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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Regard d'une photographe, Yoshina Davelaar, au-delà de l'apparence

4 Décembre 2009, 11:08am

Publié par Elisabeth Poulain

Les Allumettes

La rencontre se passe à Trélazé près d'Angers, aux Allumettes, un lieu magique, hors du temps, en automne lors de la chute des grandes feuilles des platanes. Tournez à gauche en entrant dans l’ancienne manufacture, au milieu de l’allée, là où se trouvent des voitures et des gens, enfoncez vos pieds dans un matelas mou de gigantesques feuilles ocres de platane, vous arrivez chez Jean-Jacques Pigeon bien connu des Angevins (voir son portrait).  Dans la quatrième salle, à une table se tient une femme aux yeux d’aigle qui voit tout et s’interroge beaucoup. Yoshina Davelaar, assise à un guéridon, vous voit arriver. Elle est sérieuse et dense. C’est un regard de photographe qui voit profondément. Elle a fait des études d’art, spécialisation en photo, dés qu’elle a pu choisir son orientation.

 

Aux Allumettes, elle a mis son empreinte partout dans la salle que Jean-Jacques Pigeon lui a prêtée pendant ces visites d’ateliers d’artistes qui ont lieu en cette fin novembre. Cette année pour la première fois, l’association organisatrice avait invité des artistes néerlandais basés à Haarlem, qui tous ont été accueillis par des artistes angevins, en fonction des possibilités de leur atelier.  

 

Aux trois murs de cette partie de l’atelier, sont accrochés des photos de fleurs qui ont perdu leur identité florale ou végétale pour accéder, grâce à la macro, à un autre état de quasi-apesanteur. Que voit-on ? On ne le sait pas. Peut être un pistil flottant sur des rondeurs quasiment blanches. Plus loin sur un écran,  se présente un narcisse au pied d’une gerbe de tulipes jaunes, on regarde bien. On voit bien les fleurs, cette fois-ci, c’est plus facile que pour l’autre présentation. Apparemment, parce que ce qu’on ne sait pas voir, c’est que ce narcisse est en plastique et les tulipes sont naturelles. La composition florale de la photographe existe en tant que tel, surtout qu’aucune explication nulle part ne vous explique le jeu de miroir avec la réalité de l’artiste. 

 

Yoshina  Davelaar définit son travail à ses débuts par la couleur et la photo comme un moyen de communication entre les personnes. Depuis elle chemine sur la crête de la frontière entre ce qui est et ce qu’on voit. Au départ de sa démarche, il y a par exemple un morceau de tissus à nettoyer des lunettes - qu’elle garde dans sa poche -, reproduisant une photo d’une gerbe de fleurs orangées. Elle va à son tour le photographier. Où commence la réalité ? Où est la frontière entre le tissu, la photo de départ, ce qu’elle traduit en photo et ce que vous ressentez.

 

L’art

Dans quelle mesure parvient-t-on à franchir le pas de la création et la frontière de l’art ? C’est vraiment une question essentielle à laquelle parviennent très vite les enfants qu’elle accueille à ses cours  de photos :

. L’enfant : dites, Madame, ce que je fais, je m’amuse avec l’appareil. C’est juste de la photo. Pas de l’art.

. Et la réponse de Yoshina : ‘personne ne peut dire à ta place ce que  tu fais. C’est de l’art, si tu penses que c’est de l’art. Il n’y a pas d’autre définition. Only the artist is the one who can say that something he realises is art. If you say, this is art, non one can say it’s not good or it’s no art’. Never forget this, you have the strength to create et to be yourself.  Art is a way to be yourself’.

 

Il y a chez Yoshina Davelaar cette part de création bien réelle alliée à cet instinct d’archéologue qui à partir d’un élément de poterie va reconstituer toute une atmosphère, comme elle l’avait  fait avec la lingette pour les lunettes. Cette fois-ci, elle est partie d’un protège-théière ou cafetière qui garde la boisson au chaud. On en trouve-trouvait beaucoup aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne… il y a encore 50 ans dans les années 60. Celui qu’elle a trouvé aux Puces est d’un orange pétant. Il est magnifique de technicité et s’ouvre comme un sac à main par le dessus, alors que généralement ils ressemblent à de gros bonnets posés sur la théière. Grâce à des recherches approfondies en magasins de seconde main (second hand shops), elle a pu trouver une table, deux chaises et la vaisselle assorties au couvre-théière. Cette fois-ci, à partir d’une pièce, elle a pu reconstituer un îlot des années sixtees et créer une atmosphère très personnelle dans l’atelier des Allumettes chez Jean-Jacques Pigeon.

 

La réaction des visiteurs ? Ils touchaient le couvre-théière. Mais seule Yoshina Davelaar s’est assise à une des ses chaises. Et le thé vert, c’est Jean-Jacques Pigeon qui nous l’a offert à un autre guéridon.

 

Pour suivre le chemin

. Aux Pays-Bas, à Haarlem, www.yoshina.nl

. Haarlem est une des villes jumelées à Angers, ainsi qu'Osnabrück. C'est une très jolie ville de 150 000 habitants située près d'Amsterdam. Voir une raîde description sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Haarlem

. Association d'Ateliers d'Artistes, 5 rue de Charmacé, 49100 Angers, France
. Photos EP
  

. A Trélazé (49), pour découvrir toute l’histoire de ce site remarquable d’architecture industrielle créé en 1863 par les frères Lebatteux pour y  fabriquer des allumettes. Les ouvrières étaient les femmes des ardoisiers. Lire l’histoire du site par Sylvain Bertoldi, Conservateur des Archives d’Angers, parue dans le journal municipal d’Angers, Vivre à Angers, septembre 1998 

www.angers.fr/decouvri-angers/en-histoire/chroniques-historiques


        

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