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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Tadashi Kawamata & Kinya Maruyama > Le Bois revisité en milieu urbain

1 Mai 2013, 17:20pm

Publié par Elisabeth Poulain

Japonais tous les deux, ils sont de ces créateurs qui surgissent un jour en un lieu et qui s’imposent par leurs œuvres au point qu’on se demande ce qu’il y avait avant leur venue, avant la présence de leur monde en bois tel qu’ils le voient, le vivent, l’érigent, le modifient…avec en commun une passion pour le bois en poteau sous toutes ses déclinaisons et tout qui les sépare, à commencer chacun par sa  personnalité qui forcément se reflète dans ce qu'ils réalisent.

Lavau-sur-Loire, Tadashi Kawamata, Observatoire

Quelques données sur le bois. Il tient  une place très importante au Japon depuis toujours, avec un retour en force actuel très net en raison du risque sismique à prendre en compte. Sa sphère d’utilisation est pourtant beaucoup plus large que celle de la construction et l’architecture de pointe. Dans le domaine de l’urbanisme, à l’exception du centre des très grandes villes, le bois reste très présent sous la forme de poteau électrique, à un point qui étonne l’œil français par exemple et que ne voient littéralement pas les Japonais, tant ils sont habitués à voir à travers les poteaux porteurs de fils au-dessus d’eux.

Paimboeuf, Kinya Maruyama, Le Jardin Etoilé 

L’importance du poteau. Il en est forcément de toutes les tailles et de tous les styles. Ceux que je retiens se classent en trois catégories, les solides poteaux d’ancrage dans le sol, qui vont supporter les maisons et les immeubles, les aériens qui sont comme ils sont et qui  vont porter des kyrielles de fils divers et variés et  les petits fins qui se prennent dans la main pour jouer au mikado, un jeu qui pourtant n’a rien de spécialement japonais, la sonorité suffisant à lui attribuer cette origine. Assemblés les trois ensemble, vous obtenez les deux réalisations pérennes réalisées dans l’estuaire de la Loire en 2007-2009 des deux artistes.

 Lavau-sur-Loire, Observatoire, Tadashi Kawamata

L’Observatoire de Tadashi Kawamata en rive droite de l’estuaire de la Loire. L’étonnant est que c’en est vraiment un édifié en bois de sections carrés pour tous les éléments de structure, avec un chemin de bois implanté à 40 cm au-dessus de l’herbe et des roselières sur 800 mètres de long. A certains endroits à l’approche de la tour de 6 mètres de haut, le chemin est enserré de hautes palissades qui donnent  un sentiment d’enfermement, malgré la perception du paysage à clairevoie sur les côtés et l’absence de plafond.  C’est le ciel qui domine alors. C’est une façon très forte d’amplifier l’attente de la perception d’un vaste paysage d’eau, de vase à marée basse et d’herbes aquatiques qui acceptent l’eau salée.

Lavau-sur-Loire-Observatoire-Tadashi-Kawamata-Mairie- 

Cet « effet-mirador » est inversé par rapport à la tour d’un château de bois qui a pour but de repousser l’assaillant au loin par des procédés clairement violents. Ici, il n’y a pas de guerre de ce type. La seule violence qui pourrait être citée est celle de la force de la mer qui se heurte à celle du courant descendant. C’est cette rencontre qu’il s’agit d’appréhender, alors qu’elle n’est pas visible. L’artiste choisit alors de montrer la force de l’échafaudage pérenne en transformant une tour moyenâgeuse d’assaut contre des remparts en une tour de bois avec un plateau élargi en haut pour  voir plus loin. Une demande d’autant plus pressante que les découvreurs viennent de marcher entre des hauts murs à limitation de la vue, des murailles d’un nouveau type qui visent à leur mise en condition.

Paimboeuf, Kinya Maruyama, Le Jardin Etoilé 

Le Jardin étoilé de Kinya Maruyama  en rive gauche de l’estuaire de la Loire. S’il y a bien une étoile dans cet ilot de sable entouré d’eau,  c’est la constellation de la Grande Ourse, celle qui vous oblige, à l’égal de ses consoeurs  visibles les nuits d’été, à lever les yeux au ciel après avoir repéré les quatre point cardinaux. Ici, aussi pourtant on peut gravir des marches pour voir l’estuaire de plus haut. Mais ce n’est pas l’essentiel. Le premier réflexe est de regarder au sol. Le jardin proprement dit accueille un village d’un nouveau type ayant un style bien particulier. Ce qui domine au premier abord ce sont les structures de bois érigées par l’artiste comme le seraient des cabanes faites uniquement de  poteaux  et de tiges pointues de façon à interpeller le ciel. Il ne s’agit pas ici de faire œuvre durable de charpentier, avec des gros boulons capables de résister à des fortes pressions, mais de composer avec les tempêtes qui apportent sur le rivage des bois flottés de toutes origines les lendemains de gros coups de vent.

