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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Style de Com > Les Monstres verts > La Grenouille

2 Mars 2013, 11:58am

Publié par Elisabeth Poulain

La grenouille est vraiment bizarre. Ce n’est certainement pas par hasard que les Anglais, quand les Français les agacent, nous appellent les « froggies ». C’est un animal dont la chair est  mi-viande, mi-poisson. Un drôle de truc visqueux qu’on ne rêve pas de prendre à pleine main. Et pourtant, il y a une réelle fascination pour la grenouille, pas celle qui a des couleurs feuilles-mortes, mais la verte claire enrichie de jaune et parfois de rouge, comme si sa couleur changeait sa nature en raison du trouble induit par le mimétisme avec la couleur du gazon et des feuillages.

 

Grenouille verte, Pub, Capital, 2000

 

C’est le cliché qui a attiré Agfa pour vanter le respect de la qualité de ses matériels en matière d’imagerie numérique et du respect des couleurs. La tête du monstre avec ses gros globuleux cerclés de noir avec un dessus jaune aurait de quoi inquiéter, d’autant plus que sa peau est luisante.  Celui-là pourtant conserve son air enfantin, pas menaçant du tout, alors qu’il occupe une plein page de magazine. C’est sa dimension à la fois drôle et magique, montrer en grand à un adulte ce qu’il ne voit pas dans la réalité comme si on était encore soi-même  petit.     Grenouille, Sergio Tacchini, Pub 2001

La seconde intitulée « Natural Player » est fait pour vanter les vêtements de sport de la marque « Sergio Tacchini », un ancien joueur de tennis italien. Le visuel est franchement plus troublant, au regard de la dimension énorme de la grenouille par rapport au golfeur qui vient de frapper la balle. Le côté enfantin a complètement disparu. Outre cela, l’étonnant au premier abord est la matérialité de la peau de cette super-grenouille. On dirait un cuir prêt à être découpé tel quel sans avoir besoin de le colorer pour le transformer en une besace souple. Pourtant le plus important peut-être n’est pas la matérialité de cette peau qu’on a envie de toucher; elle réside dans la somptuosité des plis du cou qui s’ajoute à la ligne des contours de cette forme verte qui est du pur design.

La volonté du créateur publicitaire est de renforcer la confiance du golfeur juché tout là-haut, avec un avantage comparatif énorme par rapport à celui qui serait en bas. Il n’est plus nécessaire d’avoir le moindre décor environnant, du bleu seulement pour densifier le ciel et un petit nuage blanc pour s’assortir au pantalon blanc de l’admirable sportif, l’autre exemple de pur design en version homme cette fois-ci.

Grenouille, Couverture Libération, 05.04. 2004, 100 ans Entente cordiale 

La troisième grenouille a été choisie pour figurer en couverture par l’équipe de rédaction de Libération pour un numéro spécial sur les 100 ans de l’Entente anglaise, à l’occasion de la venue en France de la Reine Elisabeth II. Cette toute petite grenouille a des yeux rouges cerclés de noir et de jaune, avec un iris noir et des pattes rouges presque assorties à la teinte des yeux. Cette grenouille à elle toute seule vise les Français. Au XVIIIe siècle, Frog visait plus spécialement les Français pauvres qui en étaient réduits à manger cet animal vivant dans la vase, après avoir désigné au XVIIe les Hollandais…Ce n’est pas le coq, l’animal symbolique, qui représente la France. C’est la grenouille.  

Pour suivre le chemin

. « Agfa > : Chacun connaît Agfa sans le connaître », Capital 99, mars 2001  

. Visuel Sergion Tacchini, Naturel Player*, Armando Testa, paru dans Capital Juin 2001. *La publicité prend soin de traduire  la mention « Joueur par nature » ; il me semble que ‘joueur naturel’ serait préférable.

. Trouver quelques informations sur Armando Testa l’Agence du même nom qui porte le nom de son fondateur, un grand créatif et styliste publicitaire décédé en 1992. http://www.ykone.com/photographes/armando-testa  

. Sur l’homme et son agence voir http://www.sergiotacchini.com/en/storia.php

. Libération, lundi 5 avril 2004, n° 7122. En page 47, voir l’histoire de la relation entre Anglais et Français vue sous l’aspect de la grenouille, qui commence ainsi « Hop off, you frogs ! » qui peut se traduire par « du balai, les grenouilles » ou « dégagez, les grenouilles », une recherche faite par John Mullan professeur au University College de Londres.

. Photos Elisabeth Poulain

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