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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Se concerter autour des Berges de la Garonne et du Rhône

9 Novembre 2010, 18:10pm

Publié par Elisabeth Poulain

On pourrait dire aussi « Concerter l’aménagement des berges de la Garonne à Bordeaux Bordeaux-2010.05.29 131et du Rhône à Lyon. » La définition de la concertation (concertare, mot latin) selon le Petit Larousse est double:  

. concerter, préparer une action en commun, comme dans « concerter un projet »

. se concerter, s’entendre pour agir ensemble, « la concertation (est) une action, le fait de se concerter, en particulier dans le domaine politique et social. » Je préfère la seconde formule car elle met l’accent sur le fait qu’il faut aux deux parties se mettre d’accord - et j’ajoute - tout en restant chacune dans son rôle.  

 

 L’importance des mots

Quand il a fallu sélectionner un mot pour montrer que les citoyens allaient pouvoir désormais travailler conjointement avec les autorités territoriales sur les projets qui les concernent très directement, c’est le terme de participation qui s’est imposée en France. Tous, à commencer par la presse, alors ont repris le terme de démocratie participative sans que cet oxymore choque quiconque. Les Français, pourtant amoureux des mots et exigeants en matière de la précision du langage, ont suivi sans souci. La démocratie, reposant par définition sur l’élection par les citoyens de leurs représentants territoriaux, est beaucoup plus qu’une simple participation. Avec ce terme de démocratie participative, il y aurait deux démocraties, la vraie celle qui fonde la société avec au cœur du système comme seul mode d’expression, l’élection par le citoyen et une autre dans laquelle le citoyen désormais qualifié d’habitant, serait invité à participer aux débats portant sur une ou plusieurs étapes d’un projet public collectif à enjeux.  

La concertation

Comme il ne saurait y avoir de hasard dans ces affaires Bordeaux-2010.05.29 144de pouvoir, cette participation est en fait de la concertation  désormais intégrée au cœur de « nos » grands et petits projets collectifs du vivre ensemble. La concertation est un mot qu’on ne pratiquait guère en pays latins très centralisés et qu’on commence seulement à re-découvrir maintenant lors de ces grands projets urbains  que sont les aménagements des berges de fleuve ou de rivière à allure de fleuve dans les métropoles et les villes de plus petites dimensions.  C’est le sujet de ce billet qui finalise la série qui a commencé à Bordeaux et s’est poursuivie à Lyon pour l’aménagement des Berges des deux grands fleuves que sont la Garonne et le Rhône en cœur de ville.  

 

-        Pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour clore la série ?

-        Parce que la concertation est un thème délicat qu’il faut avoir un peu de pratique pour comprendre comment elle s’exerce sur le terrain.  

 

Au vu de l’importance de l’influence de ce concept de concertation sur nos vies, ce billet marque aussi le début d’une nouvelle série plus large qui sera consacrée à la concertation. Pour garder ce double regard, sur Bordeaux et Lyon, je vais dans ce billet  restituer ce que nous en ont dit  Thierry Guichard , le responsable du projet à la CUB (Communauté urbaine) de Bordeaux et Gérard Claisse, l’élu en charge de la concertation et du développement à Lyon.  

La concertation à Bordeaux

Bordeaux-2010.05.29 176Thierry Guichard a certes parlé de la concertation pour mettre l’accent sur la présence du maire de Bordeaux à chacune des 9 ou 10 grandes réunions plénières qui ont accueilli beaucoup de monde et pas seulement ceux qui habitaient sur les berges ou tout près. C’est en effet une des caractéristiques communes aux grandes villes que sont Bordeaux et Lyon que leur cœur de centre est revendiqué comme un capital commun. Deux autres données renforcent cette réalité, liées toutes les deux au transport, à savoir le stationnement des voitures de ceux qui habitent et de ceux qui viennent dans le centre pour leur travail, leurs loisirs ou des courses.  

 

La question de la voiture est certainement celle qui a fait l’objet des échanges les plus vifs, puisque tout l’aménagement de la Rive gauche repose sur la volonté de garder une présence limitée de la voiture, avec une double allée gardée pour le stationnement  et une deux fois deux voies – auparavant il y avait jusqu’à 18 voies ! – conservée pour une circulation ralentie grâce à des feux. La circulation n’est certes pas interdite mais elle est devenue suffisamment dissuasive pour qu’il ne soit plus intéressant de passer par les berges en voiture en terme de temps.

