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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Style de Vie + Style de Pub = Ode à la Boîte de Conserve

15 Juillet 2012, 18:14pm

Publié par Elisabeth Poulain

Avec la boîte de conserve, on redécouvre qu’il peut y avoir de la publicité pour le contenu de la boîte, pour la marque ou, depuis quelles années, pour le mode de conservation. Mais avant d’être de la publicité, la boîte de conserve a signé un progrès technique réel qui a enrichi les façons de se nourrir et qui a facilité la vie des femmes, comme les potages déshydratés.  Ce sont indubitablement les sardines qui ont ouvert une voie royale à la boîte de conserve, permis aux industriels de l’Ouest de la France de faire fortune et aux femmes de gagner leur vie en devenant des ouvrières de la sardine  et gonflé les  exportations françaises dans le monde. Des sardines faisant jeu égal ou presque avec le vin de Champagne, qui aurait imaginé cela ?

C’est que dès le départ, les bonnes fées s’étaient penchées sur le berceau de l’invention de Nicolas Appert, ce chimiste français qui mourut en 1848 seul et démuni. C’est lui qui inventa « l’appertisation », le procédé de conservation des aliments qui ne dénature pas leur goût grâce à  la stérilisation de la nourriture par la chaleur dans un récipient fermé, la fameuse boîte qui permet la conservation du contenu. Avant, on savait déjà prolonger la durée de vie des aliments grâce au sel dans les industries de la salaison ou par froid grâce aux glacières creusées dans le sol au XVIIIe siècle. On ne savait pas faire  ni en l’absence de sel, ni en période chaude, ni en transportant les aliments. Citons parmi les produits phare de la conserve, outre les sardines grillées à l’huile, deux autres piliers de la gastronomie française, le foie gras d’oie et le pâté de campagne de porc breton.

Sardina pilchardus Gervais-Boulart-1877-Wikipedia 

Les sardines conservées à l’huile. Au début du XXe siècle, elles étaient un produit de luxe, d’un coût élevé qui permettait d’intégrer le prix du transport par voie maritime de longue distance à destination des ports lointains, en particulier là où vivaient des expatriés européens friands de produits haut de gamme à forte image qualitative et nutritive. Comme pour les bouteilles de champagne, que les boîtes accompagnaient pendant le voyage sur mer, le vieillissement des petits poissons à l’huile d’olive dans une boîte hermétique permettait d’en faire un produit raffiné pour des personnes de qualité.

Boîte de conserve, Sardines à l'Huile, Saupiquet, Nantes 

Actuellement la sardine en boîte telle qu’on en trouvait en 1960 par exemple continue à être présente dans les linéaires des grandes surfaces et des superettes de centre-ville. Elles font encore partie des aliments de base des Français d’un certain âge. On ne peut plus dire pour autant qu’elles constituent un mets de choix. Leur usage s’est  banalisé. La sardine a cessé depuis longtemps déjà d’être pêchée au large de Douarnenez en Bretagne sud. Elle continue à l’être au large du Maroc et du nord de l’Afrique occidentale, malgré la préoccupante diminution des réserves halieutiques de la  sardine. Les autorités marocaines viennent d’ailleurs de décider d’une hausse sensible de prix pour préserver la ressource. Il est à prévoir que ce petit poisson redeviendra très recherché quand l’approvisionnement des industriels se fera rare ! Pour l’instant en France, les professionnels de l’amont qui continuent à y fabriquer,  remplissent les boîtes et gardent une filière de vente directe sur le marché intérieur, multiplient les recettes et  renforcent le lien avec l’acheteur-consommateur grâce au packaging et à la vente directe.

Boîte de conserve, Sardines à l'Huile, la Douarneniste, devant 

En matière de packaging, la boite de sardine a toujours su s’apprêter pour se faire belle, tout en montrant leur praticité d’ouverture. Une petite clé était ainsi insérée dans la boîte pour en faciliter l’ouverture. C’est ce qu’on voit en particulier sur des boîtes anciennes. Nantes à partir de 1850 devient le centre florissant de la sardine industrielle en boîte. La première conserverie fut implantée par Pierre-Joseph Colin en 1824. On connait mieux les marques Amieux & Carraud (1851), Cassegrain à partir de 1856, Saupiquet en 1877 qui est la seule marque survivante. Elle fait maintenant partie du Bolton Group.

Les deux exemples présentés montrent deux visions de la sardine. La Douarneniste porte un joli dessin ancien d’une femme de Douarnenez en Bretagne Sud vue de profil avec sa coiffe. Elle tient une boîte jaune de à l’huile de la marque. Ce sont des sardines garanties frites à l’huile d’arachide pour 75% du contenu, le reste est composé d’huile et de sel. Sur le côté, il est indiqué L. Peltier, Doélan (France) et le lieu de fabrication est la France (3, premier chiffre du gencod.)