  Paimboeuf, Kinya Maruyama, Le Jardin Etoilé

Ici, l’important est le changement qu’apporte le vent dans un univers fragile et ouvert, un univers toujours à réinventer, comme la plage qui chaque matin se découvre nouvelle, avec ses trouvailles de la nuit qu’apportent les vagues. Le jeu de mikado géant qu’a composé le plasticien a déjà subi d'ailleurs  sa première grosse tempête, celle de Xynthia, qui a ravagé une partie des côtes atlantiques vendéennes et ligériennes. Un incendie plus tard a anéanti une partie du jardin. Il lui faut maintenant trouver un autre souffle, avec un renouvellement de son équipe de bénévoles.

Lavau-sur-Loire, Observatoire, Tadashi Kawamata, Dessin 

L’investissement humain dans les deux opérations. Les différences d’abord. L’Observatoire qui a été réalisé dans un site classé remarquable « dans le cadre d’une commande publique du Ministère publique de la Culture et de la Communication, de la DRAC des Pays de Loire, en collaboration avec le Conservatoire du Littoral et le Plan Loire Grandeur nature », auquel s(ajoute le soutien de la Fondation EDF Diversiterre – Partenaire officiel – et de l’appui techniques de SCE, Partenaire Services. »  En commun, les deux opérations ont bénéficié d’une importante contribution bénévole.

  Paimboeuf, Kinya Maruyama, Le Jardin Etoilé, Dessin   

. Pour l’Observatoire, le site  a bénéficié de la participation des habitants volontaires, avec celle d’étudiants de l’École supérieure du bois de Nantes, des Écoles d’architecture de Nantes, de Saint-Étienne, Paris-La Villette et de Versailles, ainsi que ceux des Écoles des Beaux-Arts de Nantes et Paris, de École de Design de Nantes, ainsi que d’étudiants étrangers ainsi que de membres de l'Association de Réinsertion Motiv’action. »    

. Le Jardin étoilé a été édifié grâce à « la participation des établissements scolaires de Paimboeuf : école publique Louis Pergaud, école privée du Sacré-Cœur, Collège Louise Michel, Lycée professionnel Albert Chassagne ainsi que le Lycée Louis Brossaud de Saint-Nazaire et l’Ecole d’Architecture de Tokyo. » Ouf, heureusement qu'il y a eu aussi des étudiants japonais! N'oublions pas non plus, même s'ils ne sont jamais cités, les enseignants qui encadrent les jeunes.  

Lavau-Marais-Passerelle-ancienne-cclavausillon

Deux opérations, chacune sur sa rive, toutes les deux adaptées au site, l’Observatoire qui a repris l’idée des « anciennes passerelles » pour passer d’un îlot de terre à un autre par-dessus les canaux de drainages et le Jardin étoilé qui a abondamment utilisé les poteaux que l’on trouve sur les cabanes érigées au-dessus de l’eau pour la pêche au carrelet. Dans un style bien différent comme le montrent les deux portraits des deux artistes, l’un en style paramilitaire ranger avec des lunettes noires et l’autre assis hilare avec un sourire jusqu’aux oreilles avec un livre ouvert devant lui, sur un fond de vélos ! Une différence profonde qui se traduit dans les dessins réalisés, ce sont des vaches qu'on conduit je préfère ne pas savoir  où dans le Ier cas et des enfants qui attrapent des papillons dans le second...                  

Quant au "milieu urbain" dont parle mon titre, il se justifie dans le cas de l'Observatoire par le fait ce type de tour était ce qu'on apelle "un beffroi" au Moyen-Age était utilisé pour attaquer les remparts derrière lesquelles étaient nichées les petites maisons de la ville. Pour le Jardin, l'explication est plus simple: il est situé entre le village et la Loire... Une autre explication plus sociogique est que ce type de "fabrique artistique du XXIe siècle" est franchement destiné à être admiré par des urbains en quête de nouvelles sensations végétales et naturelles. Ils sont friands de choc visuel du au téléscopage d'univers.

Pêcherie près de Paimboeuf, Estuaire, Loire  

Pour suivre le chemin

. Aller découvrir l’Estuaire de la Loire sur place et après ou avant, consulter aussi http://www.nantes-tourisme.com/activite/jardin-etoile-kinya-maruyama-2309.htmlpour avoir toutes les informations

. http://www.estuaire.info/ pour découvrir le paysage, l’art et le fleuve dans sa trilogie bi-annuelle 2007-2009-2012

. Lavau-sur-Loire, voir des photos des inondations de 2008 et 2010 sur http://lavausurloire.free.fr/old/ et du marais http://www.cc-loiresillon.fr/Lavau-sur-Loire.htmlavec des photos du marais, dont celle de la passerelle.

. Tadashi Kawamata voir d’abord son site http://www.tk-onthetable.com/

. Pour Paimboeuf, http://www.paimboeuf.fr/index.php

. Des photos du Pays de Retz auquel appartient Paimboeuf http://museepaysderetz.free.fr/p_paimboeuf.html

. Le documentaire sur Kinya Maruyama est à voir sur  http://www.estuaire.info/012/html/fr/artistes/maruyama.html

. Photos des différents organismes et institutions citées, avec mes remerciements, Elisabeth Poulain pour la Loire à Paimboeuf lors d’une découverte de l’estuaire en car avec une équipe de participants bien sympathiques d'un groupe de travail chargé de cogiter sur le développement économique de l'estuaire dans le cadre du développement durable, organisé sous l'égide de la Région des Pays de Loire.

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