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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Phytolab, l'Agence du Paysage qui fait Desjardins le coeur de la Ville

19 Juillet 2013, 15:02pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est un jardin qui s’écrit déjà naturellement au pluriel en un seul mot « Desjardins » du nom de la caserne qui avait été édifiée à cet endroit et qui a été déconstruite pour cause de fin d’activités par décision de l’Etat et de rachat du terrain par la ville d’Angers. Celle-ci a voulu faire de cette emprise dans un quartier résidentiel ancien un endroit où il ferait bon vivre…. L’idée maîtresse du projet présenté par Phytolab - l’agence du paysage crée par Loïc Mareschal il y a 20 ans,  qu’il co-dirige avec Frédéric Fourreau, son associé - a ceci de remarquable qu’elle a placé le Parc au cœur de l’ensemble immobilier et urbain, comme une sorte d’agora végétale d'un nouveau type où se rencontrent les gens du coin, les passants, les enfants, les curieux de l’évolution de la ville…  

Parc Desjardins-L'accueil-Loïc Mareschal au centre 209

Loïc Mareschal est de ces paysagistes qui sont de véritables révélateurs des lieux qu’on  confie à l'agence. Avec lui, pas d’esbroufe, pas de grands mots clinquants, pas de cinéma…, il a cette capacité proprement étonnante de voir autrement ce qui est sous l’apparence qui a pu durer longtemps d’un  long moment d’un lieu, de concevoir un projet qui tient en quelques mots justes quand il doit « expliquer, préciser, reformuler, argumenter » aussi bien avec les aménageurs, qu’avec les habitants, les futurs occupants et les enfants dont on devine que ce sont des interlocuteurs avec lesquels ils ont tous les deux, Frédéric Fourreau et lui, eu grand plaisir à concevoir ce Parc Desjardins.

    Parc Desjardins-Pavillon de droite-Les Visiteurs 207

 Ce matin, 10 ans environ, après le début du travail sur le terrain, c’est lui qui vient nous dire ce que l’aventure Desjardins a pu représenter pour Phytolab, son associé ayant été plus spécialement en charge du projet.

Loïc Mareschal commence son intervention en disant de lui qu’il n’aime pas spécialement parler de lui. Ce qu’il aime par contre, c’est de trouver le ton juste, avec le site, avec les gens, en phase avec le temps. Il sait transmettre la force du projet de l’équipe de Phytolab, décrire la façon dont celui-ci est passé au stade du chantier et montrer comment l’avancée des travaux a été mise en musique avec de nombreux interlocuteurs. Ce plaisir partagé  a été le cas pour les membres de l’agence, pour lui, comme pour nous,  qui avons fait la promenade-découverte de ce parc, qui est un véritable cœur d’îlot de quartier, en sa compagnie en un samedi matin frisquet de juillet.

Parc Desjardins-Jardin d'Ardoise-Immeubles à gauche 224

Il suffit d’écouter ses mots, en regardant devant soi, en arrière, en se tournant, en haut, en bas, naturellement sans se forcer, pour  commencer à bouger avec le lieu de façon naturelle, à entrer en phase nous aussi avec le site, quitte à s’arrêter le temps de presque voir les enfants jouer, de s’asseoir le temps qu’il faut sur le banc en bois à l’allure d’une vague, de se laisser aller à être vraiment présent là où nous portent nos pieds, pour faire partie d’un endroit inspiré, qu’on appelle un parc, faute de mieux,  pour voir ce que notre tête a à nous dire, va dire, va nous dire. Un jardin qui se conjugue au pluriel et qui en plus s’appelle un parc, voilà de quoi intriguer, surtout pour désigner un morceau de ville !

Parc Desjardins-La Pièce centrale 232

L’agence Phytolab est un révélateur des lignes de force qui modèlent le paysage. Elle a cette capacité à faire jouer ensemble des lignes avec des volumes, à fluidifier les lignes et apaiser la vision du paysage, tout en sachant jouer des ruptures  créées pour le rendre plus juste, plus vrai, pour en cela respecter plus pleinement le lieu et les gens et permettre au temps de jouer sa partie .

Loïc Mareschal aime profondément les arbres qui ont des puissants marqueurs du territoire. C’est par eux d’ailleurs qu’il a commencé sa présentation du site. La plantation de grands platanes en ligne ne peut étonner dans un ancien site militaire. Cet élément, tout comme la grande grille monumentale encadrée de ses lourdes colonnes latérales, et complété par les remarquables pavillons d’entrée, ont marqué durablement le terrain. Avec ces données de base très fortes, Phytolab a su  à la fois en tenir compte, jouer son propre jeu, en espérant aussi et surtout l'appropriation du site par les gens.   