 

Ce point très sensible au regard de la concertatiBordeaux-2010.05.29 189on n’a pas été volontairement développé par Thierry Guichard. Sa présentation, éclairée par la réussite finale, a été axée sur sa volonté de mettre en lumière l’implication dans ce grand projet du maire de Bordeaux, Alain Juppé. A l’exception d’une seule grande réunion, le premier magistrat de Bordeaux a en effet participé activement aux débats avec les habitants de Bordeaux et n’a pas hésité à « mouiller sa chemise », une locution qui n’a certes pas été employée par Thierry Guichard.  De la même façon, c’est au détour d’une question sur le coût des aménagements posée par un des membres de la délégation angevine, que nous avons appris qu’un grand parking était situé sous le fameux miroir d’eau qui fait face au Palais de la Bourse. Notons en passant que le seul élément vraiment coûteux de cette opération urbaine d’envergure a été justement ce miroir d’eau conçu par le paysagiste Michel Corajoux. Le chantier a du être prolongé pour consolider l’étanchéité du miroir : lors des essais en effet, des fuites d’eau avaient été détectées.  

 

La question des arbres a fait également l’objet de débats approfondis. Un aménagement aussi minéral que le miroir d’eau nécessitait en effet un lien végétal fort avec le fleuve, comme autant de traits d’union dans des mots composés. Ce sont des arbres à haute tige et à développement moyen qui ont été choisis. J’ai bien sûr cherché à savoir quelle était l’essence retenue. Mais c’est une question que je devrai poser à Michel Corajoup, Thierry Guichard n’ayant pu me répondre. De mémoire, les lampadaires ont également suscité un débat.  

La concertation à Lyon

Lyon 2010.06.12 031L’ampleur et l’ambition de la concertation éclatent. Une recherche sur le Net confirme l’impression qu’en France, c’est Lyon qui mène la danse de la concertation. L’existence d’un élu, Gérard Claisse, en est aussi la preuve. Les dénominations de ses attributions varient au fil du temps. Elles portent sur « la concertation et le développement », « la participation citoyenne et la concertation ». L’essentiel à retenir est qu’il y a là une vraie volonté de faire de la concertation un outil majeur de la conduite des affaires de la cité.  

 

Quoi qu’il en soit de l’intérêt de toutes les séquences que nous avons pu vivre en marchant, particulièrement celle du matin à la Cité Internationale devant les immeubles de Renzo Piano et malgré un timing très-trop serré, la rencontre avec l’élu a été le moment fort de la journée :

-      pas seulement parce que la réunion s’est tenue à bord de la péniche Varta achetée par l’Agglomération pour les réunions de concertation,

 

-      pas seulement parce qu’une bonne partie des acteurs à forte responsabilité étaient venus à notre rencontre en ce samedi après-midi de juin, sous un beau soleil. Outre Gérard Claisse, il y avait Gilles Buna, adjoint au maire de Lyon, vice-président de GrandLyon qui a ouvert les débats ainsi que Anne Tardivon co-associée de In Situ, l’équipe de paysagistes et d’architectes qui a remporté le contrat de définition,

 

-        pas seulement parce que réellement c’est Lyon 2010.06.12 051de la concertation dont il a été question tout au long de cette journée qui s’est révélé franchement trop courte pour apprécier aussi le grand chantier de la question du nouveau quartier de la Confluence sur la rive droite avec la Saône,  

 

-      mais parce qu’on a commencé à comprendre la dimension vivante et concrète d’un aménagement d’importance comme la nouvelle conception des Berges du Rhône après le choix sur appel d’offres de l’agence In Situ.                    

 

La dimension stratégique de la concertation

C’est vraiment l’élément qui m’a frappé, le caractère constamment modulable du chantier qui doit s’adapter à la réalité du terrain, en fonction des choix faits et de l’écoulement du temps, puisque chaque phase de réalisation modifie non seulement le lieu précis mais la zone délimitée, la ville et l’agglomération. Trois facteurs ressortent.

-        La ville change tout le temps et Lyon a l’habitude des grands projets.

