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Le Blog d'Elisabeth Poulain

PNUD > Une autre façon de penser le monde > Les femmes manquantes

10 Janvier 2011, 11:33am

Publié par Elisabeth Poulain

 

Le lien à la culture et aux modes de pensée

Toute façon de penser s’inscrit dans une culture. Toute culture induit des modes de  Muriel Crochet, Lissier, Angers-Doutre

raisonnement actuellement bien décryptés ou mieux connus des chercheurs. Il n’en demeure pas moins que la transposition de l’analyse d’une situation donnée d’une culture à une autre n’est pas toujours facile. Il n’y a pas de raison qu’elle le soit d’abord. Il manque aussi pour le lecteur lambda du Monde - le quotidien - des règles de transcription d’une culture à une autre. Le plus « facile » est alors de supposer connus tous les concepts et ponts nécessaires pour passer de l’une à l’autre, voir à une troisième. Ce qui est bien sûr un pré-supposé absolument non-prouvé. Nous n’avons pas connaissance de tous les ponts nécessaires pour comprendre le monde ou ce que nous transmet l’ONU sur l’état du monde. J’entends par les ponts les concepts mentaux qui agissent à l’instar des maillons d’une chaîne pour nous permettre d’aller d’un point A vers un autre point non connu, mais en étant sûr que ce ne sera pas B.  

   

Le constat de l’échelon manquant

Pour illustrer ce propos, j’ai choisi, certainement pas par hasard, l’exemple des femmes manquantes. Un concept non-compréhensible par des esprits français. Comment une femme peut-elle être manquante ? Elle est. Quand elle n’est pas, par définition, on ne peut même pas dire qu’elle n’existe pas. Il n’y a tout simplement d’Elle. La réalité montre que les choses ne sont pas aussi simples. On ne peut pas réfléchir en terme binaire dans un monde global.  

   

Le cadre conceptuel posé par le PNUD

Pour comprendre pourquoi il a fallu inventer ce Antoni Starczewki, 1973, Lodzconcept, il faut se référer aux statistiques que calcule le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) pour établir l’indice de développement humain (IDH) basé sur trois composantes composites, la longévité (facteur A), le niveau d’éducation (facteur D) et le niveau de vie (facteur E). Cet indice varie de façon positive entre 0 (exécrable) et 1 (excellent) : plus il est élevé, meilleure est le développement.  Crée en 1990 par deux économistes non-occidentaux, l’un indien et l’autre pakistanais, l’IDH a au moins le mérite d’exister. Il est l’objet de nombreuses critiques tenant essentiellement en l’impossibilité de quantifier toutes les données du bien-être des personnes, surtout celles qui relèvent de l’ordre qualitatif. 

 

La naissance de la femme en tant qu’unité d’étude statistique au niveau mondial

Pour élargir la vision trop économique de l’IDH, le PNUD a désormais intégré dans  l’indice global un nouvel indice qui est lié aux discriminations liées au genre, ou comme on dit en langage politiquement correct, un indice d’inégalité de genre (IIG ou GDI en anglais Gender-related Developpement Index), toujours basé sur des données quantitatives mais cette fois-ci concernant uniquement les femmes.  La façon dont les femmes sont traitées entre maintenant dans le calcul du rang du pays dans le classement. Cette fois-ci l’indice s’exprime en négatif : plus il est faible et meilleure est la situation des femmes. Les Pays-Bas, n° 1 en terme qualitatif de l’IIL, porte l’indice 0,174 ; le n° 2 avec 0,209 est le Danemark, le n°3 la Suède (0,212). La Norvège, en 5è position, obtient le score de 0,234. La France (11è position) atteint le score de 0,260.  Tous ces pays sont classés dans les pays à développement humain très élevé.  

   

Les femmes manquantes

Il s’agit de ces femmes qui ne sont pas nées et qui auraient du l’être si la vie leur avait été laissée soit à la naissance, soit au cours de la grossesse quand les hôpitaux du pays disposent des techniques d’échographie. Le déficit de ces femmes non nées s’élève à 134 millions en 2010, un chiffre en accroissement de plus d’un tiers par rapport aux estimations précédentes. Parmi les pays nommément cités, la Chine figure au Ier rang, suivie de prés par l’Inde qui connaît un accroissement important de ce phénomène particulièrement à Delhi.