Parc Desjardins-La Pièce centrale-Vague enfants-Vue sur côté droit 241

 Loïc Mareschal n’arrive pas avec une structure dans la tête, celle qu’il va mettre en scène et avec  laquelle il va composer. Avec Frédéric Fourreau, il s’approche sans idée préconçue. Il ne force ni le site, ni le temps. Il regarde, il virevolte, il bouge comme un danseur, il cherche les lignes qui structurent  et composent l’ensemble. Il scrute les lieux, comme il écoute les gens et comme il dialogue avec les arbres. Avec ces trois partenaires qui jouent chacun sa partition dans le long jeu du temps, l'agence va pleinement jouer son rôle. Il s'agit d'entrer en résonnance, en mouvement pour trouver la structure, sous-jacente aux lignes dont les deux associés vont rendre certaines perceptibles de l’extérieur.

Ces lignes vont servir de haubans visibles-invisibles qui vont tenir l’ensemble. Pour qu’elles puissent jouer pleinement leur rôle de porteur de sens, de transmetteur d’énergie et de capteur d’atmosphère, ils vont beaucoup enlever de ce qu’ils ont devant les yeux pour apurer, alléger, ôter le superflu, l’inutile, le kitch dont ils ont horreur, pour simplifier et rendre plus vrai ce qui est au cœur du cœur du projet, ce qui reste quand il n’a plus rien à ni à enlever, ni à densifier.  

Parc Desjardins-Le Banc de Bois-Effet Vague 237

Pour dire ce qu’il fait, Loïc Mareschal, n’hésite pas à inventer des mots qui s’imposent à peine sont-ils prononcés, des mots tellement vrais que tout le monde les retient aussitôt. Pour l’Opération des Berges de la Maine qui en est déjà à sa seconde séquence de concertation actuellement à Angers, il a, avec François Grether, qualifié les jardins au pied du Château de « plissés » pour montrer comment le promeneur va pouvoir glisser de plissé en plissé, pour descendre du pied du château, comme on saute, enfant, de marche à marche, jusqu’au bord de l’eau pour pouvoir « mettre la main dans l’eau ». C’était une des demandes des habitants réunis en groupe de concertation. Rappelons que le projet Grether-Phytolab a été sélectionné parmi les trois qui avaient été préalablement retenus dans la sélection finale des Berges de Maine.

Parc Desjardins-Esplanade-Mur et Immeubles 245

« Le parc habité » n’est pas une dénomination utilisée par le paysagiste  pour qualifier le projet devenu maintenant une réalité. « En 2003 quand le projet a été lancé, cela avait un sens dit-il  pour les habitants proches de ce site urbain de 6 hectares. Il s’agissait dans cet endroit de la ville  situé en nord-ouest proche du centre juste au-dessus du quartier 1930 du Lutin, de créer un cœur d’îlot en transformant l’espace jusqu’alors dédié à la Caserne Desjardins, devenu sans usage, en un parc central, autour duquel rayonneraient des immeubles qualitatifs à construire. Cette dénomination n’a plus de raison d'être maintenant que les immeubles et les habitats individuels proches sont construits et habités. 10 ans après, le parc est vraiment accessible à tous, habitants tout proches, plus éloignés, visiteurs… et pas seulement réservé à ceux qui ont la chance d’y résider en première, seconde ou troisième ligne. Les membres de l’équipe de Phytolab ont eu beaucoup de plaisir à  voir par exemple la réaction des enfants investir l’endroit des jeux. 

Parc Desjardins-Allée des Pavillons 262

Cette façon de procéder, qui consiste à placer le parc au cœur de la ville et l’arbre au cœur de l’espace, avant que ne commence la construction des immeuble, d’une façon réelle et que chacun a pu constater, a permis de rendre visible et crédible pour tous cette volonté de partage par tous. Chacun a ainsi pu s’approprier la transformation de la Caserne Desjardins en Parc Desjardins entouré de logements, une opération  qui a grandement valorisé le quartier. D’autres éléments ont joué, en particulier la transformation d’un des pavillons d’entrée en garderie, celui qui est à droite quand on est dehors face à la grille. L’autre pavillon est devenu salle de réunion pour les associations. La grille a été restaurée ainsi que les pavillons d’entrée tant ils sont emblématiques du site. 

Parc Desjardins-Côté gauche 204

La grille et les pavillons d’entrée ont été aussi et surtout très importants pour indiquer l’orientation du parc qui s’étend de façon égale sur l’axe de la grille en une longue bande rectangulaire dans le sens sud-nord. Pour autant, le cheminement à l’intérieur ce long quadrilatère rectangulaire se fait en partie gauche -vers l’Ouest- par un chemin qui emprunte un tracé légèrement courbe, de façon à changer la perception de la fonctionnalité du lieu dédié maintenant à la promenade et adoucir la vision. En outre, outre cet élément de désordre tout à fait volontaire, les deux paysagistes ont joué cette fois-ci sur les différences de niveaux de façon à créer un effet visuel pour ralentir la vue avec un effet de marche qui fractionne cette grande pièce d’herbes en terrasses successives. C’était déjà une façon de plisser le terrain pour freiner le regard habitué à jouer de la perspective en se rendant trop vite au point de fuite.

