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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Pierre Prins, Pastelliste Impressionniste, Paris, Fécamp, Le Pouldu, 1838-1913

23 Octobre 2013, 17:21pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le titre. J’aurais bien aimé continuer à décliner la série des P mais à trop vouloir jouer avec les mots et les lettres, on en oublie l’essentiel, qui est de découvrir, ce que les critiques d’hier et d’aujourd’hui appellent avec cruauté « un Petit Maître », encore un P à petit, eux qui n’ont jamais créé une œuvre. Il me vient aussitôt  une question, dit-on d’un pastelliste qu’il est un peintre ? Parler d’un artiste est vraiment réducteur. La solution de connaisseurs est d’évoquer un « pastelliste impressionniste ». Le tour est alors joué avec la référence aux Impressionnistes qui forment l’école de peinture la plus célèbre au monde.

Pierre Prins-1880-Meules et Peupliers à Lozère, Soleil couchant, Effet neige 

Pierre Prins est bien un peintre mais sans qu’on le dise vraiment, en faisant toujours ressortir ses parents artisans, pour parler de ses bâtons de pastel. En réalité, il utilisait aussi l’huile en peinture, en recourant aux pinceaux et dessinait beaucoup. Pierre Prins a deux caractéristiques majeures. Il est un peintre qui  a choisi le pastel pour la majorité de son œuvre (630 pastels pour 250 huiles), une technique sèche proche du dessin qu’il affectionnait et il a souvent, mais pas toujours, peint des scènes d’eau.

Son eau est celle des bords de la Seine, comme pour beaucoup des Impressionnistes qui ont peints les bords du grand fleuve après ou avant Paris. Elle est aussi dans sa vie celle de la Manche, dans ces paysages de grande amplitude à la rencontre entre le ciel et l’eau. Les titres qu’il donne à ses œuvres reflètent cette ampleur comme « Sur la Manche, le soir à Berck » (1873) qui montre le ciel vu de la terre, « Ciel breton au Pouldu » (1892) qui place le peintre en mer face à la terre, avec entre eux deux un petit bateau à voile, qui vogue cette fois-ci sur l'Atlantique bretonne.  

Pierre Prins-1885-Soleil couchant sur la Seine à Châtou

Le peintre a toujours eu un goût très fort pour la Seine, celle qui s’exprimait au mieux à Chatou finement le soir au couchant quand la boule orange du soleil s’apprête à disparaître à l’horizon et que tout devient bleu-gris avec encore un peu de marron. Son « Soleil couchant sur la Seine à Chatou » (1885)  montre un rameur sur l’eau au point focal de l’œuvre, mais pas de pont. Le pont est un thème qui lui est cher, un symbole qu’il a pu décliner avec à Paris même, là où il habitait.

En dehors de Paris et en l’absence de pont, il recherchait des arbres ou des berges pentues pour accentuer sa vision de la fluidité de l’eau. C’est le cas avec « La Laita au Pouldu » (1899 et 1900),  la petite rivière à son embouchure sur la côte sud de la Bretagne. Et quand il n’avait devant les yeux, ni mer, ni fleuve, ni rivière, il allait jusqu’à rechercher un ruisseau pour figurer un « paysage avec ruisseau et chapelle » (sans date), le premier est devant qui donne l’ancrage et la seconde dans le fond pour pousser la perspective.

