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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Style de Vie > Marcher sur l'Eau > De l'Estacade au Ponton et plus

24 Janvier 2013, 17:25pm

Publié par Elisabeth Poulain

Quand on a tout « colonisé », un drôle mot à mettre entre guillemets, qu’il n’y a quasiment plus de terre disponible dans le monde, il « reste » deux éléments à  « conquérir »,  l’air et l’eau. L’air, on le fait tous les jours en faisant des concours d’immeubles les plus hauts du monde, à l’égal de ceux que font les petits garçons avec jets de noyaux de cerises ou de pipi. D’une certaine façon, il en va de même mais autrement avec l’eau, avec ce vieux rêve qui poursuit l’humanité, celui de « marcher sur l’eau », pour se jouer des éléments ou jouer à passer dessous le pont-estacade qui aurait du passer sur l'eau, comme à Bordeaux...
Bordeaux-2010.05.29 176   
Ce rêve était déjà présent lors de la création du Parc de Versailles. Le Grand Canal permettait à des vaisseaux de fantaisie de prendre le large pour un voyage d’autant plus exotique qu’il était fait de nuit en musique. Les Anglais renforcèrent le lien avec l’eau dans l’art des jardins, une eau plus douce, moins encadrée par des lignes rigides. De l’Asie, les Britanniques rapportèrent aussi la fascination pour l’eau qui suscite  une méditation douce, comme ces lacs sur les pentes de l’Himalaya où les nababs se faisaient construire des palais sur des îles artificielles reliées à la rive par des chemins de bois.  Tout autour lors de somptueux feux d’artifices, des jardins flottants enchantaient la vue des invités.
Paris-Berges-Seine-Piétons-Pontons
La magie commence dès lors que sont associés les trois éléments que sont le bois de l’estacade ou du ponton, l’eau  de la mer, du fleuve ou de la rivière et une certaine épaisseur d’air suffisante entre le bois et l’eau pour suggérer la marche du promeneur ou l’idée qu’il s’en fait. La dimension fonctionnelle demeure mais elle perd de son importance au profit du rêve. Il suffit de s’imaginer pouvoir emprunter ou poursuivre le chemin. On retrouve l'idée des jardins flottants pour le projet des Berges de Seine à Paris.
Quelques pieux dans l’embouchure d’un fleuve, à l’entrée d’un port ou au bord d’un lac suffisent à éveiller l’imaginaire, parfois seulement un nom de rue ou d’endroit. De plus en plus maintenant, ce que l’on voit est une création récente tronquée conçue tel un objet d’art pour suggérer la présence d’un pont, d’une estacade, d’un assemblage  de bois…Avec de plus en plus une autre tendance qui va vers la miniaturisation d'un côté et de grandes surfaces de l'autre.
Bordeaux-2010.05.29 164
C’est ce qui se passe à Bordeaux sur les quais de la rive gauche un peu après la grande place au miroir d’eau de Michel Corajoup, où l’on marche véritablement sur l’eau. Avant les entrepôts, en descendant le fleuve, il y a là un pont de bois qui prend son envol une première fois, pose le pied à terre et rebondit pour s’arrêter en plein envol juste au-dessus de l’eau. Le jeu est alors de marcher dessous auprès de l’eau alors que l’image mentale s’est projetée au-dessus de la Garonne pour la traverser. Ce vrai double pont à rebond stoppé net est une création de l’artiste japonais Tadashi Kawamata (photo n°1 aussi) .
       Bordeaux-2010.05.29 174
A Lyon, il y a vraiment une estacade construite, non pour traverser le grand fleuve au débit puissant, mais pour passer sous un pont sans avoir à lui adjoindre une structure lourde. L’estacade parallèle au courant au plus près de la pile du pont permet aux promeneurs de ne pas briser le fil qui les lie à l’eau en devant remonter pour traverser la forte circulation pour pouvoir redescendre ensuite. Cette estacade, dont on ne voit pas le soubassement, constitue le moment privilégié où le lien entre le promeneur et l’eau si allante du fleuve est le plus fort. Des bancs permettent de saisir pleinement la vision de l’eau qui coule devant soi, sachant que derrière soi, il y  les bassins d’eau de la piscine. L’eau devant avec les bateaux qui passent, l’eau derrière avec les nageurs qui avancent et soi assis, marchant ou courant… Cette estacade sur l’eau, entre Rhône et Centre nautique est l’œuvre de l’Agence de Paysagistes In Situ qui a conçu l’aménagement paysager des berges de la rive gauche du Rhône. 