Parc Desjardins-Allée transversale du bas 198

Perpendiculairement des trouées transversales ont été prévues entre les immeubles pour éviter l’effet de barres qui bloquent la vue sur les côtés. Des allées perpendiculaires permettent de relier le Parc aux contre-allées et au quartier ancien situé un peu plus loin sur le côté droit en montant. Entre les deux, immeubles de front du parc et maisons anciennes de la ville préexistantes, deux autres lignes de constructions ont été créées, une ligne d’immeubles moins hauts que celles du devant et, au plus proche de la rue ancienne, des pavillons accolés avec chacun son jardin. La structuration du parc repose sur son accroche avec le reste de la ville marquée par ces liens transversaux avec le quartier, avec en plus tout en haut une rue avec des voitures qui passent, sans rompre du tout l’unité paysagère, quel que soit l’endroit où on se trouve. Un exploit.

Parc Desjardins-Perspective sur Pavillons 267

 Plus on avance dans le parc, en montant, plus les arbres changent et moins ils sont hauts. De grand développement au départ et placés sur le côté, ils commencent à coloniser la grande pièce centrale d’herbes, vers la gauche à la hauteur des jeux pour les enfants et du long banc de bois à effet vague. En haut, de l’autre côté de la rue, se situe l’Esplanade Desjardins, qui bénéficie d’un double  aménagement paysager très recherché, différent de ce qui a été fait jusque là. Il y a des parterres denses d’arbustes entourés d’une bande de gazon près des voitures et ou des places de stationnement. Au-dessus du mur très travaillé  qui permet de créer une surface plane au pied des immeubles qui ferment la perspective du parc, l’esplanade est plantée d’arbres de faible développement conduits en cépée, qui ont plusieurs troncs. Les bancs sont nombreux et les arbres petits de façon à ne pas gêner la vue, vers le bas, vers la grille d’entrée. C’est encore une façon de jouer avec la perspective et de créer une ligne oblique qui traverse la grande pièce centrale de pelouse.

Parc Desjardins-Perspectives-Allée transversale médiane 230

L’effet-temps a bien joué sa partition. L’opération a maintenant 10 ans, un temps suffisamment long pour avoir permis au parc de s'ancrer durablement dans le sol. En matière de paysage, il faut toujours savoir être patient et endurant. L’endroit nouveau s’est bien enraciné dans le quartier essentiellement constitué de pavillons avec des petits jardins. La mixité au cœur du projet dès le départ fonctionne bien, comme avaient bien marché les différentes phases de concertation qui en 2001 constituaient une démarche réellement innovante. Les habitants nouveaux et anciens aiment leur parc. Il faut dire aussi que la ville, en particulier le service des Parcs et Jardins, chouchoute tout particulièrement  le parc, l’esplanade ainsi que les contre-allées latérales fleuries.

Il est temps de parler du rôle des massifs de fleurs. On les trouve essentiellement dans ces allées piétonnes ainsi que le long de la rue ouverte aux voitures au nord. Elles sont ainsi liées au mouvement, avec beaucoup de bancs proches. Pour les enfants et les autres, un petit coin de fleurs plantées en massif dense de couleur jaune (des « immortelles » qui sentent si bon l’été) et violette (des nepetas) a été aménagé tout à l’entrée du parc, un peu en arrière de l’allée, en guise de clin d'oeil de bon accueil.

Parc Desjardins-Contre-Allée à droite 261

Phytolab, l’agence que dirigent Loïc Mareschal –paysagiste & botaniste- et Frédéric Fourreau –urbaniste & paysagiste- a reçu :

. la Médaille d’Or aux Victoires du Paysage 2010 pour ce Parc Desjardins,

. tout comme leur projet des Berges de Maine a été sélectionné en 2012 pour réaliser la grande opération urbaine désormais qualifiée d’Angers Rives Nouvelles pour en montrer l’importance.

. Il reste à citer une autre récompense à Angers, entre 2010 et 2012, le Prix spécial du Jury 2011 du CAUE pour l’aménagement paysager du nouveau siège du Crédit Agricole avec devant le parvis-jardin et derrière le patio.  Des récompenses qui se savourent 20 ans après la création de l’agence par son fondateur.

