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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Suite de la déconstruction > Une cuisine simple et saine > au Japon

4 Mai 2010, 15:46pm

Publié par Elisabeth Poulain

Il faut bien ça pour accepter comme un must de manger simple, sain et pas cher: aller au Japon et/ou lire Le Monde. L’un et/ou l’autre sont absolument nécessaires pour Conf-Etiquette-JP-Robinot-2008.11-020.jpgsavoir comment faire. C’est Philippe Pons, le journaliste du Monde en poste à Tokyo,  qui a débusqué la perle rare, le chercheur du genre Tournesol, qui se fait l’apologue de la déconstruction culinaire. Son analyse est si bien faite que le site officiel Japon Infos reprend son article du 16 août 2008 in extenso. Malheureusement, le livre n’a trouvé ni éditeur, ni traducteur en France. C’est d’autant plus dommage, que cette nouvelle aventure alimentaire se présente en deux tomes.

 

. Le Ier paru en 2007, qui a pour titre «  Les Japonais qui laissent pourrir leurs aliments  dans le réfrigérateur », dénonce ce gâchis.

. Le 2ème tome, paru en 2008  sous le titre « Les Japonais qui ne font pas pourrir leurs aliments dans le réfrigérateur », est un livre de recettes. Les deux ouvrages font l’objet de l’interview parue sous le titre « Samouraï d’une cuisine du pauvre ».  

Le titre

Il est volontairement provocateur au Japon et en France. Il est amusant de constater que Philippe Pons s’est bien gardé de faire le parallèle avec ce qui se passe en France. Il s’agit pourtant du même phénomène. On sent bien ici aussi la différence d’attitude selon que l’on a connu la guerre ou pas. Beaucoup des premiers ont en général un certain respect face à ce qui touche à la nourriture ; les seconds sont pour la plupart dans une démarche plus teintée de « jetable ».

 

Quoi qu’il en soit de cette segmentation simpliste, qui peut se vanter de n’avoir jamais du jeter des yaourts à une date limite de vente largement dépassée ou des légumes achetés en trop grande quantité et non-préparés à leur état de fraîcheur ? Qui, personne, sauf ceux qui ne font jamais les courses ni la cuisine. Ceux –là vous jurent, la main sur le cœur que non, ils ne voient, cela n’arrive jamais chez eux. D’ailleurs, ils ont été élevés comme ça…Passons.  

 

La cible

L’auteur japonais interpelle directement les Japonais enJapon, Tokyo, bol de nouilles visant le contenu de leur réfrigérateur. Il n’a pas cité la société de consommation ou la façon de faire la cuisine. Jinnosutke Uotsuka réintègre la façon de se nourrir dans un style de vie global et c’est bien ça qui est intéressant. Manger et plus largement l’attitude face à la nourriture sont directement en lien avec la vision de la société et la place de l’homme et de la femme dedans. Focaliser la démarche à la crise pour les lecteurs du Monde est aussi réducteur que trompeur, comme si, sans la crise, il n’y aurait eu ni livre, ni réflexion philosophique préalable. L’auteur en est à son 40è ouvrage ; il croit en la vertu pédagogique de l’écrit fondé sur une vraie pratique de vie. On peut lui faire confiance sur sa cohérence.  

 

Sa dénonciation du gâchis

L’attitude face à la nourriture en pays d’abondance est semblable dans le monde entier avec des différences culturelles. La valeur symbolique des aliments diffère bien sûr d’un groupe de pays à l’autre (le riz en Asie, le pain en France, le sucre aux Etats-Unis…). Par contre l’abondance provoque toujours cette attitude méprisante ou négligente pour ce qui finalement n’a plus ou pas d’importance.

 

Je me souviendrais toujours de cette scène du film de Hitchcock « La main au collet » (1955)  rediffusé il n’y a pas longtemps. L’on y voit la mère de Grâce Kelly dans le film, Jessie Royce Landis, dans sa chambre d’un grand hôtel, de la Côte d’Azur, écraser sa cigarette dans un œuf au plat, celui qu’on vient de lui apporter pour son petit déjeuner, faute de cendrier. Ca m’avait choqué d’une façon incroyable et ce n’était qu’un œuf ! 

 

La mauvaise utilisation du réfrigérateur

2008-09-divers-et-paysages-003.JPGC’est bien la première fois que je vois une dénonciation du réfrigérateur, en tant qu’armoire de stockage de trop de nourriture. C’est le point intéressant nouveau. L’auteur impute ce sur-stockage et donc le phénomène du sur-achat par la peur de manquer à la suite du traumatisme de la guerre pendant laquelle des Japonais ont connu la faim.