Pierre Prins-1882-Nuage

Pierre Prins a toujours du lutter pour trouver du temps pour peindre et de l’argent pour se déplacer. En réalité, il avait peu de l’un et de l’autre, par contre il avait des soucis que lui causaient une santé fragile. Une des conséquences est qu’il voyageait peu. Il peignait ce qu’il pouvait choisir au plus près de l’endroit où il était. Il cherchait sans cesse à élargir ses thèmes de représentation, pour avancer toujours, ne pas rester collé dans un style, ne pas perdre la main…

L’artiste n’avait pas non plus le caractère ni l'énergie pour partir à l’assaut de l’élite parisienne qui décidait de la cote des peintres, comme ce qui se passe encore maintenant. Il choisissait  de revenir sur  des thèmes que ne sélectionnaient pas les autres, les autres peintres. « Les  foins près d’Orsay » croquées en 1897 sont pourtant une vraie réussite. Non seulement, elles ne déméritent pas, mais vraiment pas par rapport à celles de Monet qui sont postérieures. Elles ont pour elles  un grand sens de la couleur, un jeu de la perspective, un autre fait d’ombre et de lumière, le séquençage en plans pour rentrer dans la forêt au fond... Elles sont aussi une suite au pastel « Meules et peupliers à Lozère, soleil couchant, effet neige » qui date de 1880. Rappelons que la série de Monet s’étale entre 1888 et 1891 et chez qui on retrouve, non pas l’« effet neige » de Prins mais « un effet de gelée blanche ».  

Pierre Prins-1892-Ciel breton au Pouldu

En dehors des bords de mer ou de berges de fleuve, Pierre Prins a aussi travaillé sur le paysage et la maison rurale normande qui attirait déjà l’élite européenne. A Fécamp, où il dut séjourner pour des raisons de santé, il réalisa les  deux pastels majeurs  que sont la « Vieille maison rue Arquaise à Fécamp » (1898) et surtout « La Chapelle Notre Dame du Salut ou La Chapelle des Marins » (1999). La ville de Fécamp ne s’est pas trompée sur l’importance ce tableau, elle qui a acheté le pastel directement au peintre en 1905. C’est celui-ci qui figure sur la couverture de l’ouvrage paru  aux « Editions Points de Vues, Musée de Fécamp » 2013.  

Ces deux pastels ont en point commun d’avoir une importante séquence basse d’entrée dans l’œuvre et qui prend une place de premier plan. Sans elle, l’équilibre de la construction du tableau dans son espace serait modifié ; elle agit comme une annonce longue pour montrer l’importance de ce qui va suivre. C’est déjà vrai pour la vieille maison Arquaise, avec la rue et la placette qui occupent environ le quart de l’espace au sol. Cela l’est encore plus avec la Chapelle Notre-Dame du Salut où l’église qui donne son titre au tableau n’occupe qu’un petit tiers supérieur environ de l’espace total. C’est la montée de la colline très pentue qui est le véritable sujet du tableau, où l’on voit deux femmes portant la coiffe, l’une montant et l’autre descendant vers le port. Ce sont elles qui signent le mouvement.

Pierre Prins-1898-Vieille Maison Arquaise à Fécamp 

C’est le moment de parler des couleurs chez Pierre Prins, en indiquant trois grandes catégories avec la date du tableau à chaque fois.

. Dans la famille des "variations de noir, qui jouent avec la lumière faible et le blanc, avec une pointe d'orange" voici:   

- en 1880,  la palette de « meules et peupliers à Lozère, soleil couchant, effet neige » est basée très clairement sur une maîtrise forte du noir dans ses déclinaisons de gris, grisé, blanc, en jouant toutes les variations fines des entre deux, avec là aussi un repère qui est le soleil couchant. On retrouve la caractéristique singulière de l’artiste, avec ce partage horizontal de l’espace entre le bas et le haut, qui s’impose comme une évidence.  C’est sa palette noire, avec un petit côté oriental;  

- en 1885, Soleil couchant sur la Seine à Chatou, pour ce petit pastel (280 sur 380mm), où le pastelliste  a joué avec le noir, le gris, le bleu foncé des arbres et des couleurs grisées beiges foncées pour l’eau, la terre et le ciel. Un élément de couleur éclate, c’est l’orange du soleil couchant. C’est sa palette noire, où le noir est très présent qui joue avec des lueurs blanches.