Boîte de conserve, Sardines à l'Huile, Les Dieux, Saint-Gilles-Croix de Vie 

La seconde boîte tout à fait récente reprend un dessin ancien d’un repas des Dieux sur la boîte qui fait ressortir la fabrication 100% française, le lieu de production à Saint-Gilles Croix de Vie en Vendée sur le littoral atlantique, bien au sud de la Bretagne et l’authenticité de la recette en 1903. Sur les côtés, il est indiqué que la fabrication est 100% française, les ingrédients (sardines, huile végétale, sel) avec un poids net de 115g et de 80,5g pour les 4 poissons. L’avantage est donc à la première boîte qui comporte 75% de poissons contre 70% pour la seconde qui a plus d’huile.

Le foie gras d’oie. L’essor de cette production qui a gardé bien souvent son caractère semi-artisanal où tout vient de France et est fabriqué en France, est directement lié à celui de l’usage de la boîte de conserve. Grâce à la petite boîte ronde ou ovoïde, le foie pouvait supporter le passage des saisons, à condition toutefois de le garder à température fraîche et constante. C’était, c’est surtout à l’étranger, un met raffiné, considéré comme typique de la cuisine française. Pourtant ce lien avec la France vient des Romains qui eux-mêmes le tenait des  Egyptiens. Ce sont eux qui ont découvert que l’on pouvait gaver les oies avec des figues à des fins gustatives.

Les pays du pourtour méditerranéen poursuivirent la pratique au point que Rome en fit un plat très recherché sous l’appellation du « foie aux figues. » La mode se répandit ensuite dans les provinces occupées par les Romains qui non seulement plantèrent la vigne mais aussi créèrent les premières exploitations d’oies et de canards sur place, en Languedoc, mais aussi en Alsace. Le foie gras était servi à la table des rois et des Grands du Royaume sous l’Ancien Régime. Au XIXe siècle, de nombreux industriels, dont le nom est encore connu, commencèrent à exporter leurs foies gras dans le monde entier.

Boîte de conserve, Foie gras, Appertise 

Depuis le XIXe siècle, le foie gras fait partie intégrante du patrimoine culinaire et culturel de la France. Et ce ne sont pas les quelques avanies que le foie gras connaît périodiquement dans certains Etats des Etats-Unis, comme la Californie en ce moment, qui y changeront grand-chose. Au contraire, comme le fromage de Roquefort victime également de cette discrimination anti-française, la notoriété de ce produit alimentaire en sort renforcée et chasse  la tendance quasi-naturelle à la banalisation.  Celle-ci a déjà pourtant commencé. Pour renforcer les ventes, on trouve dorénavant du foie gras toute l’année, à des prix défiant toute concurrence. La France, premier producteur de foie gras et aussi le premier importateur de foie gras premier prix essentiellement en provenance d’Europe centrale. 

En matière de packaging, le conditionnement de ce mets qui commence bien un repas et lui donne tout de suite un air de fête a bien changé au fil du temps. Il est maintenant surtout vendu en terrine de verre, en emballage aluminium, sous plastique ou surgelé. La boîte de conserve métallique a perdu l’exclusivité du conditionnement que la sardine a pu garder. C’est néanmoins cette la boîte de conserve que l’Union interprofessionnelle pour la promotion des Industries de la conserve appertisée a choisi pour vanter ce conditionnement pour le foie gras. L’argument est fondé sur le fait que « la conserve conserve toujours l’essentiel », à savoir des acides gras mono-insaturés et des vitamines dans le foie gras en conserve, mais aussi pour 50g des protéines (4gr), des lipides (23g), de la vitamine B9 (238microg) et de la vitamine C (16mg). Le visuel présente une boîte trapézoïdale de métal doré sur fond or. La présentation très succincte de cet argumentaire qui accompagne le visuel  réduit à l’essentiel ne semble constituer pas une incitation à acheter plus de foie gras. 

une-ph-foie-gras-001.JPG

Par contre, la plaque publicitaire pour les foies gras truffés de la marque Marie avec le thermomètre est beaucoup plus intrigante. On y voit deux oies regarder avec appétit une boîte de foie !  Pour ma part, j’aurais préféré descendre la boîte près de la marque en bas et garder les oies seules en haut. Manger son propre corps, c’est quand même un peu spécial. 

Le pâté de campagne breton. C’est lui qui a donné naissance à la puissante industrie des produits alimentaires du porc breton. C’est sur ses robustes épaules de porc breton que repose l’industrie de la conserve de Bretagne. Une province connue pour sa production porcine, ses légumes, ses sardines  … ses marins partant au long cours et ses femmes dures à l’ouvrage comme leurs hommes partis en mer. Pour ces derniers, il fallait emporter de la nourriture à la fois nourrissante grâce aux protéines et à la graisse et qui puisse se conserver le temps de la saison de pêche. La boîte de conserve a permis ce challenge technologique. Encore aujourd’hui, les militaires utilisent ces conserves en opération. Il existe pour ceux qui ne mangent pas de porc des menus alternatifs. Il y a toujours des boîtes de conserve de pâté breton, faits en Bretagne, avec des porcs bretons dans les rations militaires du Centre de Conditionnement des Ponts de Cé (Maine et Loire).