 

Le Ier tome dénonce cette utilisation dévoyée du réfrigérateur que l’on bourre d’aliments parce qu’on en achète trop. Le gâchis se situe à tous les niveaux, de la supérette qui jette dés que cesse l’heure de validité, au consommateur qui a une mauvaise gestion et préfère acheter tout prêt et cher ce qu’il pourrait conserver et préparer à sa mesure. Selon l’auteur, les Japonais jettent quasiment autant  que ce qui est produit. Au niveau national, ce sont 19 millions de tonnes de nourriture qui sont ainsi volontairement jetées.

 

Cette armoire d’un nouveau type a aussi comme contre-avantage le fait d’inciter les consommateurs à acheter de la nourriture toute prête, pourtant très populaire au Japon. Le différentiel de coût entre les deux étapes est à ses yeux hallucinant (un mot qu’il n’utilise pas) : un bol de riz à réchauffer au micro-onde vaut plus cher qu’un sac de 10kg à stocker en attente d’une utilisation graduelle en fonction des besoins. Sa dénonciation est claire « les riches ont fait de la nourriture un loisir. Et l’on a perdu la fierté du repas simple. »

 

La dJapon au restaurant-Tokyo-2009éclinaison du thème du « repas simple »

Ces deux ouvrages sont la suite d’une démonstration présentée sous des titres différents dans des ouvrages précédents : se contenter de peu à table, vivre avec 9 000 yens par mois, manger des légumes  préparés de façon traditionnelle comme ce qui se faisait avant et pendant la première guerre mondiale.

 

C’est ce que l’auteur fait pour sa part. Il a simplifié sa nourriture. Il mange les légumes et les fruits qu’il a fait sécher pour l’hiver. A cette époque de l’année, il grignote les pommes séchées coupées en rondelles qui pendent au mur. Le poisson qu’il consomme est mangé frais et pour le reste conservé en saumure pendant quelques jours.  Malheureusement, le lecteur français ne connaîtra pas ces recettes et restera sur sa faim.  

 

Ses choix de vie

C’est ce gâchis que dénonce avec constance l’auteur. Il connaît la situation de l’intérieur. Il est fils de traiteur et a étudié l’agronomie. Par ailleurs, il est un fervent adepte du « fais le toi-même » qui est au coeur de sa démarche de vie. Il a un réel goût pour la récupération au point qu’à une époque de sa vie, il a été brocanteur.

 2008-mai-bouteilles-et-divers-043.JPG

Quant à son réfrigérateur, Jinnosuke Uotsuka entretient avec ce dernier des relations limitées au strict nécessaire. On gage aussi qu’il gère extrêmement bien sa vie quotidienne, tout en intégrant un certain « désordre » que met bien en lumière Philippe Pons : des rondelles de pommes sèchent sur les murs, des bocaux de fruits voisinent sur la table avec des vieux livres… Il habite dans le quartier de Meguro  à Tokyo une petite maison qui ne dispose pas du chauffage central. Il lui suffit l’hiver de faire brûler des bûches dans le « irori (un foyer carré dans le sol » et de boire du saké.  

Pour suivre le chemin

. Le titre français n’a réellement aucun sens perceptible à mes yeux. Pourquoi avoir associer les samouraïs à ce récit ? Pourquoi avoir déformé la volonté de l’auteur au point de traduire une cuisine simple, saine et pas cher en une cuisine du pauvre, ce qui est très méprisant et négatif ?

 

. Voir Le Monde, dans sa série de l’été « Best-sellers du monde », 08/15, 16.08.2008

. Lire l’article complet sur

http://www.japoninfos.com/Samourai-d-une-cuisine-du-pauvre.html

. Lire l’article « samouraï » de Wikipedia      

http://fr.wikipedia.org/wiki/Samoura%C3%AF

. et celui concernant le photographe de l’incroyable photo d’un samouraï en 1860, Felice Beato http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Samurai.jpg

 

. Sur les modes de vie au Japon, http://www.japoninfos.com/Tokyo-et-son-mode-de-vie.html

. Et surtout lisez l’excellent blog d’Uchimizu, un français expatrié au Japon depuis plusieurs années. Je vous recommande son article "Manger au Japon" ainsi que "Cadre français au Japon". Il est aussi fan de jeu video. Sa dernière découverte : comment gérer une ville japonaise en étant le chef de la compagnie de train. Ses photos sont époustouflantes.   

http://uchimizu.blogspot.com/2010/05/a9-fabriquez-vous-meme-du-japon-au.html

 

. Sur la déconstruction, voir sur ce blog comment simplifier une recette de pâtes italiennes aux coquilles saint-jacques 

La déconstruction de la cuisine ou la lutte contre la complexité culinaire

 

 

. Photos EP, n° 1 Vin de la Vallée du Loir de Jean-Pierre Robinot "Tokyo la nuit",  haricots rouges germés et 4 bouteille de saké.

. Photo bol de nouilles, Uchimizu, avec mes remerciements

. Photos au restaurant  Collection JDB, avec mes remerciements.   

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