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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Un monde markété 4 > Entre Information et Communication

30 Mai 2011, 10:33am

Publié par Elisabeth Poulain

C'est une profonde mutation que l’on perçoit grâce à l’emploi de termes qui ne sont plus adaptés à la situation nouvelle. On garde des anciens mots qui ne sont plus l’expression d’une pensée - par exemple - que pourraient relever des journalistes qui vont la transformer en information qui fera l’objet de la publication, alors qu’il s’agit d’un message de communication envoyé quasiment tel quel à publier dans la presse.
 
La  rencontre en système démocratique entre les outils du  marketing dont fait partie la communication et le processus de choix des décideurs par les élections aboutit en période électorale à ce genre de confusion. La question est alors de savoir quand commencent et quand se terminent ces périodes où tout fait sens au sens électoral. La réalité montre un amalgame qui se situe dans des zones nouvelles, qui n‘appartiennent plus franchement à aucune des catégories en elles-même: l'évènement, sa traduction en information d’un côté et la communication de l’autre. Le temps lui-même entre dans ce cadre markété. Il devient un outil de plus au service des objectifs à atteindre, la victoire aux élections, grâce à une stratégie globale.  
Muriel Crochet, Lissier, Angers-Doutre

De l’information à la communication

L’art de faire passer une communication pour une information constitue un virage qui modifie profondément le sens de ce qui écrit, dit, montré et transmis par la presse qui ne joue plus que partiellement son rôle d’analyste des faits pour les transformer en information. A proprement parler, il n’y a plus de fait sauf en cas tout à fait exceptionnel d'intrusion de la réalité, comme l'actualité vient de nous le montrer. La communication change le rôle du journaliste qui est toujours perçu comme un professionnel de l’investigation alors qu’il n’est très souvent qu’un passeur de textes qui parviennent à sa rédaction. Avec la substitution d’un fait ou d’une parole qui donne lieu à un écrit du journaliste par un texte publicitaire conçu par des communicants, on franchit un degré de plus et on arrive dans un univers nouveau où les mots sont l’aboutissement de l’usage d’outils publicitaires qui remplacent en tout ou en partie la réalité,  si réalité il reste.  
 

De la communication à la stratégie globale

La création de cette nouvelle « réalité communicationnelle » chasse l’autre réalité réelle sans qu’il soit désormais possible  de savoir s’il reste même une frontière. Dans l’Affaire de la Triple Atteinte (aux Femmes, à la Justice et à l'Information), qui agite les Etats-Unis et la France plus encore, on voit qu’il n’y a plus de parole source ou de fait brut de base. Il y a une construction préalable totalement « verrouillée » par des communicants qui transforment tous les matériaux qui font l’information.  Le langage verbal et écrit ainsi que  tous les éléments de langage non verbal entrent dans une stratégie globale de communication où tout est  codifié de façon à induire autant que faire se peut la réaction du grand public composé d’électeurs. 
 

La réussite comme seul objectif

C’est ce que déclare Stéphane Fouks (Euro RSCG) quand il dit :  «Cela prouve que notre stratégie de communication était efficace puisqu'il (son célèbre client) était populaire». Cet expert de la com appelle en soutien les deux Jacques, Jacques Séguéla et Jacques Pilhan qui disait  que  «tout homme porte en lui six ou sept visages différents. L'art de la communication n'est pas de les montrer tous à la fois ou même de choisir celui qui serait le vrai. C'est de trouver le bon au moment juste. Car c'est toujours le plus efficace».  On remarquera que l’homme de l’art ne parle pas de la création d’un autre personnage que le vrai. Or il s’agit pourtant aussi et surtout de cela, comme le montre l’orchestration de la prise de pouvoir aux Etats-Unis par le patriarche de la famille Kennedy. Les frontières là aussi sautent sous l’effet de la volonté d’accéder au pouvoir. Machiavel ne disait pas autre chose : la fin justifie les moyens.  
 DSC00212

La suppression des frontières entre marketing, élections et communication

Le lien direct qui existe maintenant entre la communication organisée et sa parution quasiment telle quelle par la presse qui la valide en tant qu’information entraîne des conséquences importantes :
. les élections sont conçues comme le lancement d’un produit de marque à très fort enjeu ;
. la presse est un vecteur de communication comme un autre ou plutôt qui permet de faire synergie entre tous les modes de communication. C'est elle qui assure gratuitement le tam-tam;
. les relations publiques sont assurées par des amis, ambassadeurs de "la marque", à qui sont fournis des « éléments de langage » qui seront repris en boucle par la presse ;
. la communication devient la seule matière du lancement, il n’y a plus de produit à proprement dit, ni de programme, c’est la communication qui cannibalise tout l’espace démocratique puisque tout est posture ;
. l’image prend alors une importance démesurée, à prendre au sens propre, puisqu’il n’y a rien d’autre que de la com derrière. Toute atteinte à l’image devient alors insupportable pour les acteurs de cette bulle communicationnelle  qui forme un nouveau marketing qui a tout cannibalisé à commencer par lui-même;
. l'atteinte à l'image en particulier par une photo issu du monde réel est plus grave que le fait qui a motivé l'arrestation.   
 

La création d’une nouvelle réalité

Cette réalité communicationnelle interroge sur la réalité démocratique. On en est là.        
 

Pour suivre le chemin

. Voir sur ce blog la série d’ « un monde markété" ainsi que les "entre-deux et entre-trois »
     
. Lire la recherche de Sophie Coignard et d’Alexandre Wickham « L’Omerta française » 1999
. Photos EP, Pétales de Muriel Crochet et Détail de Niki de Saint-Phalle   

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