Parc Desjardins-Perspective nord 202

10 ans après pour  Desjardins, la réussite qui ressort le plus nettement aux yeux des deux associés de Phytolab, du côté du métier, c’est « la densité, sur les 6 hectares, 4 sont dédiés aux 440 logements, une densité plus forte qu’en plein centre-ville d’Angers. Il y a eu un gros travail de fait sur le plan de l’économie de voierie, pour laisser plus de place disponible pour le végétal. » Du côté humain, cela a été la longue et fructueuse phase de concertation, en particulier avec les enfants, ce qui à l’époque constituait une réelle innovation ».

A une des dernières questions posées sur ses réactions face aux demandes des habitants, la réponse de Loïc Mareschal a été d’une grande simplicité : « on était en phase » et quand une « der de der »  (une dernière question)  est   arrivée   encore pour savoir par quoi il a commencé, sa réponse  fuse « par un examen attentif des arbres matures ; ils sont intéressants pour la valorisation des lieux ». Son conseil au groupe, avant d’aller rejoindre Vincent Dulong l’élu du quartier, juste au-dessus du quartier du Lutin pour la poursuite des visites des jardins d'Angers, « il faut savoir planter les arbres de façon dense, serrée et ne pas hésiter à couper ceux qui sont en trop 15 ans après. » Le temps est un acteur majeur du paysage. C'est toujours lui qui a le dernier mot.

Parc Desjardins-Allée des Pavillons 263

Ce billet fait suite à la journée du « Printemps de l’Architecture » qui s’est déroulé de mars à juin 2013, placé cette année sous l’éclairage de la « croissance du végétal et croissances urbaines ». Angers a été la 5e et dernière étape d’un périple qui s’est déplacé à Nantes le 30.03, aux Herbiers le 12.04, au Mans  le 16.05, à Laval le 24.05 et à Angers le 22 juin, sous un temps gris et frisquet mais heureusement sans la pluie annoncée. Loïc Mareschal a participé à toute la journée copieusement garnie. Celle-ci a commencé par la découverte du Parc Desjardins, s’est poursuivie par la visite du Jardin des Plantes vue sous l’angle de l’héritage du XVIIIe siècle où s’est tenu le pique-nique. Est venue ensuite la promenade du Jardin du Mail « un jardin emblématique de la Ville des Fleurs » et la visite un peu plus loin de la Maison Bleue de 1929, qui est un Monument historique inscrit. Puis la journée a continué par la découverte des travaux de restructuration et de modernisation du Jardin du Musée des Beaux-Arts, avec pour finir le projet de grande envergure « Angers Rives Nouvelles ».   

Parc Desjardins-Pourtour extérieur végétalisé 272

Pour suivre le chemin

. Loïc Mareschal et Frédéric Fourreau, à retrouver sur http://www.phytolab.fr/?p=5, pour voir en particulier  des photos des jardins du Crédit agricole.

Phytolab-Loïc-Mareschal & Frédéric-Fourreau-Parc-Desjardins-Angers 

. Le Printemps de l’Architecture, Angers, 22 juin 2013, avec la participation de l’ARDEPA, de la Maison régionale de l’Architecture des Pays de Loire, avec le soutien de l’ENSA de Nantes et des cinq CAUE, sur des thèmes différents pour chaque département, www.printempsarchitecture.fr  Les organisateurs ont pour l’occasion créée une plaquette qui a été bien appréciée par le groupe d’Angevins qui a participé avec un grand plaisir à la journée.

. Lire l’étude complète de la Sara sur l’Ilot Desjardins, sous le titre « Habiter dans un parc » sur http://www.sara-angers.fr/developpement-durable/desjardins/desjardins.php et De la caserne au parc Desjardins sur http://www.angers.fr/index.php?id=50279

. Voir CAUE-2012-Prix spécial du Jury pour le Siège social du Crédit Agricole  à Angers / 2009, maîtres d’œuvre : DMT Architectes / TÉTRARC, architectes / PHYTOLAB, paysagistes  http://www.matp-angers.eu/Prix-Departemental-de-l,945.html

. Sur la Caserne Desjardins, qui s’est d’abord appelée Caserne de la Brisepotière, avenue du Général Lamoricière dans le quartier Ney-Chalouère à Angers, lire le court résumé de sa courte histoire, sur  http://www.patrimoine.paysdelaloire.fr/inventaire-du-patrimoine/?tx_oxcspatrimoines_pi1%5BshowUid%5D=5765

. Photos: Phytolab pour le cliché des deux associés, Elisabeth Poulain pour le reste, avec d'autres photos dans l'album Angers2 à l'intérieur de l'album-mère "Angers". Ces photos ne respectent pas vraiment l'ordre du texte; j'ai préféré choisir de raconter une histoire complémentaire visuelle cette fois-ci pour restituer une certaine impression des ambiances...

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