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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Ré-aménager à Bordeaux les quais de la Garonne

3 Juin 2010, 16:32pm

Publié par Elisabeth Poulain

Cette fois-ci, la parole est aux Bordelais et à ceux qui ont œuvré avec eux à Bordeaux-2010.05.29 048l’importante opération de réhabilitation des quais de la Garonne. Je vais donc m’appuyer sur les notes que j’ai prises lors des interventions de MM Duchêne et Guichard, élu en charge de l’urbanisme à Bordeaux et directeur général adjoint des Services techniques, la documentation qui nous a été remise ainsi que sur le dossier de presse réalisé par la ville. Devant l’ampleur des thèmes abordés, j’ai choisi de mettre l’accent sur la méthodologie et ‘la numérologie’ utilisées plus que sur le projet bordelais en lui-même. 

 

Le cadrage général

Le concours a été lancé en 1998 sur la base de cinq objectifs : 1. réhabiliter les quais, 2. redonner aux Bordelais l’accès au fleuve, 3. dynamiser et mettre en œuvre les façades du XVIIIè siècle, 4. accompagner l’implantation du tramway, 5. protéger la ville des inondations.

L’opération a ensuite été découpée et planifiée en projets distincts confiés à des architectes différents, tout au long des 10 ans de durées des travaux.  

Les cinq axes  + 1

Dés le départ, cinq choix préalables ont cadré le projet, grâce à:

. l’axe des Intangibles liés à la promotion du Bordeaux-2010.05.29 062tramway et la diminution de la présence de la voiture,

. la pose d’Interdits  porte sur la décision de ne pas construire de nouveaux bâtiments (ce qui explique la décision ultérieure de conservers les anciens hangars portuaires en aval), qui se traduit par la volonté de faire « avec »,  

. l’acceptation d’Interrogations sans réponses toutes faites au départ et donc sans certitude quant aux résultats, sur  notamment la capacité de la Communauté urbaine de conduire un cahier des charges aussi important, la question restée ouverte d’ailleurs sur le type de végétal, la question du franchissement du fleuve qui a donné lieu à des discussions animées, l’interrogation sur les liens avec la ville, son histoire, son image, le questionnement sur la relation entre la ville et son fleuve avec une présence portuaire qui évolue au fil des siècles,

. la volonté affichée et appliquée d’obtenir le prix le plus bas au m2, de faire au mieux-au plus juste : il n’y a eu selon Michel Duchêne et Thierry Guichard « aucune folie, à l’exception du miroir d’eau dont le coût a été élevé du fait de l’existence en dessous d’un parking souterrain »,   

. la question de l’évidence de la nécessaire concertation avec la population, à laquelle tenait beaucoup Alain Juppé ; il a participé à 7 des grandes réunions sur les 8 qui se sont tenues.

 

L’axe qui n’a pas été cité porte sur la décision très ‘politique’ de la Ville de Bordeaux de confier la gestion du projet à la CUB, la Communauté urbaine de Bordeaux, qui a tenu dés lors à y associer Bordeaux. Le jeu est devenu collectif et les jardiniers de Bordeaux en particulier sont devenus des acteurs à part entière Bordeaux, carte des cinq séquencesdes projets, ce qui a contribué  aussi à leur succès.

 

  • Le découpage du projet en lanières et séquences
  • Il a été tramé sur le terrain en lanières et séquences. Les lanières sont transversales au fleuve par différences avec les séquences qui courent sur chaque rive du fleuve. Les deux interagissent avec le fleuve. 

Les 4 lanières

Ce sont les composantes physiques de la rive qui s’étagent de la partie la plus haute et la plus distante du fleuve vers celui-ci par paliers successifs en descendant jusqu’au niveau de l’eau. On distingue l’espace à vivre, le boulevard, le plateau et les berges proprement dites, où se fait la rencontre avec l’eau : 

-        l’espace à vivre entre l’immeuble et la voirie était « mangé » par la voiture, avec parfois une largeur qui n’excédait pas 1 mètre ---) la volonté a été de redonner plus d’espace aux gens,

-        le boulevard, la partie dévolue à la voiture, a été réduit pour ne laisser à la voiture que 2 fois 2 voies, avec contre-allées, l’accès au tramway et un stationnement longitudinal pour ralentir la circulation, ---) la circulation a baissé de 40% ; on peut continuer à aller dans le centre mais c’est plus compliqué. L’avantage est de conserver l’animation du centre-ville où la circulation est réservée aux résidents grâce à des bornes d’accès,   

-        le plateau s’étend sur des surfaces variables entre la 4 voies et les berges,

-        les berges peuvent prendre d’autres appellations quand elles sont bordées de constructions, ce sont des quais, de rambardes, de murets ou de barrières en bois afin d’en sécuriser l’accès.  