Comme les sardines, le pâté de campagne breton fait partie de l’identité gastronomique de base des Français. Il est à ce point intégré à nos habitudes quotidienne qu’il court le risque d’en perdre son identité, d’être concurrencé par des pâtés moins qualitatifs  et de devenir si banal qu’on n’aurait presque plus envie d’en manger. Pour lui garder ses qualités et le valoriser, les producteurs bretons des cinq départements « historiques » de la Bretagne (Loire-Atlantique inclus) viennent de définir les conditions d’obtention d’une IGP et de déposer une demande d’inscription auprès des autorités bruxelloises.

Pub conserve, pate 

La représentation publicitaire du pâté de porc breton   a également fait l’objet d’une publicité de l’Appertise, identique dans sa présentation à celle du foie gras. Cette fois-ci, le fond est de couleur verte, la boîte est ovale et basse. Cette fois-ci l’argumentaire repose sur l’existence de vitamine A ainsi que de B9 et B2 dans une assiette de 50gr de pâté de campagne. Les chiffres sont les suivants : protéines (6g), glucides (2,5g), lipides (16g), vitamine A (757microg), vitamine B9 (55microg), vitamine B2 0,4mg et fer 2,9mg.  La même remarque peut être faite que pour le précédent visuel. Ces publicités qui datent d’avant 2000 sont parues dans Marie-Claire. Elles auraient eu leur place dans un journal à l’intention des professionnels de l’emballage.

Deux publicités l’une ancienne et l’autre très récente, montrent que l’on peut faire autrement avec du  pâté de campagne. Pour la plus ancienne, il s’agit d’une grande affiche publicitaire (2m x1,3m) de marque Cassegrain où l’on voit des boîtes de conserve être envoyées d’un navire pour ravitailler les soldats russes assiégés par les forces japonaises. Ca se passait en 1904-1905. Le second exemple très récent est un pâté de marque Hénaff. Cette fois-ci, il ne s’agit pas d’une plaque ou d’une affiche mais de la boîte elle-même ou plutôt d’une série de quatre boîtes de filets et jambon qu’il est recommandé de manger avec des haricots verts pour la petite fille, des toasts à l’apéro pour la maman,  le meilleur des sandwichs pour le Papa et des frites pour le petit garçon. Une autre version en somme de Papa, Maman, la Bonne et moi. Ici c’est Maman, Papa, Moi et mon petit frère ! 

Boîte de conserve, Henaff, pâtés 2012 

Pour suivre le chemin

. Voir l’article très complet de Wikipedia sur la conservation de la viande :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Conservation_de_la_viande

. Voir le site de http://www.saupiquet.com/saupiquet-et-la-mer/et http://www.boltongroup.net/ 

. Lire l’article sur « La boîte de conserve » de « Nantes Passion, le magazine de l’information municipale » de septembre 2010

. Lire sur ce blog les billets consacrés aux RCIR (Rations de Combat Individuelles Réchauffables) ainsi qu’au Centre de Conditionnement des RCIR aux Ponts de Cé (49). Celles-ci incluent tant les sardines que le pâté de porc breton, mais pas le foie gras !

 http://www.elisabethpoulain.com/article-manger-dans-l-armee-francaise-les-rcir-ou-rations-de-combat-57109112.html

http://www.elisabethpoulain.com/article-manger-dans-l-armee-francaise2-le-centre-de-conditionnement-des-rcir-63549581.html

. Lire l’étude intéressante de « la sardine à l’huile et son adoption par les militaires français » de Claire Fredj et Jean-Christophe Fichou  sur http://rha.revues.org/index6934.html

. Pour le foie gras, voir http://www.lefoiegras.fr/producteurs-masterpage/decouvrir

Boîte de conserve, Cassegrain, 1905 

. Sur la démarche d’inscription du pâté de campagne à l’IGP (Indication géographique protégée), se reporter à  http://www.socopag.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=1543:le-pate-de-campagne-breton-mis-en-publication-a-bruxelles&catid=17:origines-et-qualites&Itemid=38       et   http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:C:2012:091:0004:0008:FR:PDF

Consulter le site de Hénaff http://www.henaff.com/fr/l-essentiel/

Et celui de Cassegrain http://www.cassegrain.fr/

. Photos EP, avec mes remerciements pour les objets d’art publicitaire anciens à Philippe Kaczorowski, Salorges Enchères, Nantes, 02 40 69 93 92, sarlkac@wanadoo.fr

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