Julie Cutaia y a toute sa place, comme vous le constaterez en allant vous promener sur le site et en visionnant sa sélection de ses clichés. Elle a une capacité étonnante à rendre perceptibles des atmosphères très différenciées tout en sachant si bien jouer des perspectives et des lignes transversales.   

Pour suivre le chemin

. Aller à Marseille, plus spécialement du vieux quartier du Panier et lever les yeux au ciel mais pas seulement. Il y a du linge sur les murs, entre les murs des maisons dans les ruelles et, si vous pouvez rentrer, dans les cours des vieux immeubles. 

. Regarder le site des Chercheurs du Midi, http://www.mp2013.fr/chercheursdemidi/  

. Y retrouver  l’album de Colorshop et chercher les séries de photos en noir et blanc de Julie Cutaia sur http://www.mp2013.fr/chercheursdemidi/?cdm_page=album&id=220&cdm_paged=3 . Ses photos entrent dans la grande catégorie des « Usages »  et appartiennent à la sous-catégorie des « Chaussettes de l’archiduchesse ». Pour les lecteurs étrangers, je précise que ce titre très bizarre est le début d’une phrase célèbre qu’on apprend en France aux enfants pour bien prononcer les « ss » : « les chaussettes de l’archiduchesse sont-elles sèches ou archi-sèches ? »

. Photos Julie Cutaia, avec mes remerciements ainsi qu’à Sophie Bellot de MP2013.

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