. Dans la série des 'bleus, ceux du ciel, ceux de la mer, chacun se reflètant dans l'autre, avec un jeu très subtil entre le blanc des nuages avec une pointe d'orange qui se reflète sur l'eau de la mer. Voici:

- en 1882, Nuage, qui montre à admirer un nuage teinté d'orange le soir par grand calme, quand le soleil se couche;     

- en 1892, Ciel breton au Pouldu (450 sur 545 mm), pour ce grand paysage breton de mer et de bord de mer, Pierre Prins a choisi un ciel mêlé de nuages qui s’effilochent au vent d’un bleu léger, avec des nuages gris dans le fond et des petits nuages blanc vers l’avant, tout en se reflétant dans la mer d’un bleu-vert-grisé. C’est sa palette des bleus de la mer.

Pierre Prins-1899-La Chapelle Notre Dame du Salut, Fécamp 

. Dans la série des couleurs de le terre, avec le vert de la nature, ses oeuvres maîtresses se nomment  "Vieille Maison, Rue Arquaise, Fécamp" datée de 1898 et  "La Chapelle Notre-Dame du Salut" à Fécamp. Ce qu'on découvre en particulier avec ces deux pastels, c'est la formidable capacité de cet artiste à dessiner des bâtiments compliqués, comme le ferait un architecte artiste, et à rendre perceptible par ses dessins la nature dans le paysage, que ce soient des scènes de grande amplitude comme la mer et le ciel, la nature et la colline pentue et la complexité des différents plans de la maison en ville, avec une maîtrise étonnante des couleurs "terre" selon le positionnement des plans...  

L'exposition qui s'est tenue à Fécamp cet été 2013 a permis de rendre hommage à un artiste plein de sensibilité et de finesse et qui garde son mystère. On en sort avec plus de questions  qu'on n'en avait en entrant: pourquoi a-t-il si peu peint? Pourquoi en parle-t-on si peu? Pourquoi dans son testament, a-t-il condamné son atelier à rester fermé 30 ans après son décès? Pourquoi, dans la plaquette A4 pliée en deux faite à l'intention des enfants, "le Livret-Jeu" met-on l'accent sur les oeuvres dont il s'est "inspiré" pour produire ses propres peintures, chez Jean-François Millet, Caspar David Friedrich, Chardin, Boudin... alors qu'ils faisaient tous cela et que tous trouvaient cela normal? Ce n'est pas un hasard si les peintres se  regroupaient en école.  Et pourquoi s'est-on limité à montrer ses seuls pastels, comme si Pierre Prins n'avait de place chez les peintres impressionnistes qu'à ce seul titre d'entrée, par "la petite porte".  

Pour suivre le chemin

 . Lire l’article de Didier Rykner sur  http://www.latribunedelart.com/pierre-prins-un-pastelliste-impressionniste, pour avoir une bonne analyse de l’exposition

. Voir http://haute-normandie.france3.fr/2013/07/10/le-musee-de-fecamp-expose-pierre-prins-un-pastelliste-impressionniste-285083.html

 

. Voir l’ouvrage « Pierre Prins, un pastelliste impressionniste » paru aux Editions Points de Vue,  basé sur l’exposition de l’été 2013 à Fécamp.

 . Sur le peintre et le pastelliste Pierre Prins, consulter le site qui lui est dédié par David Gatier http://www.davidgatier.com/pierreprins/bibliographie.htm où l’on voit qu’il y a peu de musées qui possèdent ses œuvres. Citons en France, à Paris, les musées Orsay, Carnavalet, du Luxembourg, à Bordeaux le Musée de la Ville, à Fécamp au Musée de Terres  Neuves qui va bientôt changer de nom et d’endroit, à Dôle au Musée des Beaux-Arts ainsi que dans quatre musées à l’étranger…

 

. Photos Elisabeth Poulain, à voir dans Art3-2013

 

. Désolée, pour le grand espace blanc qui suit, je n'arrive pas à l'enlever!  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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