Estacade-Centre-nautique-Berges-Rhone-Point-Actu-20086
Après l’estacade, arrive le pontonpour jouer avec l’eau et le bois. Il s’agit d’un échafaudage de plus petite taille en largeur et en hauteur par rapport à l’eau du lac. Il s’avance en perpendiculaire par rapport au rivage.  Le ponton sert le plus souvent à accrocher un bateau, à pêcher ou à plonger quand la profondeur le permet. Quoi qu’il en soit de ces usages, ce chemin de bois est une façon très directe et compréhensible par tous de la volonté de s’approprier l’eau. Il ne s’agit plus de s’y promener comme sur une estacade qui peut faire plusieurs centaines de mètres de long mais de rêver, avec en plus une certaine idée de danger ressenti par les enfants. Il n’y a le plus souvent pas de rambarde. Surgit aussi l’idée qu’on n’a pas le doit d’être là, car il est peut-être privé. Quoi qu’il en soit, le ponton fascine  les photographes qui l’aiment par tous les temps et surtout le matin à l’aube ou le soir au coucher, avec la brume qui tombe, vide toute présence humaine ou avec une personne assise au bout du bout en tournant le dos à la rive. C’est une image souvent prise pour évoquer la méditation.
Ponton-Brume-du-matin-Lake-Mapourika-NZ-  
Une tendance actuelle consiste à réduire encore la portée et à modifier les fonctionnalités de ce qui n’a pas encore de nom, un hybride issu des tendances actuelles de l’art très élaboré du jardin contemporain. Etre au bord de l’eau est une demande très profonde de notre art de vivre, c’est un véritable fil rouge qui conduit le travail des urbanistes et des artistes sensibles à l’espace public. C’est ce que nous allons retrouver à Lyon cette fois-ci sur les berges de la Saône.  Tadashi Kawamata  y a conçu une série de cinq pontons de petite taille, qu’il appelle « Les Planches ». Celles-ci sont accrochées parallèlement à la rive en continu et en décalé. Leur positionnement a pour objectif de permettre à des promeneurs de s’asseoir au bord de l’eau et, pour une petite partie légèrement au-dessus de l’eau, chacun sur son ponton, chaque ponton se refusant à être exactement parallèle à la berge et à celui qui le précède et ou le suit. L’artiste plasticien, qui vit et travaille à Paris, y voit des petites scènes sur lesquelles pourraient se dérouler des mini-sketches de théâtre, chacun pouvant aussi concevoir son propre chemin du rêve, que l’artiste appelle son « Walk, Touch, View ».
Rives de Saone-Port-de-Neuville-2 Planches-Pontons-fixes-Tadashi-Kawamata
On retrouve cette idée de marcher sur l’eau dans une démarche globale dans les quelques exemples que j’ai cités. Il en manque un d’importance, celui de l’Agence d’Urbanisme LIN avec le paysagiste Michel Desvignes qui a participé au projet Berges de Maine à Angers. Leur idée forte était d’implanter très rapidement sur la rivière une promenade sur des pontons flottants, avec aussi une piscine intégrée au pied du Château au ras de l’eau, une idée innovante qui a séduit une partie des Angevins, même si la majorité s’est prononcée pour le projet « très angevin » de François Grether et Loïc Mareschal.
Blog Div & co 2013-01-24 100
Depuis lors, on parle d’Angers Rives Nouvelles, pour montrer l’ouverture vers l’avenir, sachant que cet avenir est là, présent déjà pour tous, sous nos pieds, dans l’air que nous respirons, dans l’espace que nous partageons, dans les idées qui nous unissent... C’est une marque de confiance. Comme en témoigne cette photo de jeunes mariés prise sur un ponton, tout au bord de l'eau, juste après ou avant la cérémonie. Le billet est parti de là.  
Pour suivre le chemin     . Retrouver Tadashi Kawamata et sa conception des rapports avec l’eau sur  http://www.lesrivesdesaone.com/concepteurs-artistes/tadashi-kawamata/
   Blog Div & co 2013-01-24 104
. Photos pour une grande partie l’œuvre de contributeurs généreux de Wikipedia, l’agglomération du Grand Lyon pour Lyon et Neuville, Angers pour le projet LIN-Desvignes, avec mes remerciements, Elisabeth Poulain pour Bordeaux et le jeune couple, à voir dans l'album Mer-Eau . 
. Un précédent article est paru sur les estacades L'estacade > Le rendez-vous avec la mer, le ciel et l'air du large
 

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