Les lanières sont aussi d’une grande importance dans l’optique de la relation pas toujours paisible avec le fleuve et de la lutte contre les inondations. Il y a en outre à Bordeaux une forte amplitude du niveau de l’eau. L’étiage est de 7 mètres ! 

Les 5 séquences

Elles vont à leur tour découper l’espace de façon longitudinale d’une autre façon :

-        côté ville, elles vont prolonger le quartier dont elles sont l’aboutissement à l’eau,

 -        côté rive, elles vont prendre chacune une identité distincte de façon à la fois à structurer différemment l’espace et éviter la monotonie et à jouer de la polyphonie des activités.

 

Pour les voir, il faut vous référer à la carte « Cinq séquences ». En partant de l’amont vers l’aval sur la rive gauche, il y a d’abord,

-        le Quai Sainte-Croix avec le Parc Saint-Michel de 5 ha,

-        le Quai de la Douane, avec la Place de la Bourse Bordeaux-2010.05.29 166et le fameux miroir d’eau

-        le Quai Louis XVIII avec la Prairie des Girondins de 1500m2

-        le Quai des Chartrons, bien connu des amateurs de vins, qui garde une empreinte portuaire

-        le Quai de Bacalan où demeurent les Hangars, « vestiges de l’activité industrielle du port de Bordeaux ».   

 

Par différence avec les lanières aux lourdes contraintes, les séquences sont plus ouvertes aux projets innovants et différents. C’est là que le jeu sociétal de la relation à l’autre va pouvoir s’exprimer pleinement. Dans les lanières, la pensée va d’abord à la délicate place de la voiture et à la capacité du tramway d’offrir une alternative satisfaisante.

L’espace et le temps

Axes, lanières et  séquences ont tous en commun de structurer l’espace qui à Bordeaux  offre une richesse de potentialités que peu de grandes villes ont en France : Paris, Lyon…Ils ont aussi en commun leur rapport au temps. Les Bordeaux, Place de la Bourse, en 1970Bordeaux Place de la Bourse et miroir d'eaupremiers mots de Thierry Guichard ont porté sur la durée de mise en œuvre du projet, 10 ans, 1999-2009. Le fait que l’opération ait été lancée en 1998, en pleine excitation sociétale d’attente de l’an 2000 n’est pas anodine. (Nous étions tous dans une euphorie dont nous avons peine à nous souvenir. C’est moi qui le souligne).  Il a ensuite expressément rappelé que « la notion du temps est à intégrer. La ville existe depuis 1000 ans. 10 ans à côté, ce n’est rien. La ville évolue tout le temps. »

 

Dans ce temps long de la ville, cette continuité au fil du temps, « le choix d’un lampadaire n’est pas un problème, les arbres oui, le tramway aussi ». Le politique est obligé d’en tenir compte en  hiérarchisant l’aménagement de la ville en fonction de ces contraintes de temps.  

La liberté des gens

 Il est une autre donne, qui est un des éléments clés d’une opération urbaine de grande envergure, non citée au départ. Bordeaux-2010.05.29 159Il s’agit de la liberté. Si le pari est gagné, ajoute Thierry Guichard, c’est bien parce que « rien n’est imposé ; la population peut faire ce qu’elle veut. Sur ces 100 mètres sur 4,5kms de long, on peut aller à la fête du fleuve, se reposer sur un banc… C’est un lac plus qu’un fleuve, un espace reposant par rapport à la ville. Notre objectif a été de créer une ambiance nouvelle, en pleine ville. On est bien ». 

 

L’attraction des berges

Elle en est sortie renforcée, au point que certains se demandent comment on pouvait faire avant. Michel Duchêne a confirmé que cette opération, évidemment lourde sur le plan financier mais raisonnable au regard des enjeux et du temps long, est un succès au plan touristique. Des  personnes viennent maintenant spécialement pour se promener le long de la Garonne. Le fait d’avoir accès au tramway dans cette partie est un atout. Depuis, le prix des logements a augmenté, les commerces ont vu leur chiffre d’affaires aussi…La question qui se pose maintenant est que les trois lignes de tramway sont déjà quasiment saturées.                                                               Bordeaux, trajet Rives de Garonne

Pour suivre le chemin

. Voir les cartes remises pour faciliter la découverte

des berges à pied.

. Se renseigner à Bordeaux et en particulier lire le dossier de presse  très complet qui retrace toute

l’histoire de la réhabilitation des quais sur

http://www.bordeaux-metropole.com/presse/dp/urba/quais_mai2009.pdf

 

. Lire les articles précédents 

. Photos EP, sauf les cartes et les photos vues d'avion 

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