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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Regard d'un peintre, Jean-Luc Mathonnière, en victoire sur la souffrance

2 Décembre 2009, 16:43pm

Publié par Elisabeth Poulain

Comment peut-on rendre hommage, rien qu’en quelques mots de titre, à un homme qui toute sa vie a lutté pour pouvoir vivre ? Il est décédé à 54 ans le jour où le recensement de ses œuvres a été terminé. Pendant plus de  20 ans, il a

 

été hospitalisé à l’hôpital et n’en est sorti que très temporairement et irrégulièrement pour aller suivre des cours de dessin et de peintures, en prenant le bus comme tout le monde. Ce qui en soi était déjà une formidable victoire. Mais tout le monde n’est pas artiste et il ne suffit pas d’être malade pour l’être.

 

Jean-Luc Mathonnière, lui, ne s’est pas posé la question de savoir s’il était artiste ou si ce qu’il faisait était de l’art. Il voulait peindre et dessiner et c’est ce qu’il a réussi à faire, en ne se souciant pas non plus quelle était sa cote sur le marché de l’art, celui de ‘l’art des fous’ qualifié aussi plus tard ‘d’art brut’ ou ‘d’art primitif’, autant d’appellations qui, dans son cas, sont restrictives.

 

A écouter parler ceux qui l’ont connu, aimé et accompagné tout au long de sa vie de patient, il était peintre et avait besoin, comme tout peintre, de résoudre des questions techniques pour arriver à traduire en peinture ce qu’il voulait communiquer et continuer à progresser. Très vite, sa liberté de peintre lui a fait choisir ses thèmes de prédilection ou plutôt son

thème central : l’homme en son visage. Il a fait très peu de scènes d’intérieur, pas d’extérieur. Quand il désigne une de ses œuvres maîtresse ‘l’Homme des Bois’, il vise l’homme qui re-de-vient bois, plutôt que le bois lui-même ou une quelconque nature. L’abstrait ne l’intéresse pas non plus, si ce n’est involontairement pour montrer une réalité fractionnée et qu’on devine douloureuse, même quand on ne connaît pas son histoire. 

 

D’ailleurs, on ne sait que fort peu de choses sur lui. Son histoire est protégée, sa souffrance n’a pas été exploitée. Un certain nombre de ses œuvres certes été présenté dans des expositions, mais lui n’a jamais été présent. Ses œuvres parlent pour lui. Par contre savoir que des gens venaient voir ses peintures était important pour lui. C’était et c’est une vraie reconnaissance de son identité de peintre. Selon Monique Ricordeau, qui était présente à son enterrement « qui a été très digne, Jean-Luc a été accompagné jusqu’au bout. Quarante personnes s’étaient réunies ce  9 octobre 2007, des médecins, des patients, des gens de l’extérieur. Un de ses tableaux est accroché au mur de la chapelle de l’hôpital ».

 

Il faisait grand soleil pour son expo ; il y avait suffisamment de monde pour que la salle soit animée et pas  de trop à se gêner l’un l’autre. Des malades en fauteuil étaient poussés par leur accompagnateur.

Des parents de malades étaient venus aussi. Un médecin avait emmené son fils adolescent. Des curieux s’interrogeaient pour savoir le qui du quoi d’un titre. Il s’agissait du tableau intitulé ‘Les deux voleurs’. Jean-Luc Mathonnière avait beaucoup hésité. Il avait un autre titre en tête^pour ce tableau, « Les deux frères », des jumeaux qui ont un air de famille.  Toujours sa quête du visage et de l’identité, comme si l’un volait l’autre. 

Pour suivre le chemin

. L’exposition de Jean-Luc Mathonnière, en son hommage, a été organisée au Centre hospitalier de Sainte Gemmes sur Loire, par l’Association ‘Mais-Encore’, dont fait partie Monique Ricordeau psychologue, pour les Journées européennes du Patrimoine, le 19 et 20 septembre 2009. Cesame, 49137 Les Ponts de Cé, 02 41 80 79 08.

. Photos Elisabeth Poulain

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