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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Une photo de l'attente > Cécile Duflos & Co > par Théophile Trossat

1 Août 2011, 12:27pm

Publié par Elisabeth Poulain

Décryptage

Cécile Duflot, vous la connaissez. C’est la secrétaire nationale des écolos. Théophile Trossat est moins connu. Pourtant son nom est souvent imprimé dans la presse, le Monde en particulier. Ce photographe travaille à Paris et à La Rochelle où s’est tenu le congrès d’Europe Ecologie-Les Verts le 3 juin dernier.

Théophile Trossat, Europe Ecologie-Les Verts, 2011

La photo

En plein centre de la page 9 du Monde, en partie haute - la meilleure place - elle attire d’abord par ses dimensions : 19 cm sur 12,5, puis très vite c'est le jeu des couleurs qui intrigue. Un fond uniformément brun très sombre avec un pointe de rouge, un brun presque flamand, dont l’aplat en contre-champ renforce la présence des six acteurs de la scène.

Les couleurs

La tonalité des vêtements fait ressortir deux personnages qui portent du blanc en chemise ou chemisier. Celle qui éclate au milieu de la composition est Cécile Duflot. Le regard va tourner autour d’elle, comme un crayon attaché par une ficelle qui fait un cercle autour d’un clou.

La composition

L’œil décrypte alors la juxtaposition des personnages, ensemble et chacun, individualisé dans une relation à un autre, en tandem. Dans un espace qui ne doit pas être grand, il y a là sous nos yeux, six personnes en trois binômes qui vivent une vie différente. L’une d'elles est debout, les autres sont assis. Quatre figurent en partie gauche et deux seulement à droite.

Les deux à la chemise blanche assis

Il y a d’abord le binôme des chemises blanches, dont les cheveux bruns se fondent dans le décor. Ils sont assis en partie gauche de la photo en troisième plan. Ils regardent tous deux vers la gauche, l‘une avec un sourire léger, le barbu avec curiosité mais sans plus. Elle joint les mains en hauteur ; lui croise les bras à la hauteur des coudes. Ils ont pour particularité très singulière dans cette scène d’être les seuls dont on voit pleinement le visage. Aucun des deux n’est impliqué, ni n’a de lien avec l’autre. Entre eux, une femme les sépare. Pourtant ils sont liés par ce que leurs yeux regardent vers la gauche plutôt en partie haute. Il s'y passe quelque chose. Un triangle vient de se former.

Les deux à la tête penchée qui réfléchissent

Assis sur un coffre en partie droite, ils forment en partie droite du tableau un second plan. Le premier, d'entre eux, le plus au centre, a une chemise bleue foncée. Sa position corporelle montre qu’il est très attentif. Son voisin proche porte une chemise jaune clair et un gilet. Il se tient le menton et cache sa bouche. Il est très concentré. Les deux ont les yeux baissés. Ils ne se parlent pas. Ils cogitent ensemble. Leur ligne d’épaules crée une oblique montante vers la droite qui ouvre la scène vers la gauche. Mais eux sont bien là, concentrés sur un même sujet.

Les deux autres de la partie gauche en premier plan

Du coup, en bas de cette ligne qui devient descendante vers la gauche, on découvre un homme aux cheveux gris vu de profil. Son regard est dirigé en partie droite au-dessus du tandem en train de discuter. En commun avec l’homme à la chemise bleue, il a des cheveux clairs. En commun avec celui qui se tient le menton, il porte une veste jaune ocre. Cet homme nous fait percevoir la partie gauche. Il est le plus proche de l’objectif et pourtant c’est celui qu’on voit en avant-dernier.

 

C’est aussi lui qui nous emmène à la découverte de la femme en noir qu’on voit de profil en arrière au dessus de lui. Elle est debout et regarde vers la droite à hauteur de ses yeux. C’est la seule à être souriante. Avec l’homme à la veste jaune, elle forme un triangle dont la pointe en partie droite échappe à notre vision. Ils n’ont rien d’autre en commun, à part leur profil droit, que ce regard vers un point extérieur.

Théophile Trossat, Europe Ecologie-Les Verts, 2011

Les deux qu’on ne voit pas

En fait, ils ne sont pas six mais huit. Jusqu’alors on ne les voyait pas. Il a fallu faire tout ce travail d’analyse pour les découvrir.

 

. Derrière Cécile Duflot, il y a une femme habillée d’une chemise noire avec des parements blancs, dont on voit si peu de visage qu’on croirait voir un halo derrière les cheveux de la secrétaire des Verts. C’est l’oreille gauche de la dame en noir qui nous révèle sa présence.

. Devant les deux hommes qui réfléchissent, il y a une femme également en noir. D’elle, on aperçoit un bras avec une veste longue. Elle est assise assez bas devant les deux. Elle parle, c’est au moins ce que dit sa main. On comprend alors pourquoi les deux hommes ont cette attitude penchée vers elle. Ils l’écoutent. Les trois forment un trio, le seul à être présent dans la photo.

La lumière

On pense au Caravage, le maître du clair-obscur, à Le Nain, sans rien de dramatique, avec une grande diversité humaine dans si petit espace. Il y a là la magie de la photo prise au bon moment par le photographe Théophile Trossat, sans mise en scène de sa part, mais avec beaucoup d'intuition. Si je devais lui donner un titre, ce serait "temps d''attente" ou " jeu d'entre-deux avec d'autres plus loin".

 

Pour suivre le chemin

. Le Monde du 5-6 juin 2011

. Voir le site de Théophile Trossat

http://www.theophiletrossat.com/portfolio

. Aller à la Rochelle en dehors de l’été. C’est toujours un endroit qui a conservé sa saveur particulière.

. Photo EP à partir de la photo du Monde, avec mes remerciements au photographe.

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