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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Rodolphe Millet photographe-archéologue de Murs de l'Est

21 Janvier 2014, 12:22pm

Publié par Elisabeth Poulain

Il est un photographe passionné de connaissance de la langue et de la culture soviétique, plus précisément des effets du passage du temps sur les traces visibles d’une écriture ancienne. C’est le télescopage des périodes-temps  qui l’intéresse. Pour atteindre cet objectif, il met en œuvre une procédure de recherche tel un archéologue qui part à l’aventure en ayant délimité son territoire, mais sans savoir ce qu’il va trouver.

Dans la revue Europa, n°32 du 24.02.2012, Rodolphe Millet explique sa démarche de photographe à l’instar d’un chercheur travaillant dans le domaine de l’ethnologie, de l’archéologie... Ses voyages dans l’Ex-Russie soviétique ont été la phase n°2 d’une démarche qui l’a conduit à commencer préalablement à apprendre en 2007  la langue russe qui se caractérise notamment par son écriture cyrillique.

rodolphe-millet- StPeteMachinaNeStavit-Tous-droits-réervé

 

Pour approfondir sa connaissance de la langue, le photographe a entrepris de nombreux voyages dans neuf pays ou régions de l’ex-URSS. Sa connaissance du terrain s’est étendue sur plusieurs années et donne bien à comprendre son caractère originale à trois autres titres principalement. Citons sa volonté de rechercher les témoignages visuels de l’écriture de cette langue (*) en lien avec les gens qui la parlent (**) et cela dans l’espace public (***). Une démarche globale faite au bon moment pendant que commençait à se diffuser à grande échelle, comme dans le reste du monde, l’écriture occidentale par le double biais de la publicité et des réseaux.  Mais cela, le photographe ne le dit pas. Rodolphe Millet préfère mettre l’accent sur la beauté du graphisme de l’écriture cyrillique encore présente sur les murs visibles de l’espace publique.  

« PhotoTypo Graphie Cyrillique  est un projet archéologique au long cours portant sur la typographie soviétique. Il offre un aperçu d'un monde perdu, d'une utopie historique dont l'empreinte visuelle tend aujourd'hui à disparaître. Certaines lettres semblent encore se vanter d'une grandeur passée. Issues d'une époque révolue et marquées d'un fort anachronisme, elles sont dans ce projet largement représentées, non pas par nostalgie mais bien par intérêt documentaire. Leurs esthétiques et leurs lignes, en cours de démantèlement, constituent au sein de ce projet un inventaire typographique ».

rodolphe-millet-UlanUdeAvariinaya-Tous-droits-réservés-

 

Sur les onze clichés présentés dans la revue d’Europa, j’ai sélectionné trois d’entre eux qui m’ont plus particulièrement intéressé. Ils ont en commun de projeter une grande force calme qui vient en particulier d’une composition très rigoureuse de l’espace sélectionné en lien avec des couleurs toujours particulières et la présence de vraies personnes qu’on voit vraiment ou en partie seulement ou que l’on devine. Toutes ses photos ont toujours un titre, celui de ce qui est écrit sur le mur, la porte ou la transition entre le mur et le sol. Le nom du lieu –ville, région, état- est ensuite indiqué, avec l’année où le cliché a été pris de façon à conserver la typicité de chaque prise tout en la faisant entrer dans une série qui parle à son tour autrement que ne le ferait une photo sans la double démarche de photographe et de chercheur.

Archéologue ou ethnologue ?  Le premier a pour mission de faire parler le passé par les traces de la présence humaine, animale, végétale… qu’il va pouvoir identifier le plus souvent dans le sol et ou sur la pierre. Les écritures gravées dans la pierre offrent au scientifique un champ d’exploration absolument fabuleux. L’originalité de la démarche de Rodolphe Millet vient de ce qu’il se situe à un carrefour entre un champ de connaissances très large puisque l’écrit et l’écriture sont un parfait miroir d’une culture et plus largement d’une société. Il photographie le temps à un moment de télescopage entre ce qui est encore d’avant – l’écriture cyrillique – et ce qui se passe maintenant, au temps très récent où sur place il a pris des clichés avec toujours une présence humaine affirmée ou suggérée. A ce titre, il pourrait être aussi ethnologue qui place la personne humaine au cœur de la démarche de la connaissance.

rodolphe-millet-interdit-!-sebastopol-ukraine-2010

Sa vision de l’espace. C’est la ville qui l’attire avec ses places, ses rues, ses espaces sans nom et qui existent pourtant partout. C’est le vide sous toutes ses formes qui le motive, l’évidé peut-être encore plus. Quelqu’un était là, n’est plus et portant il reste quelque chose d’une trace humaine, présentée dans cette sélection que j'ai faite sur l'interdit. C’est aussi ça l'art de ce photographe qui garde cette mémoire sur le cliché !

Pour suivre le chemin

. Rodolphe Millet est à retrouver dans Europa n° 32, du 24.02.2012, dans un article qui a pris le nom du projet, avec 11 de ses photos. Le photographe travaille actuellement à une réactualisation de cette sélection.

. Un autre reportage de lui portant cette fois-ci sur « l’Ukraine, Que reste-t-il de Tchernobyl » est parue quelques mois après le 18.06.2012 toujours dans Europa, avec douze clichés.

http://www.journaleuropa.info/Formats/Reportages-photo/PHOTO-TYPO-Graphie-Cyrillique  http://www.journaleuropa.info/Rubriques/Culture/Que-reste-t-il-de-Tchernobyl

. Pour des photos plus anciennes, voir  http://issuu.com/rodolphemillet/docs/kazifreeairlines

. Photographies tous droits réservés Rodolphe Millet, publiées sur ce blog avec l'autorisation de leur auteur. Le Ier cliché se nomme "Interdiction de stationner"(St-Peterbourg 2010), le second porte le titre de " Service d'Urgence"(Oulan Oude, Russie 2010) et le troisième est tout simplement "Interdit" (Sébastopol, Ukraine 2010)

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