 

2008-10-Photos-blog-011.jpgL’effet des crises est très marqué sur le taux de naissance des filles, sans parler de leur taux de survie après. Pour la décade 1974-2004, les moyennes comparées des naissances dans 59 pays, pour 1,7 million de naissances, établissent un différentiel important de survie. Une baisse de 1% du PIB entraîne un taux de mortalité de 7,4 chez les filles et de 1,5 pour les garçons. En clair, quand la nourriture manque et que les soins sont rationnés, le choix de la survie se fait surtout pour les seconds et moins pour les premières. La raison, non citée par le rapport du PNUD, en est que les garçons vont assurer la prise en charge des vieux parents alors que les filles partent dans la famille du mari et vont s’occuper de leurs beaux-parents. 

   

Le couplage du phénomène avec la dé-s-autonomisation des femmes

Outre ce phénomène des femmes manquantes, la situation des femmes est particulièrement préoccupante dans les pays asiatiques de l’ex-Union Soviétique. Un certain nombre de chefs de gouvernements locaux font pression sur le pouvoir central pour que celui-ci revienne sur des dispositions légales accordées antérieurement par le régime soviétique aux filles, telles que la défense de la famille nucléaire, l’interdiction des mariages arrangés, de la polygamie, l’obligation de la scolarisation des filles, la propriété… 

   

La terminologie onusienne

Pour passer de l’anglais au français, le rapport traduit la perte de droits, en utilisant le préfixe de « dé » suivi du mot, en l’espèce l’autonomie. Cela donne donc la désautonomisation, un terme incompréhensible en français et véritablement difficile à prononcer, qui signifie la perte d’autonomie. Le rapport l’écrit sans tirets. Dans ce sens, le Programme des Nations Unies pour le Développement aurait pu parler de la dénaissance des filles par rapport au taux de naissance des garçons.  Elle a choisi de parler des femmes manquantes, une façon de parler non contestable et peut être plus politiquement admissible. Elle englobe également les moindres soins apportés aux filles et aux femmes au cours de leur vie.  

   

L’indice d’inégalités de genre

L’organisation mondiale ne parle pas de discrimination, 2008-9-juillet-divers-011.jpgce qui serait très difficile à prouver. Elle établit des faits et utilise les chiffres. C’est la force de ce rapport annuel, malgré toutes les difficultés à avoir de l’information, même de la part de pays développés. Ce sous-indice intégré à l’IDH est lui-même un composite, avec toutes les imprécisions qui viennent soit de la non-quantification des données, soit de la non-transmission au PNUD, soit…. Citons parmi les composantes, le taux de mortalité maternelle, le taux de fécondité chez les adolescentes, le nombre de siège au parlement, le nombre comparé de femmes ayant au moins atteint le secondaire par rapport aux hommes, le taux d’activité des femmes par rapport aux hommes, le taux d’utilisation d’une méthode contraceptive, le % de naissance assistée par un personnel de santé qualifié. La France, pourtant classée 11, n’a pas par exemple rempli cette dernière position statistique. 

Pour suivre le chemin

. Voir le rapport du PNUD    http://hdr.undp.org/en/media/HDR_2010_FR_Complete.pdf

plus particulièrement les pages 92-94, 111, 180, 244-245… qui concernent l’IIG

. En matière d’indice du développement humain, la France est placée au 14è rang, une place qui marque un recul certain par rapport à 2009 (8è place) après s’être tenue à la 7è place.

. Sur l’indice d’inégalité de genre (IIL), voir        http://hdr.undp.org/fr/statistiques/iig/

 

Ce billet fait suite à une étude des Yeux du Monde, signée par Charles Larue, intitulée « Pourquoi la Norvège refuse-t-elle d’intégrer l’Union européenne ». L’auteur signale parmi les raisons :

. l’euroscepticisme des populations rurales bien pourvues en subventions nationales pour l’agriculture,

. la volonté de la filière de la pêche de préserver « la libre gestion des ressources de la Mer du Nord »,

. la crainte pour les femmes de « perdre leurs droits égalitaires »,

. la volonté pour les Norvégiens de garder pour eux la manne de la ressource du pétrole

. la crainte de l’abaissement du niveau de vie si la Norvège décidait de faire pleinement partie de l’UE.

Comme on l’a vu, ce pays occupe la 5è place en matière d’IIL et la 1ère place en IDH. Ceci explique aussi peut être cela, tant que le pétrole sera là.    

http://les-yeux-du-monde.fr/2010/08/28/pourquoi-la-norvege-refuse-t-elle-dintegrer-lunion-europeenne/

. Photos EP

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