-        Le Rhône est le fleuve le plus puissant de France et sa force de nuisance lors de ses crues est proportionnelle à sa puissance. C’est à Lyon, une caractéristique de la plus haute importance, à équivalence avec le changement.

-        Le projet d’aménagement des Berges de la rive gauche du fleuve s’insère dans une vision stratégique large à l’échelon européen. L’aménagement des berges en plus fait le lien entre la Cité internationale au nord et le grand parc Gerland au sud où l’on retrouve Michel Corajoup.

 

Lyon 2010.06.12 079La perception très forte de cette volonté stratégique de changer la ville de l’équipe de l’agglomération de Lyon est le premier élément fondateur de la concertation. Devant tant d’inconnu face aux besoins de la ville de demain, devant l’impossibilité de déterminer ce qui sera nécessaire à notre vie, ce qui sera indispensable à la ville, il n’y a en démocratie pas d’autre réassurance possible pour avancer que celle qui consiste  à travailler de concert avec les citoyens, pour acquérir, malgré la difficulté à travailler en équipe, une réelle caution démocratique.  C’est aussi une façon de donner la parole aux citoyens, qui n’ont de pouvoir d’action que les jours d’élection.  

 

Dans ces conditions, la transparence des enjeux et des choix à faire pour le bien de tous doit être la plus forte possible. C’est ce qu’a fait GrandLyon en organisant à l’intention du public une exposition des différentes propositions reçues après le lancement de l’appel d’offres. De multiples moyens de communication ont diffusé l’information. Un autre élément juridique celui-là entre alors en jeu : c’est la nature du contrat conclu entre l’agglomération et l’équipe qui a présenté le meilleur projet, celui qui « colle » le mieux avec ce que souhaitent les élus. Le contrat de définition, qui a été conclu avec l’Agence In Situ qui a remporté le projet, a permis son évolution par rapport a ce qui était prévu au début. Et c’est la large concertation qui a permis cet ajustement à la réalité du terrain dans le cadre du vivre ensemble.

 

Lyon 2010.06.12 112Lors de notre venue à Lyon, sur la Varta, aux côtés de Gilles Buna  et de Gérard Claisse, la paysagiste d’In Situ a présenté l’aménagement tel qu’il avait été défini au départ. Elle a mentionné, sans la développé, la concertation et a cité en exemple la volonté des citoyens de bénéficier d’un accès ouvert le plus largement possible au fleuve. Elle a mentionné aussi le fait que « les belvédères », ces constructions de bois posées en avancée sur le muret du quai du haut, n’ont finalement pas édifiés, par manque de sponsor pour les louer. Le  coût a paru également dissuasif en réunion publique.  

 

Pour suivre le chemin

. Lire les 10 précédents billets que j’ai consacrés à Bordeaux et à Lyon sur ce blog :

Des hardis Angevins à Bordeaux sur les berges de la Garonne

Bouger à Bordeaux sur les quais de la Garonne

Ré-aménager à Bordeaux les quais de la Garonne

Jardiner à Bordeaux sur les Quais de la Garonne

Se mirer dans l'eau de la Garonne sur les quais de Bordeaux

 

Sentir à Lyon la force vive du Rhône à la Cité internationale

Dynamiser la relation à l'eau sur les berges de Lyon

Jouer avec la lumière et la couleur sur les quais du Rhône à Lyon

Parler de l'aménagement des berges de Lyon à bord de la péniche Varta

Garantir la propreté des berges du Rhône à Lyon

  

. Faire connaissance avec le nouveau pont qui franchira la Garonne. Il sera opérationnel en 2012, le Bacalan Bastide, et reliera la rive gauche à la rive droite, 4 pages très intéressantes dans

  http://www.lacub.com/sites/default/files/PDF/publications/journal/lejournal_10.pdf

 

. Retrouver les principales sources sur Lyon sur

http://www.grandlyon.com/Publications-sur-les-berges-du-Rhone.1279.0.html

. Lire le rapport très complet sur les effets de la concertation sur les aménagements de la ville sur

http://www.gip-epau.archi.fr/POPSU/valorisation/IMG/pdf/Lyon%20-%20Les%20effets%20de%20la%20concertation%20sur%20les%20choix%20techniques%20de%20l%20amenagement%20urbain.pdf

 

. Photos EP

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