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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Pub > Le chien dans la ville > Agent n°1 de la saleté sur le trottoir ?

20 Janvier 2015, 16:59pm

Publié par Elisabeth Poulain

     

Ce que ne dit pas le titre. La scène se passe à Bruxelles sur un trottoir du centre chic de la capitale de la Belgique et de l’Europe. Plus précisément sur un trottoir très passant. Comment je le sais ? D’abord parce que c’est une grande avenue proche du centre. Ensuite parce que j’ai pu le constater de visu. Il y a également d’autres raisons dont l’une est que les publicitaires savent, à la dizaine de personnes près combien de personnes empruntent ce trottoir, par jour, tranche horaire, selon qu’il fait beau, ou qu’il pleut…avec ou sans chien.

Chien-Médor-Bruxelles-Pub-propreté

Pourquoi avoir choisi un chien pour nous parler ? Ce n’est nullement un hasard. Regardez le bien, visez son regard. Ses yeux chassieux, son rire de travers qui lui donne une sale gueule, ses drôles d’oreilles... J’arrête là pour poser la question qui fâche : qu’a-t-il fait pour avoir l’air si coupable ?

La réponse est écrite sur le visuel du panneau : Médor, c’est son nom, a été surpris en « Flagrant Délit », lors d’un de ses délestages de « déjections canines ». Oui, Médor ne peut plus cacher qu’il en produit à lui tout seul 80kgs par sur les trottoirs de la ville ! Quand vous multipliez le nombre de chiens par la quantité, même s’il y a des petits chiens plus nombreux mais qui « en » font moins, on doit arriver quand même à des chiffres impressionnants

Le nombre de chiens à Bruxelles. Le chiffre indiqué est  de 50 000 en 2014, sans grande variation par rapport aux chiffres de 2008, un chiffre qui parle peu.  Dire que 9% des ménages en ont un –ou plusieurs- est plus significatif. Le fait est que ces chiens de compagnie posent une vraie question de propreté publique et d’actions à mener pour faire diminuer la charge et le coût du nettoyage  que connaissent toutes les villes.

Chien-Médor-Bruxelles-pub-propreté

Les chiffres de la propreté. On connait le nombre de kilomètres des voies publiques (296k), le nombre de rues ---) 1200, le nombre de déjections dans les canisites, qui s’élèvent 60 000. Celles-ci sont nettoyées tous les deux jours. Par contre, je n’ai pas pu trouver le poids et/ou volume totaux de ces déjections d’origine canine. On sait maintenant pour Médor, les autres au total, ça doit faire beaucoup, comme diraient les enfants !    

Un joli pas de deux. Les solutions à cette vraie question de salubrité publique sont peu nombreuses. Elles ne sont qu’au nombre de deux, en se rappelant toujours que le chien fait ce que son maître lui a appris à faire. Soit le chien est dressé à déféquer dans le caniveau - quand c’est autorisé - et/ou dans sa version moderne de « canisite », soit il ne l’est pas.

Quand le chien n’a pas été dressé, le cas plus fréquent malheureusement, il reste encore deux cas de figure. Le plus souvent, il ne se passe rien du côté du maître qui regarde ailleurs pendant que son chien s’est arrêté, fort occupé de son côté. Le même maître ou maîtresse bien sûr peut aussi avoir ou plutôt doit avoir le réflexe citoyen exigé par la loi à Bruxelles : c’est à lui ou elle de ramasser les matières fortement odorantes de son toutou dans le sac plastique qu’il ou elle doit tenir à la main dès lors qu’il ou elle sort promener son chien tenu en laisse. La loi précise même que ledit sac doit être tenu visible lors de la promenade sur la voie publique. Une façon citoyenne d’abord de nature à laisser une voierie vide de déjections de chien et de rassurer les autres passants que vous serez amené à croiser sur le trottoir : vous ne laisserez pas votre cher toutou souiller la ville.

Pourquoi traiter de cette question sur un visuel publicitaire à hauteur d’homme ou de femme ? Pour une raison simple qui est que c’est le maître ou maîtresse qui parle à son chien. C’est à lui de l’éduquer en étant exemplaire lui-même, même si on apprend toujours sur soi en ayant un animal de compagnie, surtout un chien sur lequel on se projette beaucoup.      

Pourquoi mettre le panneau en plein centre-ville, là où il y a beaucoup de gens ? Parce que le lieu est stratégique au regard de deux critères au moins, l’indice de passage  couplé avec celui des propriétaires de chien et de beaucoup d’autres. Le tout traité informatiquement vous indique l’emplacement privilégié pour implanter un panneau publicitaire. S’il y a un panneau près d’un croisement avec une autre rue passante, vous pouvez être sûre qu’il y a beaucoup de monde à pouvoir apercevoir le message porté par le pub, dont des propriétaires de chien, alors même que c’est là qu’il y a le moins de place disponible aux passants pour passer, surtout s’ils ont en plus un chien tenu avec une laisse longue. Une bien longue phrase pour dire que ceci relève d’une forte logique territoriale d’évidence. Et oui…tout comme la réglementation extrêmement précise concernant les chiens ou plutôt leur maître.

Chien-Médor-Bruxelles-Pub-propreté

Il reste une dernière question d’importance pour laisser le dernier mot à « Médor », un nom si ridicule qui pourrait presque expliquer pourquoi ce Basset Hound  a l’air si triste et boudeur. Il est triste parce qu’il n’est pas beau et qu’il le sait. Il ne va pas jusqu’à vouloir expliquer à son maître que, tout ça, c’est de sa faute à lui, son cher maître ou sa chère maîtresse. Lui, il n’a rien fait de mal ; après tout, il fait ce qu’ont fait les chiens qui l’ont précédé dans l’histoire, avant même qu’il y ait des villes, depuis plus de 30 000 ans loin, très loin dans la préhistoire. Alors voilà qu’un ou une publicitaire qui veut faire le malin se moque de lui, lui rallonge démesurément ses oreilles, si longues qu’elles traineraient sur le sol et seraient immédiatement salies par toutes les déjections des autres (chiens), ce qui serait proprement insupportable à son maîtr-e-esse : devoir nettoyer de retour à l’appartement ou la maison les oreilles de son cher toutou !

Il ne s’agit donc que d’une question de psychologie "canine" appliquée au maître du chien !Vous comprenez pourquoi j'ai mis un point d'interrogation à mon titre. Le chien non éduqué n'est qu'un des agents, le principal responsable étant le maître (esse), sans compter tous les  animaux qui continuent à vivre leur vie en ville, bien au chaud, bien cachés à l'abri de tous les regards humains...     

Pour suivre le chemin

. Sur l’identification et l’enregistrement de chaque chien à Bruxelles, depuis la loi du 1.9. 1998, lire  http://www.dogid.be/fr/registration

. Lire le communiqué sur la propreté publique en provenance de l’Echevine de la propreté de Bruxelles, qui développe des canisites,  sur  http://www.bruxelles.be/dwnld/28701963/canisites%20mars%202014.pdf

. Voir l’enquête sur le budget des ménages belges, avec les chiffres pour Bruxelles,   http://www.ping.be/~ping0522/PDF/la%20belgique%20des%20chiens%20et%20chats.pdf  

Pour rappel, le Règlement Général de Police de la Ville de Bruxelles précise l’interdiction d’abandonner les déjections dans l’espace public, hormis dans les canisites, ainsi que l’obligation pour les maîtres d’arborer à la laisse de leur animal un sac pour ramasser les déjections, sous peine d’amende de 50 à 250 E .

. En comparaison en 2013, le % par foyer pour Paris est proche du chiffre bruxellois ; 7,9% des foyers possèdent un chien, avec une remarque qui est que leur nombre a baissé de moitié en 10 ans, vraisemblablement sous l'effet de la réglementation et du coût d'entretien du chien; c'est du moins une hypothèse.  http://www.santevet.com/articles/chien-en-ville-une-grande-marche-a-paris-pour-defendre-sa-place      

. Photos Elisabeth Poulain

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